‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvres [microform]Chapitre 24 sur 86 · AUTHENTICITÉ INCONTESTABLE. — LA PART DE L ÉDITEUR · texte numérisé non relu

AUTHENTICITÉ INCONTESTABLE. — LA PART DE L ÉDITEUR

DISPARITION DES MANUSCRITS ORIGINAUX. — LES ÉDITIONS FRAUDULEUSES, LEUR UTILITÉ. SERMONS INÉDITS.

Notre premier devoir est d'affermir le terrain sur lequel nous devons marcher. On a demandé, jusqu'ici timidement, et, vu l'étendue de nos recherches, on ne manquera pas de nous demander avec quelque insistance, si nous avons bien les sermons authentiques prêches par le grand orateur.

Le doute, à cet égard, n'est pas admissible : le P. Bretonneau, éditeur des œuvres de Bourdaloue, l'affirme, et nous n'avons aucune raison de ne point le croire sur parole; au besoin, la vulgarité de son talent d'orateur nous tirerait d'inquiétude (1). Nous avons de plus le témoignage des journalistes de Trévoux et de l'opinion publique contemporaine ; tous reconnaissent, à la lecture, les sermons du célèbre orateur qu'ils ont entendu et admiré pendant plus d'un quart de siècle.

(1) Le P. Berruyer a édité les sermons du P. Bretonneau en 7 Yol. in-12. Paris, 1743. Yoir Appendice n" XYII. Notice sur le P. Bretonneau.

102 LE P. LOUIS BOURDALOUÈ

Après avoir raconté à ses lecteurs la mort du P. Bourdaloue, le P. B retonneau dit :

« Ses ouvrages suppléeront au défaut de sa personne; on l'y retrouvera lui-même, du moins on y trouvera tous ses senthneîiis et tout son esprit. Car ce sont ici les vrais sermons et non point des copies imparfaites, telles qu'il en parut, il y a plusieurs années. Il les désavoua hautement, et avec raison ; il y est si défiguré, qu'il ne devait plus s'y reconnaître. »

En présence d'un- langage aussi net, après deux cents ans de possession, il serait bien ridicule de s'inscrire en faux contre l'affirmation des contemporains.

Néanmoins, sans manquer au respect dû à la bonne foi de l'éditeur, nous chercherons à nous rendre compte de la part qu'il s'est faite dans la rédaction des œuvres complètes.

Le P. Bretonneau, dans l'avertissement du premier volume des Dominicales, qui parut en 1716, s'exprime ainsi :

« Comme la grande réputation du P. Bourdaloue lui attirait de continuelles occupations au dehors, il n avait guère eu le loisir de retoucher lui-même ses sermons et d'ij mettre la dernière main. C'est à quoi j'ai tâché de suppléer; et, par une assiduité assez constante au travail, je suis enfin parvenu à faire paraître un cours de sermons pour toute Vannée (1)... »

L'avertissement de 1721 expose la conduite de l'éditeur dans la publication des Exhortations et Instructions. Il nous apprend que le P. Bourdaloue préparait avec soin jusqu'aux moindres discours qu'il adressait au public : l'éditeur rassure ainsi le lecteur sur l'authenticité de cette partie des œuvres; il fait cependant pressentir un travail plus étendu, lorsqu'il parle des Instructions chrétiennes qui suivent les Exhortations. « Ce sont, dit-il, des

(1) Œuvres, t. Y, p. 1.

avis spirituels et des règles de conduite qu'a donnés le P. Bourdaloue à différentes personnes qui le consultaient et dont il gouvernait la conscience. »

Les lettres du sage directeur à M°"= de Main tenon, découvertes au commencement de ce siècle, nous donnent ;une idée des transformations que l'éditeur s'est permises ; le travail du P. B retonneau s'est réduit a généraliser la doctrine exposée dans la lettre spirituelle et à supprimer les formes épistolaires.

