PRÉFACE VU
l'abbé Irailh, s'élève contre l'orateur qui a fait tant d'honneur à ses confrères; en bon disciple de Voltaire, il ment à toutes les traditions, et jette, dans le monde littéraire, une semence de préjugés qui ne sont point encore étouffés. C'est par lui qu'arrivent, à notre siècle, la fable de Bourdaloue aux yeux fermés et autres énormités dont certains dialogues de Fénelon, longtemps inconnus du public, auraient fait la confidence.
L'abbé Maury, l'un des rhéteurs les plus distingués de la fin du dernier siècle, est un des plus éloquents apologistes de Bourdaloue; par malheur, il n'y a pas plus de suite dans ses pensées que dans sa conduite; dans la même page, il se donne à luimême les plus solennels démentis.
Le dix-neuvième siècle n'ajoute aucun renseignement nouveau sur la vie de l'orateur et nous présente de nombreux panégyristes : M. Sainte-Beuve, dont la critique est si juste quand il oublie qu'il est homme de secte, s'occupe de Bourdaloue dans ses Causeries du Lundi, et dans son Histoire de Port- Royal; on se douterait difficilement, en parcourant ces deux ouvrages, qu'on est en présence du même tribunal. Dans l'Histoire de Porl-Royal, compilation qui a la prétention d'opposer une école bruyante et stérile à une autre école dont on redoute le triomphe, Sainte-Beuve traite Bourdaloue avec une désinvolture qui fait peu d'honneur à son goût; dans les Causeries, au contraire, le littérateur est
YIII LE P. LOUIS BOUflDALOUE
juste, complet et digne de toute confiance, à quelques mots près.
Nous consultons encore M. Nisard, un des oracles de l'École universitaire. M. Nisard parle en bons termes de Bourdaloue; mais, encore ici, il se fait le propagateur des préjugés d'école et retire d'une main ce qu'il accorde de l'autre. Après M. Nisard, ses élèves n'ont pas cru pouvoir faire mieux, ils n'ont rien -ajouté à la gloire de l'orateur et n'ont rien retranché des critiques souvent exagérées de leurs devanciers; ils ne se distinguent que par le tour de phrase ou le tour d'esprit qu'inspire l'opinion du jour. Nous pourrions nommer ici l'auteur des Orateurs sacrés à la cour de Louis XIV, aussi bien que M. Paul Albert, l'un des conférenciers littérateurs qui se sont donné la mission de façonner l'idée moderne. Ces messieurs, pour secouer le joug des préjugés régnants, ont essayé de porter atteinte à la réputation du P. Bourdaloue; grâce à Dieu, ils ne feront pas école.
Parlons encore de quelques écrits publiés sur le même sujet, sous divers titres.
M. Profilet, professeur agrégé de l'Université, publia, en 1869, sous le titre de Rhétorique de Bourdaloue, une notice, où l'érudition littéraire s'unit aux charmes du style; nous pouvons toutefois ajouter que le Timté de rhétorique appartient beaucoup plus à M. Profilet qu'au P. Bourdaloue. Le manuscrit d'Alençon, reproduit par l'éditeur, ne présente pas