SA MORT. — SES OBSÈQUES. — REGRETS PUBLICS
Le lecteur peut, dès maintenant, se rendre compte de l'activité déployée par le P. Bourdaloue durant le cours de sa vie religieuse ; ce qui relève son mérite aux yeux de Diea et des hommes, c'est qu'il a parcouru sa longue et laborieuse carrière sans jamais se laisser arrêter par k faiblesse de sa complexion.
Bourdaloue arrivait à Paris en automne 1669 ; bien qu'il fût désigné comme prédicateur dans l'église de la maison professe, rue Saint-Antoine, il prit pour domicile la résidence du noviciat, au faubourg Saint-Germain ; il y respirait un air plus sain qu'au Marais (4); toutefois, malgré cette attention, nous savons que, dès les premiers mois
(1) Quartier de Paris situé entre la Seine, les boulevards' et la rue du Temple.
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de l'année 1672, la santé du jeune orateur donnait des inquiétudes.
Plusieurs lettres des Pères Généraux en font foi : le P. Oliva veut qu'on lui accorde tout ce qui peut relever ses forces débiles (1), et fortifier cette santé si utile à F Église (2). Le P. de Noyelles, apprenant que Bourdaioue doit se rendre à Rome, recommande au P. Collet, Provincial de France, de prendre toutes les précautions possibles pour qu'il n'ait point à souffrir des fatigues d'un aussi long voyage ; Bourdaioue fut retenu à Paris par le mauvais état de sa santé. Le P. Thyrse Gonzalez témoignait la même sollicitude en 1692.
W" de Maintenon se préoccupait aussi de la santé du Révérend Père. C'est à cette marque d'intérêt que Bourdaioue fait allusion, en terminant une réponse au sujet des ouvrages de M"° Guyon : il les avait gardés plus longtemps que de raison ; après avoir donné pour excuse la nécessité où il s'était trouvé de faire trois sermons, il ajoute :
Je ne prétends pas, madame, me justifier par là auprès de vous, et j'aime bien mieux vous remercier de la manière obligeante avec laquelle vous voulez bien vous intéresser a via santé, qui assurément vous est fort acquise.
La lettre est du 10 juillet 1694 (3).
Cette délicatesse de santé ne l'a jamais arrêté dans l'exercice de son ministère, depuis l'année 1669 jusqu'à l'Avent de 1697 qu'il prêche pour la dernière fois à la cour. Dès lors, on ne le voit plus dans les grandes chaires de la capitale; on ne le trouve que dans les communautés re-
(1) Lia. Gen., 12 janvier 1672.
(2) Ihid., 16 mai 1679.
(3) Nous empruntons cette lettre à la collection de la Beaumelle et, bien entendu, sous toute réserve.
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ligieuses, auxquelles il consacre ses dernières forces, aussi bien qu'aux œuvres de charité ou de propagande; il parle souvent aux Nouvelles catholiques de la rue Sainte-Anne ; aux Enfants-Rouges (1) , près la Tour du Temple ; aux religieux de la Merci (2), près de l'hôtel Soubise ; il continue sa mission aux Assemblées de chanté. Rentré dans sa cellule, Rourdaloue revoit ses sermons (3) et en prépare l'impression ; il donne son concours au P. G. Daniel pour la défense de la Compagnie, accusée d'avoir entretenu l'idolâtrie dans les missions de la Chine. « Le P. Daniel, dit le P. Griffet [h) , rassembla toutes les preuves, dressa le plan de son Apologie des Jésuites de la Chine, et confia le soin de la rédaction au P. Rourdaloue. On v retrouve encore cette éloquence mâle et sublime qui caractérise le grand orateur. » L'ancien évêque d'Avranches, le savant Huet, ayant obtenu du P. Général des Jésuites l'autorisation de finir ses jours à la maison professe de Paris, trouva dans le P. Rourdaloue un ami digne de lui ; tous deux avaient fréquenté la cour pour y remplir les plus graves fonctions, et ils en avaient conservé des souvenirs qui fournissaient une abondante matière à la conversation. L'évêque d'Avranches, en signalant la mort de Rourdaloue, ajoute quelques paroles d'éloge qui se rapportent aux dernières années de sa vie. Après avoir parlé de son éloquence, il loue sa bienveillance et les qualités de son cœur et ajoute qu'ils se voyaient souvent ; presque tous
(1) Hospice fondé à Paris, en 1534, pour les orphelins nés hors Paris.
