PRÉFACE
Après tant de travaux remarquables publiés depuis le commencement du siècle sur la vie et l'œuvre du P. Bourdaloue, n'y a-t-il pas témérité à venir encore une fois réclamer l'attention du public sur un pareil sujet?
Que peut-on dire après M. Anatole Feug-ère, l'auteur justement reg'retté de l'ouvrage intitulé : Bourdaloue, sa prédication et son temps (1)? Cette étude, la plus étendue, la plus complète qui ait été publiée jusqu'ici sur l'illustre orateur, laisse en effet peu à désirer; cependant, tout en nous reconnaissant incapable de mieux faire, nous avons cru qu'il était possible de compléter le travail historique, critique et littéraire du docte professeur.
A nos yeux, Bourdaloue est plus qu'un orateur
éloquent, un moraliste profond; c'est un prêtre,
I c'est un religieux, un apôtre envoyé de Dieu pour
i (I) Paris, Didier, 1874. In-S».
Il LE P. LOUIS BODRDALOUE
travailler à ramendement des mœurs de son siècle, selon les règles de la foi; c'est un ouvrier habile et infatigable, destiné à cultiver le champ du Seigneur : c'est à ce titre que nous voulons exposer au public le fruit de nos Recherches sur sa vie et son apostolat.
Quand nous nous engageons à compléter les documents-recueillis jusqu'à ce jour sur le P. Bourdaloue, nous ne promettons pas d'ouvrir de nouveaux horizons à cette existence toujours modeste, recueillie et laborieuse. Bien que mêlé aux plus graves événements de son époque, le docte et pieux orateur cherchait l'ombre aussitôt que sa mission était remplie ; c'est cette ombre que nous cherchons à dissiper, non pour étendre sa gloire personnelle, mais pour découvrir, jusque dans les plus minces détails de sa vie, l'action apostolique qu'il exerce et la vertu religieuse qu'il met en pratique.
Les archives de la Compagnie de Jésus, les archives nationales et les mémoires du temps nous ont fourni de précieux renseignements qui permettent de suivre le P. Bourdaloue durant le parcours de sa longue carrière : des faits, inconnus jusqu'ici, donnent au récit un intérêt nouveau, ils projettent une vive lumière sur l'apostolat si fécond de notre orateur; ses sermons ne sont plus alors de simples thèses de morale éloquemment développées, ils ont leur raison d'être dans les circonstances qui les accompagnent; les allusions prennent du corps et les
PREFACE Iir
peintures de mœurs sont des réalités, sans devenir des personnalités.
Les mémoires du temps, les correspondances de M""" de Sévigné, de la marquise de Maintenon; les souvenirs de M"^ de Caylus; les mémoires de M"* de Montpensier; les mémoires inédits du marquis de Sourches, grand prévôt de la Cour; les mémoires de l'abbé de Ghoisy et ceux de Saint-Simon, nous font connaître la Cour et tous les personnages qui paraissent sur cette scène mobile. Tous ces auteurs, il est vrai, n'ont pas la même autorité; mais, f)ar l'ensemble de leurs dépositions, on arrive à apprécier équitablement les hommes et les choses.
Les notices qui méritent le plus notre confiance sont, sans contredit, celles que nous ont laissées nos ancêtres, sur la vie, les vertus et les œuvres du P. Bourdaloue. Nous signalons en premier lieu la Préface du F, Bretonneau, qui se trouve en tête du premier volume de l'édition de 1707 et années suivantes, en seize volumes in-8°.
En quelques pages, l'éditeur trace une exquisse complète de la vie de l'orateur; il fait connaître l'homme et ses œuvres, son caractère propre, sa méthode, ses ministères multiples qui, tous, témoignent de sa sagesse, de sa science et de sa charité; il le présente aux lecteurs tel qu'il était aux yeux du monde, et le montre à ses frères comme un modèle de toutes les vertus religieuses.
Après le récit du P. Bretonneau, nous signalons
IV LE p. LODIS BOURDALOUE
deux autres documents recueillis par lui, et placés à la fin du troisième volume de Carême de cette même édition : une lettre du président de Lamoignon, l'ami le plus intime du P. Bourdaloue, et la circulaire par laquelle le P. Martineau, supérieur de la maison professe, annonce à ses confrères la mort du pieux orateur.
Dans la' lettre qu'il adresse à une personne de ses proches, Lamoignon remonte à l'origine de l'amitié qui unissait sa famille au P. Bourdaloue, il décrit les qualités d'esprit et de cœur du saint religieux, énumère tous les services qu'il en a reçus, définit la nature de son éloquence et témoigne de sa haute réputation d'orateur; il insiste sur les solides vertus qui l'ont distingué et dont il a été le témoin constant; il parle des charmes de son commerce, de la vivacité et de la droiture de son caractère, de sa condescendance pour tous les hommes qui l'approchaient : « Très désintéressé dans l'exercice de son ministère, dit-il, Bourdaloue n'a jamais usé du crédit que son mérite lui avait acquis à la Cour, pour son intérêt personnel. » C'est surtout comme directeur et conseiller que Lamoignon apprécie le P. Bourdaloue; on peut l'en croire, il parle d'expérience.
Le P. Martineau, supérieur de la maison professe, dès le lendemain de la mort du P. Bourdaloue, envoya à ses confrères une lettre oii il annonçait la perte que la Société venait de faire. Il s'applique à