‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvres [microform]Chapitre 26 sur 86 · EXORDE · texte numérisé non relu

EXORDE

Respondens autem Jésus dixit : JVescitis quid petatis.

Potestis bibere calicein quem ego blbiturus svm,?- Dicunt ei :

Possumus.— Ait mis : Calicem quidem m,eum bibetis; sedere autem ad dexterain m,eam, vel sinistram, non est meum, dare vobis.

Jésus leur répondit, et leur dit :

Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez - vous boire le calice que je boirai ? Ils lui dirent :

Nous le pouvons. Alors il leur répliqua : vous boirez le calice que je dois boire ; mais d'être assis à ma droite ou à ma gauche , ce n'estpas à moi de vous l'accorder.

(S. Maith., ch. xx; 22, 23, 24.)

Sire,

Ce n'est pas sans une providence particulière que Jésus- Christ, qui venait enseigner aux hommes l'humilité, choisit des disciples dont les sentiments furent d'abord si opposés à cette vertu, et qui, dans la bassesse de leur condition, avant que le Saint- Esprit les eût purifiés , ne laissaient pas d'être superbes, ambitieux et jaloux des honneurs du monde. Il voulut, dans les désordres de

(1) Edit. Foppens, Bruxelles, t. I, p. 322.

(2) Œuv. compl, t. II, p. 487.

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vissent de règle pour former leur ambition, nous découvrirnos mœurs et nous réduire à les nôtres ; et dans les leçons cette sainte humilité sans la- toutes divines qu'il leur faisait quelle il n'y a point de salut, sur un point si essentiel, nous

donner des règles pour former nos mœurs et pour nous réduire à la pratique de cette sainte et bienheureuse humilité, sans laquelle il n'y a point de piété solide ni môme de vrai christianisme.

Le discours de 1693 a le même exorde que le discours de l'édition Bretonneau, prêcbé le même jour devant le roi, avec les divisions et la confirmation d'un sermon sur le même sujet, prêché à la ville, le seizième dimanche après la Pentecôte , d'après Bretonneau. Le sermon prêché devant le roi s'adresse aux courtisans et parle des honneurs du siècle que l'ambitieux poursuit et qu'il détourne de leur lin lorsqu'il les profane^ lorsqu'il en abuse, lorsqu'il les corrompt (1) : l'autre sermon dont nous donnons le parallélisme, présente les caractères de V ambitieux. Il est probable que le P. Bourdaloue a traité le sujet dans ces mêmes conditions.

L'orateur distingue trois caractères de l'ambition.

Édition 1693 (2). Edition 1707 (3).

Elle est aveugle dans ses Quoi qu'il en soit, mes recherches et dans ses pour- chers auditeurs, et à parler suites, elle est présomptueuse de l'ambition en général, j'y dans ses sentiments et dans découvre trois grands désorses pensées, elle est odieuse dres, selon trois rapports sous dans ses suites et dans ses lesquels je l'envisage. Elle est effets... aveugle dans ses recherches,

Il s'agit de remédier à ces elle est présomptueuse dans trois grands desordres, et c'est ses sentiments , et elle est

{\\ T, II, p. 441.

(3) T. YII, p. 113.

AUTHENTiaTÉ DE SES CEUVRES IMPRIMEES

ce quele Saint-Esprit fait dans notre Evangile, en proposant les maximes les plus saintes de l'humilité de Jésus-Christ ; car si l'ambition est aveug-le dans ses recherches et dans ses poursuites, c'est l'humilité qui doit éclairer cet aveuglement ; si l'ambition est présomptueuse dans ses sentiments et dans ses pensées, c'est l'humilité de Jésus-Christ .qui doit corriger cette présomption ; enfin si l'ambition est odieuse dans ses suites et dans ses effets , c'est l'humilité de Jésus-Christ qui doit en étouffer la haine et l'envie, trois vérités qui sont de la dernièreimportance et pour laquelle je vous demande une attention toute particulière.