(2) Religieux voués à la rédemption des captifs. Les derniers débris de l'Église viennent de disparaître ; elle était située à l'angle des rues de Braque et des Archives; le couvent a été transformé en magasin de fer.
(3) Lettre du P. Thyrse Gonzalès, du 16 février 1694.
(4) Histoire de France, par le P. G-. Daniel, 1. 1. Avertissement, p. 20, VII.
les jours, Bourdaloue, sur le soir, allait rendre visite au savant évêque, lui rapportait les nouvelles qu'il avait apprises, et répondait à toutes les questions qui lui étaient posées (1).
Le P. Bourdaloue n'attendit pas au dernier moment pour se disposer à paraître devant Dieu ; dès qu'il vit ses forces l'abandonner, il résolut de tout quitter afin de se préparer à la mort. Malgré le crédit dont il jouissait à Paris et l'affection qu'il rencontrait autour de lui de la part de ses frères et de ses nombreux amis, il témoigna à son supérieur le désir de quitter la capitale et de finir ses jours en province.
Ses premières demandes ne furent pas exaucées, son ministère était encore trop fécond en œuvres utiles ; il lui fallut rester à Paris. L'année suivante, il s'adressa directement au P. Général et lui exposa sa requête en ces termes; elle a été traduite du latin et conservée par le P. Bretonneau.
Mon Très Révérend Père, Dieu m'inspire et me presse même d'avoir recours à votre paternité, pour la supplier très humblement, mais très instamment de m'accorder ce que je n'ai pu, malgré tous mes efforts, obtenir du Révérend Père Provincial. Il y a cinquante-deux ans que je suis dans la Compagnie, non pour moi, mais pour les autres; du moins, plus pour les autres que pour moi. Mille affaires me détournent et m'empêchent de travailler, autant que je le voudrais, à ma perfection, qui néanmoins est la seule chose nécessaire. Je souhaite de me retirer et de mener désormais une vie plus tranquille. Je dis plus tranquille, afin qu'elle soit plus régulière et plus sainte. Je sens que mon corps s'affaiblit et tend vers sa fin. J'ai achevé ma course ; et plût à Dieu que
(1) Huet, Comm. de rébus ad eum perlinentibus , lib. VI, p. 405.
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je pusse ajouter, j'ai été fidèle! Je suis dans un âge où je ne me trouYe plus guère en état de prêcher. Qu'il me soit permis, je vous en conjure, d'employer uniquement pour Dieu et pour moi-même ce qui me reste de vie, et de me disposer par là à mourir en religieux. La Flèche, ou quelque autre maison qu'il plaira aux supérieurs (car je n'en demande aucune en particulier, pourvu que je sois éloigné de Paris), sera le lieu de mon repos. Là, oubhant les choses du monde, je repasserai devant Dieu toutes les années de ma vie dans l'amertume de mon âme. Voilà le sujet de tous mes vœux (1).
Cette demande si légitime, exprimée en termes si religieux, avait été favorablement accueillie ; le P. Bourdaloue fut autorisé à quitter Paris et à choisir le lieu de sa retraite ; mais les supérieurs locaux, laissés juges de l'opportunité de la mesure, suspendirent l'effet de la permission ; ils réclamèrent auprès du P. Général, et le P. Bourdaloue dut encore une fois se résigner à rester dans la capitale.
Dès lors le vénérable reUgieux ne douta plus que Dieu l'appelait à mourir les armes à la main ; il reprit ses fonctions à la maison professe et redoubla de zèle. Le dimanche de la Quinquagésime 170^, il prêcha les Quarante- Heures à Saint-Étienne du Mont (2). Aux fêtes de Pâques, de la même année (3), sur la demande de D. Thierry de Viaixnes^ approuvée par le Roi, il se rendit à Vincennes et alla porter les consolations de son ministère au moine prisonnier (h); il le visita fréquemment et s'employa même à lui rendre tous les services qui étaient en son pouvoir.