Le dernier alinéa de cet avertissement de 1721 prévient le public que l'éditeur a épuisé le trésor qui lui a été confié ; il n'a plus rien à promettre, et ne croit pas qu'on puisse attendre quelque chose au delà de ce qu'il a publié, ni qu'on l'accuse de ne pas avoir rendu au P. Bourdaloue ce qui lui appartenait; cependant le succès de la publication fut tel, que le P. Bretonueau dut se remettre à l'œuvre, et, dans les débris qu'il avait sous la main, il trouva encore matière à former deux volumes dont nous aurons à parler à la fin du chapitre.

La même année, Rigaud imprima le volume de la Retraite spirituelle^ et, à son sujet, la bonne harmonie qui régnait depuis dix-sept ans entre l'éditeur et l'imprimeur s'altéra, au point que les deux derniers volumes des œuvres de Bourdaloue ne sortirent point des presses royales. Rigaud se plaignait du trop grand nombre de volumes. Le P. Bretonneau lui répondait : « Quand un ouvrage est aussi bien reçu que le Bourdaloue , la multitude des volumes n''est qu'un bien pour le marchand, et vous vous plaignez de ce qui est un avantage. .. (1). » Quoi qu'il en soit, les derniers volumes furent confiés à d'autres imprimeurs. Le 15 mars 1733, le privilège passa aux sieurs Cail-

(1) Lettre autog. du 17 septembre 1712, communiquée par M. Bretonneau de Moydier.

leau, Prault, Rolin et Bordelet. Cette modification dans la marche de l'édition nous fait craindre que l'imprimerie royale se soit refusée à produire une œuvre qui n'était plus l'œuvre avouée du P. Bourdaloue.

Et, en effet, l'année suivante, en 1734, parut le livre des Pensées, en deux volumes.

Suivant ses promesses de 1721, Bretonneau avait revu les papiers de Bourdaloue et composé un recueil de pensées détachées, de remarques, de réflexions et de fragments demeurés imparfaits et qu'il n'avait pas employés dans ses sermons.

Au sujet de ces deux derniers volumes, l'éditeur entre dans des détails de rédaction qui font craindre de sa part un concours indiscret dans la publication des œuvres de son confrère, il s'exprime ainsi :

« Cependant il fallait mettre quelque ordre, et tellement distribuer ces pensées, que celles qui ont rapport à un même sujet, fussent toutes réunies sous un titre particulier. Cela même ne suffisait point encore ; mais de ces pensées, les unes étant bien plus étendues que les autres, il a fallu faire des premières comme autant d'articles ou de paragraphes, et ranger les autres indifféremment et sans suite, sous le simple titre de Pensées diverses. Tout cela, comme on le juge assez, demandait que l'éditeur mît un -peu la main à l'œuvre, pour disposer les matières, pour les lier ou les développer, pour les finir et leur donner une certaine forme. »

Cette description du travail entrepris par l'éditeur fait comprendre le rôle qu'il remplit; il ne cesse pas d'être éditeur fidèle. C'est toujours la doctrine du maître, ce sont ses pensées, ses sentiments, liés ensemble par une rédaction correcte ; ce sont des opuscules nouveaux composés d'éléments originaux sur le salut, sur la foi, Xb, pénitence, la vraie et fausse dévotion, Xbl pilier e,\ humilité, Y 07'gueil,

trouvés dans les papiers de Bourdaloue et mis en forme par les soins de l'éditeur : il nous avertit et cela sufiit ; mais les quelques mots suivants s'expliquent plus difficilement.

(( Je n'ai rien fait à l'égard de ce recueil de Pensées, que je n'eusse déjà faif à l'égard des Sermons, Exhortations, Instructions, et de la Retraite spirituelle du même auteur. »

Evidemment ce langage de 173A dépasse la pensée de l'auteur ; il inquiète le lecteur de nos jours, comme il inquiéta les lecteurs du dix-huitième siècle. L'avertissement avait paru dans le courant de l'année 173/i, et, en septembre 1735, le Journal des Savants (1) s'exprime ainsi :

« Ceux qui aiment à connaître les véritables sentiments d'un auteur dont la réputation est aussi bien établie que celle du P. Bourdaloue, et qui croient quelquefois en pouvoir juger par certaines expressions, souhaiteraient que le P. Bretonneau eût pris la précaution de marquer les endroits où il amis la main à l'œuvre. »

Cette judicieuse observation resta sans réponse, et l'opinion publique, sans plus de réclamations, accueillit les volumes des Pensées de Bourdaloue comme authentiques, au même titre que les éditions de ses sermons ; aussi bien que les sermons des PP. Giroust, Cheminais et de la Rue, rais au jour par le même éditeur, sans que jamais leur authenticité ait été contestée.