odieuse dans ses suites. Mais à cela quel remède? point d'autre que cette sainte humilité qui nous est aujourd'hui si fortement recommandée, et qui seule est le correctif des pernicieux effets d'un désir déréglé de paraître et de s'agrandir. Car si l'ambition, par un premier caractère, est aveugle dans ses recherches, c'est l'humilité qui en doit rectifier les vues fausses et trompeuses. Si l'ambition, par un second caractère , est présomptueuse dans ses sentiments , c'est l'humilité qui doit rabaisser cette haute estime de nousmêmes et de nos prétendues qualités. Enfin, si l'ambition, par un dernier caractère, est odieuse dans ses suites, c'est l'humilité qui les doit prévenir, et c'est elle, à quelque état que nous soyons élevés, qui nous tiendra toujours unis de cœur avec le prochain.

Yoilà en trois mots tout le sujet de votre attention.

Au commencement de la première partie nous lisons

Édition 1693 (1).

Quoiqu'il n'y ait point de passion quin' aveugle l'homme et qui ne lui fasse voir les choses dans un faux jour en lui cachant ce qu'elles sont et lui faisant paraître ce qu'elles

Édition n07 (2).

Il n'y a point de passion qui n'aveugle l'homme et qui ne lui fasse voir les choses dans un faux jour où elles lui paraissent tout ce qu'elles ne sont pas, et ne lu? paraissent

(2) Ibid., p. 114.

ne sont pas, on peut cependant dire avec toute sorte de vérité que ce caractère con-

rien de ce qu'elles sont. Mais on peut dire, chrétiens, et il est vrai, que ce caractère con-

vient particulièrement à l'am- vient particulièrement à l'ambition, bition...

Dans la deuxième partie, le P. Bourdaloue trace le portrait de Y ambitieux ; nous laisserons le lecteur juge : à lui de décider où paraît plus sensiblement la vigueur du pinceau que l'on accorde à l'orateur.

Edition 1693 (1).

Pour le mercredi de la deuxième semaine.

Qu'est-ce, en effet, qu'un homme préoccupé de cette maudite passion? C'e'st un homme, répond saint Ambroise, qui croit pouvoir soutenir tout le fardeau et la charge qu'il poursuit; c'est un homme qui, selon les différents états auxquels il serait engagé, croit avoir assez de forces, assez de lumières, assez d'intégrité, assez de zèle pour remplir les premières places de l'Eglise, s'asseoir sur les fleurs de lis, et entrer dans le conseil des rois. Il ne reçoit jamais de récompense qui ne lui soit due, ni de faveur qu'il ne croit avoir méditée...

Edition 1707 (2).

XYI' dimanche après la Pencôte.

... Qu'est-ce qu'un ambitieux? C'est un homme, répond saintChrysostôme, rempli de lui-même, qui se flatte de pouvoir soutenir tout ce qu'il croit le pouvoir élever, qui, selon les difl'érents états où il est engagé , présume avoir assez de force pour se charger des soins les plus importants , assez de lumière pour conduire les affaires les plus délicates, assez d'intégrité pour' juger des intérêts publies, assez de zèle et de perfection pour gouverner l'Eglise, assez de génie et de politique pour entrer, s'il y était appelé, dans le conseil des rois, qui ne voit point de fonctions au dessus de lui, point de récompense qui ne lui soit due, point de faveur qu'il ne méritât, en un mot, qui ne renonce à rien, qui ne s'exclut de rien...

(2) T. YII, p. 126.

La troisième partie, YAmbitioii odieuse dans ses suites, commence dans les mêmes termes avec des variantes sans importance.

Citons encore l'exorde du sermon sur X Enfer (1), prêché devant le Roi, le vendredi de la seconde semaine de Carême. Dans l'édition de 1693, il est placé au jeudi de la deuxième semaine (2) . Le texte est le même.

Édition 1693.

Ce furent, chrétienne compagnie, deux sépultures bien différentes que reçut tout à la fois ce riche malheureux de notre évangile, l'une pour son âme, l'autre pour son corps.