(1) Œuvres, t. I, préface, p. 17.
(2) 2 février 170-4, Liste générale.
(3) La fête de Pâques tombait le 23 mars.
(4) Thierri de Yiaixnes, bénédictin janséniste, était accusé d'être l'auteur du fameux Problème ecclésiastique , écrit contre le cardinal de Noailles, longtemps et faussement attribué aux Jésuites.
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Cette mission acheva d'épuiser ses forces affaiblies par l'âge, le travail et les émotions, et par le régime débilitant auquel il était condamné ; depuis longtemps son estomac ne pouvait digérer que du lait. Peu de temps avant sa mort, une abbesse illustre lui demanda un sermon pour une prise d'habit; Bourdaloue, quoique souffrant d'un rhume opiniâtre, consentit à monter en chaire. Deux ou trois jours avant la Pentecôte (l), il prêchait encore ; sur les instances de la maréchale de Bellefonds, il s'était engagé à prêcher à Vincennes (2), le mardi suivant, qui devait être le jour de sa mort. Le samedi 10 mai, veille de la Pentecôte i 704, il alla voir le duc de Gesvres, gouverneur de Paris (3), gravement malade ; on disait même, le soir, à la cour (h), qu'il n'en pourrait revenir. Bourdaloue, pour lui être agréable, s' oubliant lui-même outre mesure, ne cessa de lui parler; le gouverneur releva de maladie et survécut encore quelques temps à cette crise (5); le P. Bourdaloue mourut trois jours après.
Tels sont les derniers actes de sa vie apostolique ; l'inflammation de poitrine dont il souffrait depuis longtemps, prit des proportions inquiétantes. Le 11 mai 170Zi, fête de la Pentecôte, le P. Bourdaloue voulut célébrer la sainte messe ; à peine l'avait-il commencée, qu'il se trouva mal ; il envoya le servant de messe demander à la sacristie un
(1) La Pentecôte tombait le 11 mai, en 1T04.
(2) Extrait d'une note en marge d'une lettre de Bourdaloue au maréchal de Bellefonds. — Collection de M. Feuillet de Conches.
(3) Arch. nat. m. 243. Il avait succédé au duc de Gréqui, mort en 1687.
(4) Mém. inéd. du marqxdsde Sourches, 1704, t. XII; 382.
(5) Notre mémoire (arch. nat., m 243) parle du gouverneur de Paris, duc de Gesvres, comme étant mort à cette époque; le chroniqueur doit avoir confondu le gouverneur de Paris, Léon Potier, duc de Gesvres, mort le 10 décembre 1704, avec un autre membre de sa famille, un Potier conseiller an parlement, mort le 11 mars de la même année.
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prêtre pour l'aider à achever le saint Sacrifice, ce qu'il fît avec peine; l'assistant le soutenait en faisant les génuflexions et tous les mouvements avec lui (1). Ce même jour il eut encore le courage d'entendre quelques confessions (2).
Le soir, on fît venir un médecin étranger, très en vogue à cette époque, le fameux médecin hollandais Helvétius (3), dans la pensée qu'il parviendrait à soulager le malade. Après l'avoir examiné, le doctem- fît part aux assistants de ses impressions : bien qu'il parlât très bas, le malade l'entendit, et s' adressant à lui :
Monsieur, dit-il, nous nous sommes rencontrés souvent auprès des malades, vous pour le corps et moi pour l'âme, vous pouvez parler tout haut, je sais la violence de mon mal qui me réduit à l'extrémité, et je sais qu'à moins d'un miracle, je ne puis guérir; un pécheur, comme moi, ne mérite pas que Dieu en fasse ; ainsi vous pouvez vous retirer, priez seulement Dieu qu'il me fasse miséricorde ; s'il me la fait, je lui demanderai la même grâce pour vous.
Après ce petit discours, à l'adresse du médecin, le moribond demanda les derniers sacrements. Quoique la mort ne fût point imminente, on fît droit à sa demande, et le lundi matin, 12 mai, le saint Viatique lui fut administré; il le reçut avec tant de piété que tous les assistants en furent profondément émus.
(1) Arch. nat. m. 243. Journal du F. Léonard.