Un éloge nécrologique en latin du P. Bretonneau, que nous avons trouvé dans les archives du Gesù à Rome, lui fait honneur d'avoir perpétué la haute réputation dont le P. Bourdaloue jouissait dans son siècle ; nous y lisons : c'est surtout Y orateur des rois et le roi des orateurs, Bourdaloue, qui lui est redevable de la réputation dont il

(1) T. XY, p. 1.

106 LE p. LOUIS BODRDALOUE

jouit encore ; il le présente à la postérité non point honteusement mutilé ou difforme, — l'auteur fait allusion aux éditions frauduleuses dont nous avons parlé, — mais tel que les contemporains l'ont connu, admirable de dignité, de vigueur, de mâle beauté; rien que de naturel dans le coloris de son style ; point de paroles superflues, mais abondance de pensées utiles. Le rédacteur de la notice relève, en finissant, le mérite du P. Bretonneau, qui a su s'identifier avec les auteurs et conserver à chacun son originalité.

Ainsi nous devons admettre, en premier lieu, que le P. Bretonneau a retouché les sermons du P. Bourdaloue, qu'il les a coordonnés et rassemblés en un cours complet de sermons pour toute l'année, tout en respectant son esprit, ses sentiments, sa méthode et son style.

En second lieu, en 1721, les Exhortations et surtout les Instructions subirent des modifications qui atteignent la forme sans toucher au fond des choses. Enfin, les livres des Pensées sont l'œuvre de l'éditeur avec les matériaux recueiUis dans les papiers de Bourdaloue.

Nous ne nous en tiendrons pas à la seule parole du P. Bretonneau, pour rassurer le lecteur sur l'authenticité des œuvres de Bourdaloue ; nous ajouterons les preuves matérielles que nous avons sous la main. Nous serions heureux de pouvoir apporter la plus sohde de toutes les preuves, en mettant sous les yeux du lecteur les sermons manuscrits du P. Bourdaloue. Ces manuscrits, s'ils existent encore, sont hors de notre atteinte. Nous les avons cherchés, nous les avons entrevus, mais ils nous ont échappé.

Les œuvres du P. Bourdaloue ne sont pas les seules à souffrir de l'outrage des ans et des révolutions ; les grands auteurs du siècle de Louis XIV ont subi le même sort ; les délicats en sont à chercher le vrai mot, le point, la virgule,

AUTHENTICITÉ DE SES œU"VRES IMPRIMÉES 107

qui sortirent de la plume de Corneille et de Racine ; on cherche les manuscrits du Ciel et de China, à'Athalie et de Britannicus ; on cherche encore le texte original de Molière, de Boileau, de M"" de Sévigné et de M""= de Maintenon ; les œuvres de Bossuet ont été maltraitées par les éditeurs. Cette exigence, explicable pour les ouvrages d'esprit, nous paraît moins fondée quand il s'agit des ouvrages de raisonnement et de haute morale ; ici l'éditeur peut difficilement substituer sa pensée à celle de l'auteur ; grâce à Dieu, à cet égard, le P. Bretonneau ne donne prise à aucun soupçon. Ajoutons que les trente années employées par Bretonneau pour achever son œuvre n'ont pu s'écouler sans compromettre l'existence du manuscrit original. Nous craignons qu'il ait fait peu de cas des débris de son travail, et s'il ne les a pas détruits, si les manuscrits du P. Bourdaloue ont été religieusement déposés dans les archives de la maison professe, nous avons à tâche de les retrouver.