Comme il avait vécu dans l'opulence, il était comblé d'honneurs sur la terre, et même après sa mort on lui rendit de grands honneurs funèbres.

On porta son corps en pompe et en cérémonie, on lui érigea un magnifique mausolée et quelque méchant qu'il eût été, on trouva peut-être des orateurs assez lâches pour faire son éloge, et pour lui attribuer des plus grandes vertus qu'il n'avait pas. Mais le malheur est que son âme n'avait pas le même sort, et qu'on lui rendit ailleurs une justice exacte qui, sans avoir égard ni à ses richesses ni à sa qualité, le traite selon le mérite de sa personne; car quandson corps fut enseveli honorablement, son âme devint la proie des démons, et au lieu d'être trans-

ri) T. III, p. 40.

Edition 1707.

Mortuus est autem et dites, et sepultus est in inferno.

Or, le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans r enfer.

(S. Luc, ch. XVI.)

Sire,

C'est le triste sort d'un riche du monde, dont il était parlé dans l'évangile d'hier, et je ne fais pas difficulté de le reprendre aujourd'hui, ce même évangile, pour en tirer un des plus terribles, mais des plus importants sujets que puissent traiter les prédicateurs dans la chaire de vérité. Il mourut, ce riche, ce mondain, comblé de biens dans la vie et comblé même d'honneurs après la mort; car il est à croire qu'on lui fit de magnifiques funérailles, qu'on porta son corps en pompe et en cérémonie, qu'on lui érigea un superbe mausolée, et peut-être tout pécheur qu'il avait été, se trouva-t-il encore des orateurs pour faire publiquement son éloge, et pour lui donner la gloire des plus grandes vertus. Mais, le

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portée dans le sein d'Abra- malheur pour lui, et le souham, comme celle de Lazare, Terain malheur, c'est qu'au elle fut transportée dans un même temps que les hommes abîme de feu, enveloppée de l'honoraient sur la terre, on flammes ardentes, et réduite lui rendait ailleurs justice; et à n'avoir, pendant toute l'éter- que son âme, portée devant nité, que l'enfer pour sa de- le tribunal de Dieu, y reçut meure. Et c'est ce qui arrive l'arrêt de sa condamnation, à une infinité de grands et de et fut tout à coup comme enpuissants sur la terre, sur le sevelie dans l'enfer : affreuse tombeau desquels on ne peut image de ce qui n'arrive que mettre d'autre épitaphe que trop communément aux riches celui-ci : Mortuus est dives et et aux grands du siècle ! iMorsepultus est- in inferno. tuus est autem et dives, et se-

pultus est in inferno. (Luc, xvi.)

Nous pourrions facilement continuer ce rapprochement entre les discours attribués aux copistes, et les discours publiés par le P. Bretonneau; les différences sont sensibles, mais l'esprit et le sentiment^ selon l'expression de l'éditeur, ne changent pas : souvent le langage est identique et s'il diffère, ce n'est pas toujours au détriment de la publication frauduleuse. En général, dans les anciennes éditions, le style est moins" sévère, il est moins habillé, s'il est permis de parler ainsi. On reconnaît que ces sermons ont été recueillis non plus à la cour, mais en ville, dans les auditoires de la capitale ; là le prédicateur est plus libre de ses mouvements, c'est bien le même ordre, mais ce n'est plus le même apprêt, les détails de mœurs sont plus précis, plus hardis; le prédicateur appelle les choses par leur nom; les sermons sont notablement plus courts, et même écourtés, par là ils perdent cette ampleur de pensées et d'expression que comportent les discernas solennels.

