LA PRÉDICATION A PARI& AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
vent sur la liste des prédicateurs de la cour à la fin du dix-septième siècle (1), avec dom Côme, général des Feuillants; les PP. Soanen, de la Roche, Hubert, le Boux, de l'Oratoire; les abbés Flécbier (2), Anselme, Boileau; les PP. Gaillard et de la Rue, de la Compagnie de Jésus ; Massillon ne parut qu'en 1699,
On pourraitnous dire que beaucoup d'autres prédicatem-s ont reçu, comme le P. Bourdaloue, de nombreux témoignages d'admiration de la part du roi et de l'opinion pu^ blique; nous l'admettons volontiers et nous demandons combien d'entre eux sont restés avec leur premier éclat dans la mémoire des hommes ; ils sont, pour la plupart , confinés avec leurs œuvres sur les rayons des bibliothèques de Sermonnaires. Mascaron et Flé^hier ont laissé quelques oraisons funèbres, qui font genre dans la littérature; Massillon appartient à une toute autre époque ; Bossuet a d'autres mérites qui le rangent à part. Le P. Bourdaloue seul, après avoir soutenu sa réputation pendant trente-quatre ans, est encore, après deux siècles, un modèle inimitable et toujours digne . de la méditation des hommes réfléchis, toujours aussi vrai et aussi pressant dans sa morale pratique qu'il est net et précis dans sa doctrine. On admirait Bossuet, on écoutait Bourdaloue; le premier éblouissait, le second éclairait; de là peut-être cet oubli dans lequel la société du plus brillant siècle de notre littérature a laissé la mémoire de l'évêque de Meaux. A cette époque de foi, l'auditoire conservait encose le tact chrétien ; on allait à l'église pour remplir un devoir, re^ cueilhr des leçons, et les fidèles préféraient, à tout autre, un prédicateur qui dépeignait les vices et apprenait à les vaincre; ils ne se laissaient pas aller à l'admiration stérile,
(1) De 1670 à 1697.
(2) Évoque de Lavatir en 1685, puis cIo Nimes en 16S7.
et ne s'intéressaient pas à des discours qui oubliaient trop l'homme déchu.
Un courtisan de Louis XIV exposait bien cet état des esprits dans un entretien dont le P. de la Rue rend compte en ces termes (1) :
« Dès la première fois, dit-il, que j'eus l'honneur d'être nommé pour prêcher à la cour, je fus assez heureux pour recevoir un avis d'un courtisan des plus habiles : « Ne donnez pas , me dit-il , dans l'écueil commun , ne prétendez pas réussir en nous flattant l'oreille par un étalage de fins mots. Si vous allez par le chemin du bel esprit, vous trouverez ici des gens qui en mettront plus dans un seul couplet de chanson, que vous dans tout un sermon. Ils se railleront de vous. Mais parlez-leur de Dieu, vivement et prudemment, comme vous parleriez aux honnêtes gens de la ville. C'est ce qu'ils n'entendent point et ce que vous entendez mieux qu'eux, par là vous serez leur maître et ils vous respecteront. »
Le P. de la Rue assure qu'il fit ses efforts pour mettre en pratique ces sages avis, mais l'histoire ne dit pas qu'il ait réussi complètement; sa réputation, établie par les succès de son enseignement au collège de Clermont, ne tint pas contre les épreuves de la chaire publique, tandis que son confrère, le P. Rourdaloue, sans avoir besoin de conseils d'aucune sorte, fit comprendre, dès le premier jour, qu'il était homme à s'imposer au nom du maître qui renvoyait; il dédaigna ouvertement le bel esprit, ne ■songea qu'à réformer les mœurs, et réussit.
(1) Préface de ses sermons, t. I, n" 3. Le P. de la Rue prêcha pour la première fois, à la cour, l'Avent de 1687.