Le P. Bretonneau meurt en 17/il, à l'âge de quatre-vingts ans passés ; et vingt ans après, le Parlement s'emparait des biens des Jésuites : les livres et manuscrits des deux maisons de Paris furent mis sous le séquestre, puis confiés à dom Clément, bénédictin de Saint-Germain-des-Prés, pour en faire le catalogue (1), imprimé en 1764. Après l'indication des manuscrits anciens, vient une liste des manuscrits de plusieurs Pères du collège de Glermoht, puis de la maison professe ; on y trouve un recueil de pièces originales concernant la mission et les affaires des Jésuites de la Chine; une suite de Lettres du P. Castel contre J.-J. Rousseau; et des dissertations sur son clavecin des couleurs; une détnonstration évangélique du P. Johert,

(1) Note marginale écrite à la main, par d'Ansse de "Viiloison sur un des catalogues de vente qui s'est trouvé dans la bibliothèque du savant Sylv. de Sacy. N° 3775.

abrégé d'un ouvrage de l'évêque d'Avranches, MgrHuet; un volume in-8° contenant divers écrits du P. Caussin; une Histoire de Louis XIII^ par le P. Lemoijne^ 3 vol., folio, bien copiés, dont le P. Griffet fait mention dans son histoire de Louis XIII, et autres manuscrits dont les titres sont sans intérêt. Nulle mention n'est faite de nos anciens sermonnaires; ou bien ils avaient disparu, ou bien ils entrèrent en bloc dans les lots détachés qui sont signalés dans les ventes de bibliothèques des Jésuites.

Les manuscrits des deux maisons de Paris furent acquis, au prix' de 15,000 livres, par un Hollandais da nom de Meerman, qui leur ouvrit un refuge honorable à la Haye (1) : ils y restèrent jusqu'en 1825 ; à cette époque, les manuscrits des Jésuites de Paris passèrent en Angleterre, où ils devinrent l'ornement principal du musée de sir Thomas Philipps à Middle-Hill, lieu de sa résidence. Dans le catalogue que sir Philipps fit imprimer en 1837 et qu'il envoya l'année suivante à la bibliothèque royale de Paris, nous trouvons, à la suite de papiers sur l'histoire de France (2), plusieurs indications qui réveillèrent notre attention. On trouve sous les numéros 3154, lettres du dixseptième siècle, lettres de Louis XIV, de iQQl à 1678, 7 vol. in-Zi°; 3165, recueil de généalogies de Paris, in-8°, folio 3542, 71 bundles et 2 larges boxes (3) renfermant des lettres des rois de France, depuis Charles IX, Henri IV, jusqu'à Louis XVI, etc., un grand nombre de pièces historiques et poétiques et autres papiers concernant les Jésuites. . . ; des documents et des lettres d'un grand nombre de personnages français du dix-septième au dix-neuvième siècle, etc.. Avec de pareilles indications, nous étions en droit d'espérer d'heureuses découvertes. A Londres, nous

(1) D. Pitra, Spicileg. solesmense, t. II, p. 15.

(2) Page 16 du catalogue de sir Philipps.

(3) Soixante-et-onze liasses et deux grandes caisses.

apprîmes que le musée de sir Philipps était passé de Middle- Hill à Cheltenam près de Bristol. La fille de sir Philipps, héritière de ses biens, ayant épousé le Rev*^ Fenwich, ■ l'avait suivi dans cette charmante petite -ville, avec son musée de tableaux, de livres rares et de manuscrits de toute nature. Le Rev** Fenwich me fit les honneurs de son palais, mais malheureusement les caisses n'avaient pas été ouvertes, et l'on devait attendre que les petits enfants du collectionneur eussent atteint l'âge de trente ans pour en disposer. Les enfants avaient alors douze ou treize ans. D'ici là, ajoutait le Rev'', on aura le temps de trier et de classer les papiers de la collection.