Outre les vingt-sept sermons imprimés en 1693 et 1696, nous trouvons dans le volume écrit à la main, provenant de la bibhothèque de la famille des Montiers, dix-huit sermons de Carême, depuis le mercredi des Cendres jusqu'au

quatrième dimanche : Forcîre des sujets n'est point le même; dix d'entre eux sont placés à d'autres jours dans l'édition du P. Bretonneau : de plus, nous découvrons un sermon sur l'Humilité qui n'a été imprimé dans aucune édition, il est affecté au jeudi de la première semaine de Carême. Ce manuscrit présente un intérêt spécial par son origine. Il appartient à une famille dont les ancêtres ont fréquenté la cour de Louis XIV, à M, le marquis des Montiers-Mérin ville. Un abbé de Mérinville, disciple de M. Olier, de Saint-Sulpice, fut donné par le Roi, en 1709, pour coadjuteur à son oncle Godet des Marais, l'évêque de Chartres; l'abbé de Mérinville était fils du comte de Rieux, fils aîné du com,te de Mérinville, capitaine général, chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit et lieutenant du Roi en Languedoc, et d'une fille de Launay-Gravé et de M"" Godet, sœur de l'évêque de Chartres. On sait c[ue Versailles appartenait • au diocèse de Chartres et que -M'"* de Maintenon était en relations intimes avec son évêque, très dévoué lui-même aux religieux de la Compagnie de Jésus, et juste appréciateur des mérites du P. Bourdaloue. Nous devons donc accepter ce témoin du passé avec confiance. Les notes que nous avions prises avant la disparition du manuscrit, confirment les observations que nous venons d'exposer dans la comparaison des deux textes de 1693 et de 1707 et années suivantes. Ces différences entre les manières de présenter les mêmes vérités tiennent à plusieurs causes. La transcription des sermons a été faite par divers copistes qui n'ont pas craint de rédiger leurs notes sous l'influence des impressions respectives: en outre la différence dans l'ordre dés sujets indique que les mêmes sermons n'ont pas été entendus à la même époque, ni probablement devant le même auditoire; Bourdaloue pouvait modifier son texte. Que le P. Bourdaloue ait composé et appris de mémoire les Ca-

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rêmes prêches à la cour, on n'en peut douter, mais que les mêmes sujets traités à Paris, à Saint-Jacques-la-Boucherie, ou à Saint-Pierre de Montpellier, aient été rendus dans les mêmes termes, on ne peut l'admettre. Le P. de la Rue, dans la préface de ses sermons, dit assez clairement que Bourdaloue savait à son gré parler d'inspiration ; or un sujet, sérieusement étudié et comp'osé, peut être sensiblement modifié dans les termes, sans que le fond change, suivant le milieu dans lequel se trouve l'orateur.

Quant au texte que nous devons appeler officiel, celui qui parut dans l'édition du P. Bretonneau, il a pour lui la prescription, il a été avoué et admiré par les contemporains du P. Bourdaloue, ses confrères, et parmi eux, nous nommerons les PP. de la Rue et Gaillard, ses rivaux ; ses amis, ceux-là même auxquels l'orateur avait communiqué les desseins de ses sermons, le duc de Charost, Lamoignon, Peletier, comme nous l'apprenons par la correspondance familière de Bourdaloue. Appelons encore, en faveur du texte de Bretonneau, le témoignage tacite des imprimeurs de Paris, de Lyon, qui multiplient les éditions pendant toute la durée du siècle.

Une lettre du P. Général de la Compagnie, Thyrse Gonzalez, du 16 février 169Zi, achèvera de nous rassurer sur l'authenticité des sermons du grand orateur.

Le P. Bourdaloue, nommé supérieur de la maison professe, avait écrit au P. Général, le 15 janvier 169/i, pour le prier de l'exempter de cet honneur; le 16 février suivant, le P. Thyrse Gonzalez lui répond : il reconnaît que le plus grand bien demande, en effet, que le P. Bourdaloue reste libre de son temps; que, d'ailleurs, il n'a jamais voulu le détourner de la chaire qu'il remplit avec tant de profit pour les âmes et tant d'honneur pour la Compagnie. Puis, en terminant, le P. Général témoigne la satisfaction qu'il éprouve, en apprenant que le P. Bour-

AUTHENTICITÉ DE SES ŒUVRES IMPRIMÉES 12o

daloue revoit ses sermons pour les publier, il exprime même le désir de les voir traduits en latin, afin que la France n'ait pas seule le privilège d'en profiter (1).

