‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvres [microform]Chapitre 22 sur 86 · LA PRÉDICATION A PARIS AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA PRÉDICATION A PARIS AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

Au moment où le P. Boùrdaloue attirait l'attention du public à Saint-Louis des Jésuites, Bossuet prêchait son dernier Avent à la cour (1669); le P. Mascaron, de l'Oratoire, prêcha le Carême suivant (1670) devant le i*oi ; le P. Boùrdaloue lui succéda : il prit la parole, pour la première fois, le jour de la Toussaint de cette même année, dans la chapelle du vieux château, à Saint- Germain-en- Laye, et continua la station de l' Avent au château des Tuileries, à Paris.

Bossuet, appelé à l'évêché de Condom, puis bientôt chargé par le roi de présider à l'éducation du Dauphin, dut renoncer au ministère de la prédication. C'est le sentiment du devoir qui lui imposa silence et nulle autre raison; les mesquines inspirations de l' amour-propre n'y furent pour rien. Maury, dans son Essai sur F éloquence de la chaire (1), réfute l'opinion reçue, dit-il, sur la parole de Voltaire, que Bossuet, effrayé des succès du P. Boùrdaloue, <* n'osa pas lutter contre ce Jésuite célèbre, et que ne passant plus alors pour le premier prédicateur de la nation, il aima mieux être le premier dans la controverse que le second dans la chaire. «Maury fait ici un Ion g commentaire sur quelques paroles de Voltaire qui sontloin d'avoir la portée qu'il leur donne. Voltaire dit : « Quand Boùrdaloue parut, Bossuet ne passa plus pour le premier prédicateur » (2) . C'est un fait que Voltaire affirme avec raison, si l'on s'en tient au témoignage du temps; mais cette réputation d'infériorité que Bossuet a pu accepter, n'a certainement pas influé sur sa conduite. On lit encore dans Y Éloge de

insigne de conserver les dépouilles du saint fondateur et d'être, suivant l'expression de saint François de Borgia, le temple commun à tous les enfants de laCompac/nie i Templum totius societatis commune. (Sacctiini, Hist. soc, lib. IV, num. 147.)

(2) Siècle de Louis XIV, t. II, p. 256, éd. 17S4

.98 LE p. LOUIS BOURDALOUE

Bossuet par d'Alembert (1) : « Bossuet, qui voyait s'élever dans Bourdaloue un successeur digne de lui et formé sur son modèle, remit le sceptre de l'éloquence chrétienne aux mains de l'illustre rival.à qui il avait ouvert et tracé cette glorieuse carrière, et ne fut ni surpris, ni jaloux de voir le disciple s'y élancer plus loin que le maître. » Ce langage nous paraît plus convenable, mais il sent beaucoup trop l'amplification académique,

Maury, dans son enthousiasme d'ailleurs très légitime pour l'auteur des Oraisons funèbres^, n'est pas plus exact que d'Alembert : « Voulez-vous connaître, dit-il, la révolution que Bossuet fit dans la chaire, ouvrez les écrits de Bourdaloue dont il fut le précurseur et le modèle. Qui, Bossuet ne me paraît jamais plus grand que lorsque je lis Bourdaloue, o^ entra vingt ans a^rès lui dans cette nouvelle route, où il sut se montrer original en ï imitant, et où il le surpassa en travail, sans pouvoir jamais l'égaler en génie » (2). Nous pensons que, pour juger sainement de l'éloquence de Bossuet, dans les sermons, il faut lire ses sermons et non ceux de Bourdaloue, dont les discours

n'ont aucun rapport avec ceux de l'Evêque de Meaux; en outre, Bourdaloue ne monta pas en chaire vingt ans après Bossuet, mais seulement quelques mois après lui ; quant au génie, nous laisserons à chacun sa part : le génie de Bossuet est plus éclatant, il atteint souvent au sublime; le génie de Bourdaloue reste en vue à ses auditeurs, et sa lumière pénètre plus profondément dans les consciences.

Lorsque Bossuet descendit de la chaire (1669), Bourdaloue n'eut plus d'autre rival que l'oratorien Mascaron; ce sont, en effet, les deux noms qui reviennent le plus sou-

(1) P. Wi.

(2) Principes d'éloquence, p. 81.

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