. Après une pareille déception, il n'y avait plus qu'à se retirer, ce que nous fîmes, après avoir parcouru les galeries sous la conduite du maître. En passant devant les caisses qui contenaient, comme autant de cercueils, les restes exilés de nos ancêtres, je me sentais le cœur serré, et je me retirai avec l'espoir qu'un jour il serait possible d'exhumer ces précieuses reliques.

On nous pardonnera cette confidence que nous mettons au grand jour, pour attester la persistance de nos recherches et montrer le chemin à ceux qui voudront poursuivre nos investigations, soit dans un but patriotique, soit dans un but littéraire.

Le? sermons manuscrits du P. Bourdaloue n'existant pas pour nous, nous avons recours à d'autres moyens pour constater la fidélité de l'éditeur.

Au commencement de ce chapitre, nous avons entendu le P. Bretonneau annoncer qu'il donne les vrais sermons de Bourdaloue, et non point des copies imparfaites telles qu'il en parut, dit-il, il y a plusieurs années. L'éditeur traite avec dédain ces éditions frauduleuses ; nous serons moins sévère et nous les accepterons ici comme contrôle.

•MO lE p. LOUIS BODRDALOUE

La bibliographie du P. de Backsr cite trois éditions

françaises ou belges ; un carême en 3 vol. in-lS, publiés,

. à Paris (Bruxelles), chez Mabre-Cramoisy, en 1692; des

sermons pour les grandes fêtes de ï année en 1 vol. in-12,

de même éditeur et de même date.

Le Journal des Savants de 1692, édit. m-li°, réclama contre cette publication, en révélant les moyens frauduleux employés par les éditeurs pour lui donner accès auprès du public français.

A la gage A08 du Journal des Savants, du mois de septembre 1692, on lit :

« Un libraire de Bruxelles a imprimé k vol. in-12, sous le titre de Se^^mons du P. Bourdaloue;oi\ n'aura pas de peine à découvrir que le Révérend Père n'a aucune part à cette impression. Il y a plusieurs sermons où il n'y a rien de lui; et les autres n'ont guère de lui que le texte et quelquefois la division. Il est bien aise qu'on sache qu'on désavoue ces quatre volumes et les autres que l'imprimeur a bien voulu promettre de son chef au 'public. Quelquesuns s'y sont laissé tromper, sur ce que l'imprimeur y a mis une approbation de M. Courcier, un privilège du roi et le nom de la veuve Cramoisy. »

On le sait, tous les orateurs étaient alors exposés au périlleux honneur de la contrefaçon ; aussi le P. Bourdaloue, qui passait pour le roi des orateurs, eut-il à subir, malgré l'avis du Journal des Savants, de nombreuses reproductions frauduleuses de ses sermons. Les éditeurs n'en devinrent que plus audacieux, ils parurent à visage découvert; c'était l'imprimeur Frick, de Bruxelles, qui publiait un carême en 1692;. c'est le célèbre imprimeur Foppens, d'Anvers et de Bruxelles, qui édite les mêmes sermons de carême en 1693. Enfin, sous la rubrique de Paris, chez Mabre-Cramoisy, on trouve une nouvelle édition, en 1696, qui s'annonce comme Nouvelle édition

revue et corrigée et divisée en deux parties. Nous possédons le I"" volume de cette édition revue et corrigée^ avec promesse de donner la suite composée du carême, des dominicales et àe& panégyriques du même auteur. Ce volume contient les 5en720?25 jooz«' tous les jours du Carême, depuis le mercredi des Cendres jusqu'au vendredi de la quatrième semaine.

L'édition de 1696, dite nouvelle et corrigée, n'est que la copie, sous un autre format, de l'édition de 1693. Quel jugement porter sur cette publication de contrebande condamnée par le Journal des Savants de 1692, qui n'a pu arrêter les éditeurs frauduleux des années 1693 et 1696?

Au point de vue littéraire, il est difficile de la condamner absolument, lorsqu'on voit le P. Houdry, Jésuite {i), auteur de la Bibliothèque des Prédicateurs, donner des extraits des sermons du P. Bourdaloue, tirés, comme il dit, des sermons imjjrimés sous son nom. Le P. Houdry avait connu et entendu le prédicateur et se trouvait en état de juger de sa valeur et du fruit de sa prédication ; si donc il donne des extraits des sermons frauduleux, s'il les présente comme des modèles de développement d'idée, c'est qu'il ne les trouve pas trop au-dessous des discours réels.