Cette revue des sermons remonte à l'époque où les contrefaçons parurent, en 1692; date que nous indiquent les premières publications, et le Journal des Savants da l"' septembre 1692, avec l'avis par lequel le rédacteur semble désavouer, au nom de l'orateur et de ses frères, les sermons publiés frauduleusement à Anvers et à Bruxelles.

L'empressement que Bourdaloue met à revoir son œuvre, devait être d'autant plus vif que les éditions frauduleuses se succédaient rapidement et sous divers formats de 1692 à 1696.

Le P. Bretonneau insinue, il est vrai, dans l'avertissement des Dominicales, en 1716, que le P. Bourdaloue n'avait guère eu le loisir de revoir ses sermons à cause de ses occupations ; par là, il cherche à expliquer sa coopération à l'œuvre de l'orateur et à lui donner une importance qu'elle n'a pas.

L'avis du Journal des Savants, publié avec l'assentiment du P. Bourdaloue dont il prend les intérêts, ne serait que parole en l'air, si l'auteur n'avait voulu faire entendre qu'il se réservait le droit de publier lui-même ses discours et prévenir ainsi la diffusion des éditions frauduleuses. Du reste, le ministère apostolique de Bourdaloue paraît beaucoup moins surchargé à la fin du siècle, depuis qu'il a renoncé aux grandes stations ; il prêche soQ dernier Carême à la Salpêtrière, en 1692, et son dernier Avent à la cour en 1697 ; entre ces dates et jusqu'à sa mort, on ne l'entend plus qu'à Saint-Louis, où il prêche à son tour, aux nouvelles catholiques et en di-

(1) Arch. Gesù Rome.

126 lE P- LOUIS BGURDAEOUE

vers couvents, le temps de revoir ses anciens sermons ne lui faisait donc pas défaut. Ajoutons qu'à la même époque, le P. Bretonneau , sous les yeux de Bourdaloue, éditait les sermons du P. Cheminais avec un supplément en 1691 ; les sermons du P. Giroust, imprimés en 1689, étaient publiés par ses soins: en 1700 et en 1704 en cinq volumes in- 12. On comprendrait difficilement que devant l'avenir qui se préparait pour ses sermons, Bourdaloue ait consenti à s'en rapporter à l'éditeur ordinaire des œuvres oratoires de son ordre, surtout après l'avis du Journal des Savants de 1692 et les félicitations du P. Général de l'année 1694.

Nous répétons que le P. Bretonneau donne trop d'importance à son rôle et qu'il est bon de le réduire à ses justes proportions, 11 a atteint le but qu'il s'est proposé et qu'il annonce en 1716, Il a fait paraître un Cours de sermons- pour toute tannée ; il les a coordonnés d'après les indications du prédicateur, les a corrigés et plus ou moins modifiés, sans altérer le fond du discours, l'ordre des pensées, les applications morales, en respectant le texte original.

On peut affirmer que les sermons de FAvent et du Carême appartiennent entièrement au P. Bourdaloue, aussi bien; que les Mystères et les Dominicales, dont un certain nombre de discours ont été prêches dans les stations de Carême et d' Avent,

Les Oraisons funèbres n'ont subi aucune modification ; la comparaison entre l'édition prineeps de T Oraison funèbre de Louis de Condé' et l'impression de 1711 l'établit.

Les Exhortations et Insti'uctions ont été soumises à un travail de rédaction qui laisse intact le fond du discours, et modifie uniquement la forme et la proportion. Bretonneau l'affirme lui-même, lorsqu'on parlant des In-

structiom, il convient qu'il a dû choisir dans le nombre de celles qui lui ont été remises, parce que, dit-il, «ce n'étaient que de simples abrégés des sermons que Bourdaloue a faits sur la même matière (1). » A la fin du même avertissement, on lit encore : « Je n'ai plus rien à promettre pour la suite. Après les quatorze volumes de la première édition des ouvrages du P. Bourdaîoue ou les quinze de la seconde, je ne crois pas qu'on attende quelque chose au delà, ni qu'on m'accuse de ne lui avoir pas rendu tout ce qui lui appartenait. Si je puis néanmoins encore prendre le temps de' parcourir ses papiers et qu'il s'y rencontre des pensées détachées et des remarques qu'il n'ait mises nulle part en œuvre, je n'en priverai pas le public. Il n'y a rien à perdre d'un homme si juste dans ses réflexions et si chrétiemdans^ toute sa morale (2). »■