(2) Note marginale d'une copie de lettres de Bourdaloue au maréchal de Bellefonds. Collection de M. Feuillet de Gonches.
(3) Louis XIV l'employait aux négociations secrètes avec la Hollande. Le 22 décembre 1707, on parlait beaucoup à la cour du départ d'Helvétius qu'on assurait avoir été envoyé par le roi en Hollande, où il avait déjà fait deux autres voyages sous prétexte de voir ses parents ou d'affaire de famille. Mém. du marquis de Sourches, 1707, p. 227.
Le P. Martineau nous a conservé ses dernières paroles (1).
Peu de temps avant sa mort, il recommanda à ceux qui l'entouraient « de faire savoir à ses nombreux amis qu'il ne les avait pas oubliés dans ses derniers moments, que si Dieu lui faisait miséricorde, comme il l'espérait, il se souviendrait d'eux devant lui, qull regardait leur séparation comme une partie du sacrifice qu'il faisait de sa vie au souverain domaine de Dieu (2) . n
Il s'entretint aussi quelques instants avec son supérieur, le P. Martineau, puis il lui demanda sa bénédiction. Le P. Supérieur, ému de cette démarche, en fit part à ses confrères, et la présenta comme un témoignage de la grande simplicité de foi de l'illustre orateur (3).
A peine lui restait-il quelques instants à vivre, qu'il se fit conduire à sa chambre pour y prendre des papiers qu'il brûla (4) . Quand la nouvelle de sa mort prochaine fut répandue dans Paris, on vint en foule demander de ses nouvelles (5). Le Roi s'était fait mettre au courant des progrès de la maladie. D'après une lettre du valet de chambre du Roi, du 13 mai, à Versailles, quand M. le duc de Béthune dit à Sa Majesté que le P. Bourdaloue se mourait, Louis XIV parut fort touché, et il ajouta qu'un homme qui avait vécu comme lui se trouvait aux approches de la mort bien consolé (6).
Le P. Bourdaloue rendit son âme à Dieu, le mardi 13 mai, à cinq heures du matin. Dès le même jour, le P. Supérieur de la maison professe adressa à tous ses
(1) Appendice n° XVII. Lettre du P. Martineau.
(2) Aîém. de Trévoux, août 1704, p. 1424.
(3) Lettre du "P. Martineau.
(4) Notice ms. du P. Léonard, arch. nat. m. 243.
(5) Mém. de Trévoux., août 1704, p. 1415.
(6) Notice ms. du P. Léonard.
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confrères de la province de France une circulaire pour annoncer la mort du saint religieux (1).
Les obsèques eurent lieu, le 14, dans l'église de la maison de Saint-Louis, au milieu d'une nomlDreuse assistance : tous les partis "religieux et politiques qui commençaient à diviser la société y étaient représentés; la consternation était sur tous les visages. « Il est fort regretté de ceux de sa Compagnie, dit un mémoire manuscrit (2); on remarqua que tous ceux qui assistèrent à ses obsèques, le 14, étaient fort consternés. Il n'avait point pris de parti; il dirigeait quantité de personnes de distinction et de la première qualité de l'un et de l'autre sexe; quantité de moribonds l'envoyaient quérir, quoiqu'il ne fût point leur directeur, pour les exhorter à la mort n .
Ses restes mortels furent descendus dans le caveau de l'église et enterrés dans une des chambres de gauche (3).
Suivant la même chronique, le frère qui lui avait servi de compagnon ordinaire mourut trois ou quatre jours après (4).
Dès que le malade eut rendu le dernier soupir, le célèbre peintre Jean Jouvenet, ami de la maison, fut prié de recueillir ses traits. Nous avons eu sous les yeux le dessin original de Jouvenet, tiré sur le visage du mort. Les légendes sont écrites à la main avec grand soin et parfaite symétrie.
(1) Mém. de Trévoux, 1704.
(2) Arch. nat. m. 243. Journal du F. Léonard.
(3) En 1863, M. Paul-Adrien Bourdaloue, ingénieur à Bourges, en mémoire du mariage de sa sœur, célébré à Saint-Paul-Saint- Louis, fit placer, sur le lieu où repose le corps de leur homonyme, une plaque de marbre avec cette inscription : Bourdaloue, né à Bourges le 20 août 1632, mort à Paris le iZ.mai ilQi. Le 23 août 1860. — M. Rehoul étant curé de Saint-Paul-Saint-Louis.