Et que l'on ne croie pas qull fût plus difficile alors qu'aujourd'hui de reproduire les sermons entendus. Lemaire, auteur d'un ouvrage estimé sous le titre de Paris ancien et moderne, publié en 1694, dit, au sujet d'un psautier en notes, où une lettre signifie un mot : « Les anciens pratiquaient cet usage pour écrire plus promptement, de même que nous en voyons aujourd'hui qui suivent de la sorte les sermons dans les églises, à la vive voix

(1) Né ea 1631, mort en 1729. Voir Bihlioth. des prédicateurs, t. IV, p. 306, 470, 476, etc.

du prédicateur, et auxquels on peut bien appliquer ce distique de Martial :

Currant verba licet, manus est velocior illis ; Nondiim lingua suum, dextra peregit opus.

Que les paroles courent à leur gré, la main va plus vite encore ; la langue n'a pas terminé son office que déjà la main a fait son œuvre.

Les sténographes du temps ne travaillaient pas seulement pour les éditeurs de Hollande ou de Flandre ; ils se mettaient à la disposition des familles désireuses de conserver les beaux sermons, suivant l'expression de M™" de Sé\'igné.

Les bibliothèques publiques possèdent de volumineux in-quarto, où sont recueillis les discours des principaux orateurs du dix-septième siècle. Le département des manuscrits de la bibliothèque nationale conserve une collection de ce genre, où sont rassemblés des sermons de Mascaron, de Bourdaloue et d'autres orateurs célèbres du temps.

Les bibliothèques particulières de l'ancienne aristocratie française, celles du moins qui ont pu échapper au vandalisme révolutionnaire, doivent en posséder encore. Dans r intimité de la famille, on aimait, à l'exemple de la marquise de Pompadour (1), à relire ces sermons. Dans la solitude du cloître, disent les Mémoires de la Visitation, on méditait avec bonheur les sermons du P. Bourdaloue et du P. de la Rue (2).

Il existait avant notre dernière révolution, dans les archives seigneuriales de la famille du marquis des Montiers-Mérinville, au château du Fraisse, en Limousin, un volume in-i", renfermant dix-neuf sermons de carême, sous le titre de Sei^mons du P. Bourdaloue. Ce recueil,

(1) Hist. des Carmélites de l'avenue de Saxe, p. 342.

(2) Année sainte de la Visitation, t. V, p. 64.

qui nous a été communiqué, était pour nous d'un grand prix, mais nous comptions sans les excès inouïs de la Commune de 1871 ; l'invasion de notre domicile a été suivie de la disparition du manuscrit, apprécié probablement par quelque chef connaisseur en belle littérature. Toutefois les notes que nous avions prises rendent cette perte moins regrettable, et nous les appellerons à déposer en faveur du P. B retonneau.

Pour montrer que le P. Bretonneau a conservé les discours du P. Bourdaloue, nous mettons en parallèle quelques passages des sermons imprimés et publiés en 1693 , et les mêmes passages des sermons édités en 1707.

Prenons le sermon pour le mercredi des Cendres.

Lesermonde l'édition de 1693 Le sermon pour le même jour

a pour texte : Mémento homo de l'édition de 1707 a pour

quia pulvis es et in pulverem re- texte : Pulvis es et in pulvere^n

verteris. (G-enèse, g. m.) (1). reverteris (Gknèse, c. m.) (2).