Ge n'est: qu'en 1734 que le F. Bretonneau publia deux derniers volumes sous le titre de : Pensées sur plusieurs sujets de religion et de morale. C'est ici qu'apparaît la main de L'éditeur. Il lui a fallu treize années de recherches dans les papiers de Bourdaîoue pour trouver de quoi remplir deux volumes; après une: nouvelle" révision de ses manuscrits, il a recueilli' tout ce qu'il avait trouvé de pensées détachées^ de réflexions, de fragments demeurés- imparfaits ou non employés. R a mis tout en ordre, unissant, en forme de traité, les notes qui avaient un même sujet, et rangeant; les; autres sous le titre de Pensées diverses, il y a là un vrai tcavailv honorable à Téditeur quia su rassem^ hier et former un tout de ses nouvelles découvertes ; m^s, lorsqu'il affirme qu'il n'a rien- fait dans ce dernier travail qu'il n'ait: déjà^fadt pour les autres^ parties^ de l'œuvrei- il inquiète le lecteur et l'autorise à demander, avec l'auteur

(d) Avertisse. lî' voL- dioasExhort..

(2) Ibid., p. 7.

128 LE p. LOUIS BOURDALOUE

du Journal des Savants, le président Cousin, quelle part il faut lui laisser dans la rédaction des œuvres.

Le P. Bretonneau avait soixante-quatorze ans, quand il publiait le dernier volume ; le succès de son travail le flattait, ses amis et ses confrères ne craignaient point de lui dire qu'on lui devait « les fruits abondants de bénédictions et de grâces que produisaient tous les jours les excellents sermons dont il s'était fait l'éditeur (1), « et il aimait à recueillir et peut-être à grossir sa part de mérite dans les œuvres de son confrère.

Il nous reste encore un mot à dire sur l'authenticité des Sermons inédits qui parurent sous le nom du P. Bourdaloue, au commencement de ce siècle.

En 4823, l'imprimeur Dentu les présentait au public comme imprimés d'après un manuscrit authentique sous la garantie du célèbre abbé Sicard, le fondateur de l'institution des Sourds-Muets. Cette publication est l'œuvre d'un faussaire du nom de Serieys, l'un de ces intrigants lettrés qui ont profité des troubles politiques pour faire fortune et se créer une position. Sur la recommandation de Marmontel, le maire de Paris, Bailly, lui donna entrée dans les dépôts des bibliothèques conventuelles et nobiliaires, il y acquit une érudition indigeste qu'il exploita ensuite à son profit dans tous les genres ("2) de littérature tant sacrée que profane.

Membre de la nouvelle Université à sa naissance, il perdit bientôt l'estime du grand maître, reprit les fonctions de publiciste et s'attacha à l'abbé Sicard, dont les allm^es philanthropiques faisaient alors grand bruit. Sous le nom de cet abbé, il fit annoncer en 1810 la prochaine

(1) Œuvres du P. Bretonneau, par le P. Berruyer. Préface, t. I.

(2) "Voir dans la biographie universelle les titres de ses ouvrages.

apparition de plusieurs sermons de Bourdaloue, publiés d'après un manuscrit authentique, avec une notice par l'abbé Sicard. La notice n'étant jamais venue, et l'abbé Sicard étant mort en 1822, Serieys se décida, en 1823, à publier les Sermons inédits sous le nom de l'abbé.

Personne n'a été dupe de cette supercherie; dès la première page, on voit que Bourdaloue n'est pas là.

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