(4) Le Mercure Galant lui consacra une épitaphe en vers très médiocres pour le fond et pour la forme.
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La nouvelle de la mort du P. Bourdaloue était à peine répandue dans le public, que les poètes et les hommes de lettres se piquèrent d'émulation; ils voulurent, suivant l'usage du temps, jeter sur sa tombe quelques fleurs poétiques. Ces épitaphes sont généralement assez fades; néanmoins nous nous permettons d'en soumettre quelquesunes au goût du lecteur. Il y a, dans ce tribut des beaux esprits de l'époque, un hommage rendu spontanément au mérite, une preuve de la haute vénération dont les hommes d'étude étaient remplis pour le grand et pieux orateur.
Le P. d'Augière, jésuite provençal, a composé les distiques suivants ;
Quœ tenuit reges, dominamque traxerat urbem Vox, tacet, ars mânes flectere nulla potest : Burdalove jaces, tecum facundia, muta est ; At loquitur, cineres quae premit urna tuos :
Hic situs eloquii quondam, morumque magister, Quae vivis vivus dixerat umbra docet (1).
On trouve la traduction libre de ces vers dans les Essais de littérature pour la connaissance des livres (2) : nous a transcrivons.
Rien ne saurait fléchir la parque inexorable (3).
Cet homme dont la docte voix
Charma Paris, toucha les rois,
Garde un silence inviolable Le fameux Bourdaloue est au nombre des morts, L'éloquence avec lui semble être ensevelie,
(1) Hom. illust. de Provence, art. d'Augière.
(2) Paris, mai 1704, p. 307, ap. bibl. Sainte-GcEeviève A F J.
(3) L'épitaphe latine et la traduction ont été imprimées ensemble et sur feuilles volantes ; le nom du traducteur était ' en bas.
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Du grand art de prêcher, depuis que l'on s'oublie, Plus de tons délicats, plus de nobles transports. Mais non, si ce grand homme est réduit au silence.
Ses cendres nous parlent pour lui.
Ce qu'il dit autrefois avec tant d'éloquence,
Elles le disent aujourd'hui.
L'épitaphe suivante est due à Anisson de la Barre, sous la date de 170li :
Tu triomphes, pécheur, et ton audace extrême S'applaudit en secret du déplorable sort
Qui vient par un ordre suprême Nous ravir Bourdaloue et lui donner la mort.
Tu te flattes en vain : si cet esprit sublime
Ne peut plus désormais te reprocher ton crime,
Pécheur, ce qui reste de lui
Te condamne encore aujourd'hui.
Souviens-toi des travaux de sa pénible vie.
De ses hautes vertus à couvert de l'envie.
Rappelle en ton esprit tant de sages leçons ; Ne sont-ce pas pour toi tout autant de sermons ?
Le Mei'cure du mois de mai YlOIx donne encore cette pièce de vers sur la mort de Bourdaloue.
Après les saints travaux d'une pénible vie,
Le ciel en a tranché le cours ; Mais ne nous plaignons point qu'elle lui soit ravie. S'il quitte ce séjour, ce n'est que pour les cieux. Et pour jouir d'un sort à jamais glorieux.
Il sut avec ardeur, soutenant la justice.
Pour qui son éloquence a toujours combattu.
Nous inspirer de l'horreur pour le vice.
Et de l'amour pour la vertu.
Son cœur fut au-dessus de l'humaine faiblesse, Yers la solide gloire il porta ses désirs ;
La pauvreté fit sa richesse
L'austérité fît ses plaisirs.
Pour être heureux, il faut le suivre ; Imitons ce héros, et vivons pour souffrir;
Quand on ne vit que pour mourir On ne meurt que pour vivre.
Ce langage d'une poésie douteuse n'est qu'un faible écho des nombreux éloges qui parurent après la mort du P. Bourdaloue dans les journaux et les feuilles publiques; nous les ayons cités assez souvent pour n'avoir point à y revenir.
DEUXIEME PAETIE