Ce furent les paroles dont Ge sont les mémorables Dieu se servit au commence- paroles que Dieu dit au promeut du monde pour punir mier homme, dans le moment le premier homme après sa de sa désobéissance; et ce désobéissance, mais ce sont sont celles (jue l'Eglise adresse les mêmes paroles que l'E- en particulier à chacun de nousglise adresse, aujourd'hui, à par la bouche de ses minischacun de nous en particulier très, dans la cérémonie de c& par la bouche de ses mi - jour. Paroles de malédiction,, nistres, dans la cérémonie des dans le sens que Dieu les pro- Gendres. Ge furent des malé- nonça; mais paroles de grâce dictions dans le sens que Dieu et de salut, dans la fin que les prononça, mais ce sont l'Eglise se propose en nous des paroles de bénédiction les faisant entendre. Pargles dans l'intention et la fin pour terribles et foudroyantes, pour laquelle l'Eglise nous les fait l'homme pécheur, puisqu'elles entendre. Ge furent des paro- lui signifièrent l'arrêt de sa

(1) Ed. Foppens, Bruxelles, t. I, p. 1.

(2) Œuvr. compL, t. Il, p. 45.

114 LE P. LOmS BOtJRDAiOUE

les , terribles et foudroyantes , condamnation ; mai s paroles, pour ces premiers pécheurs, douces et consolantes, pour puisqu'elles signifièrent l'ar- le pécheur pénitent , puis rêt de leur condamnation ; qu'elles lui enseignent la voie mais ce sont des paroles de sa conversion et de sa jusdouces pour les pénitents , tiflcation.

puisqu'elles leur enseignent les voies de leur conversion et de leur justification.

L'éditeur de 17Q7 reproduit le sermon prêché pour l'ouverture du Carême de Montpellier, en 1686 ; il contient, après l'introdiiGtion, un mot à l'adresse des protestants (1), qui n'est pas et ne ponivait être dans le texte de 1693, reproduit d'après le même discours prêché à Paris devant, un auditoire; catholique-

Édition 1:693. Édûion. 17.Û7..

. ....Excellente occupation de . . « Excellent principe que je la pénitence quioffre en même suppose d'abord, et d'oii, je temps un double sacrifice à conclus que la pénitence chré- Bieu, c'est-à-dire le sacrifice tienne, prise dans toute son fie l'esprit, par une humilité étendue, est donc un double volontaire de- toutes les- puis- sacrifice que Dieu exige dé sances, et le sacrifice du corps nous. Sacrifice de Fesprit et par les rigueurs et par les sacrifiée du corps : sacrifice austérités qu'elle nous- in- de l'esprit par' l'humilité de spire. C'est à cette pensée la componction; et sacrifice chrétienne que je veux m' at- du. corps, par Taustérité tacher aujourd'hui, et parce même extérieure de la- sa que ces deux sacrifices delà tisfactioiï : sacrifice de l'espénitence se doivent. faire: en prit,.sans lequel,.comme nous vous, en détruisant deux. oBs- l'enseigne le maître des gentacles très dangereux qui: s'y tUs,, le sacrifice du- corps ne opposent, dont le premier est sertà rien, ou presque à rien, l'esprit d'orgueil qui enflfenos ni: ne peut jamais apaiser esprits,.et le deuxième' est Fa^ Dieu; et, sacrifice du corps, mour déréglé que nous avons sans quoi- le sacrifice de l'espour nos corps, et qui nous prit n'est souvent qu'une

(1) Œuv. compL, t. Il, p. 47.

AUTHENTICITÉ DE SES CEtJVHES IMPRIMÉES

■empêche de le mortiflep. Cet esprit d'orgueil ne peut pas s'accorder avec l'immilité de l'esprit et l'amonr déréglé que nous . avons pour nos corps ne peuli pas- s'accorder avec les rigueurs et les austérités de la pénitence; je prétends de vous montrer aujourd'hui que la chose par laquelle ces deux obstacles peuvent être détruits, e'est particulièrement la pénitence', et pour cela, je partage tout ce discours en deux parties :

il faut sacrifier l'orgueil de l'esprit par l'humilité^ de la pénitence, et c'est cette pre'mière Gonsidération que les cendres qu'on nous donne, nous inspirent, parce qu'elles «ont les marques et le symbole de la mortr voilà ma première partie. Il faut sacrifier à Dieu ïa délicatesse et la mollesse du corps par' les- rigueurs et les austérités de la pénitence qni nous engage à méditer continuellement la nécessité qu'il y a de mourir, et c'est un joug qui nous est imposé par les austérités, de la pénitence, c'est ma seconde partie.

illusion et un fantôme devant Dieu. En sorte que l'union de ces deux sacrifices est absolument nécessaire pour rendre parfait l'holocauste dont je parle, et d'où dépend l'entière réconciliation de Thomme pécheur avec Dieu.

Je m'attache à cette pensée qui me conduit naturellement à mon sujet : et parce que ces deux sacrifices, que la pénitence doit faire à Dieu, trouvent en nous deux grands obstacles, dont le premier est l'esprit d'orgueil, et le second l'esprit de mollesse : l'esprit d'orgueil, incompatible avec l'humilité de la pénitence; l'esprit de mollesse, essentiellement opposé à l'austérité de la pénitence ; je veux, pour ne vous rien dire aujourd'hui qui ne soit utile et pratique, vous apprendre à les surmonter par le souvenir de la mort que nous retrace l'Eglise dans la cérémonie des Cendres. C'est tout le dessein de ce discours, que je réduis à deux propositions. Il faut, jar une pémtence solidement.

'. lumble,, anéantir devant Dieu ! '"orgueil de nos esprits; et, c'^est à quoi nous oblige lavue de ces cendres, qui sont pour nous les marques et comme les symboles de lai mort : ce sera le premier, point. II f&Mi, par une pénitence généreusement austère, sacrifier à Dieu la mollesse et la délicatesse de nos corps; et c'est à quoi nous engage l'imposition de ces cendres,

qui nous annoncent, ou plutôt qui nous font déjà sentir l'inévitable nécessité de la mort : ce sera le second point.

La première partie du discours commence dans les mêmes termes.

Édition 1693 (p. 6).

Comme U est de la foi que l'orgueil de l'homme a été la cause, le sujet et la source de tout péclié, il ne faut pas s'étonner aussi que le même orgueil soit un obstacle essentiel qui s'op p se à la énitence qui est le remède du pécbé...

Édition 1707 (p. 50).

Gomme il est de la foi que l'orgueil fut le premier péché de l'homme, et qu'il est encore la source et le principe de tout péché : Initium omnis peccati superbia (Eccli., x), il ne faut pas s'étonner que le même orgueil soit un obstacle essentiel à la pénitence établie de Dieu pour être le remède du péché...

Qu'on nous permette de citer encore quelques traits semblables, quant à l'idée mère, et qui ne diffèrent que légèrement dans la forme. Dans la première partie, on lit :

Édition imZ (p. 7).

Quand un homme du commun ou de la lie du peuple vient à devenir insolent, le moyen le plus propre pour l'ab'aisser, c'est de lui mettre devant les yeux la qualité ou plutôt la bassesse de son extraction. C'est assez de lui dire : d'où êtes-vQus venu?

Il n'en faut pas davantage pour lui inspirer des sentiments de modestie et d'humilité s'il en est capable...

Édition 1707 (p. 52).

... Quand un homme sans qualitéetsansnaissance, mais élevé néanmoins à une haute fortune et comblé de biens et d'honneurs vient à s'enorgueilUr et à s'oublier , le moyen de réprimer son orgueil est de lui remettre devant les yeux l'obscurité et la bassesse de son extraction. Ne vous enflez point, lui dit-on, on sait qui vous êtes et d'où vous êtes venu. Cela seul est capable de le confondre et de lui inspirer des sentiments de modestie...

AUTEENTICITÉ DE SES CEDVRES IMPRIMÉES dl7

Le sermon sur V Ambition se présente dans les mêmes conditions ; il paraît au mercredi de la deuxième semaine de Carême avec le texte du jour, et souvent avec les mêmes termes.

Édition 1693 (1). Sermon sur Édition 1707 (2). Sermon sur V Ambition, pour le mercredi de V Ambition, pour le mercredi de la seconde semaine de Carême, la seconde semaine de Carême, prêché en ville. prêché devant le roi.

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