‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvres [microform]Chapitre 57 sur 86 · GALLICANE · texte numérisé non relu

GALLICANE

Le P. Bourdaloue défend la sainte Église, aussi bien devant les grands de la terre que devant le commun des fidèles. Dans un sermon pour le vingtième Dimanche après la Pentecôte, sur le Zèle pour t honneur de la Religion , il passe en revue les scandales que se permettent les puissants de ce monde, et que, plus que tous autres, ils devraient éviter. Il parle des scandales d'irréligion ; il en énumère plusieurs sortes. On tourne en ridicule, dit-il, les torts des personnes de piété, des pasteurs des âmes,

(1) T. XII, p. 400.

(2) Ihid., p. 413.

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des prédications et des prédicateurs. On raille des dévotions de l'Église, « on raille de certaines sociétés, de certaines indulgences, sous prétexte des abus qu'on y découvre, au lieu d'imiter saint Augustin qui tout évêque qu'il était, n'osait souvent s^élever contre un abus de peur que la substance même delà chose n'en fût altérée...» Cette réflexion si sensée et si digne de la sagesse du grand saint Augustin méritait de trouver ici sa place; puis l'auteur continue avec un développement particulier à l'honneur de l'Église :

Scandale d'irréligion : c'est cette malignité dont tant d'esprits aujourd'hui sont préoccupés contre l'Église. Car, vous en verrez qui là-dessus ont un fonds de chagrin et d'amertume dont ils ne sauraient se défendre. A peine peuvent-ils souffrir que l'Église soit dans l'éclat où elle est maintenant : ses revenus les choquent, sa juridiction leur déplaît. Ils voudraient qu'elle fût aussi dépendante des puissances temporelles, aussi pauvre et aussi abjecte dans le monde, qu'elle Pétait du temps des premiers Césars; c'est-à-dire, qu'elle fût aussi esclave sous les chrétiens qui sont ses enfants , qu'elle l'était sous ses persécuteurs et ses ennemis. Nouveaux Hérodes, dit saint Bernard, qui laissent Jésus -Christ en paix dans l'obscurité de son berceau, mais qui sont jaloux de le voir puissant et exalté dans les progrès et l'exaltation de son épouse : Aller Berodes, qui Christum non in cunis habet suspectum, sed in Ecclesiis invidet exaltatum. Entendezles parler de l'Église, il n'y a rien qu'ils ne défigurent. S'y consacrer pour vaquer à Dieu, c'est paresse ; s'y étahhr, c'est ambition et intérêt. Qu'an ecclésiastique ou un rehgieux s'oublie en quelque rencontre, vous diriez qu'ils en triomphent. Qu'il y ait eu quelque chose à censurer dans un homme constitué en dignité, dans un Souverain Pontife, c'est sur quoi ils sont savants et éloquents. Toujours disposés à raisonner sur ce que l'Église ordonne, et jamais à le favoriser; n'ayant d'esprit que contre l'Église, et jamais pour

l'Église ; n'étant attentifs qu'à borner son autorité, sans être dociles à s'y soumettre (1) .

Par cet extrait on voit ce que Bourdaloue pensait des ennemis de l'Église, à quelque secte qu'ils appartinssent, huguenots, jansénistes ou gallicans; leur mauvaise foi est ici démasquée.

Bourdaloue n'avait pas besoio d'être plus explicite, pour faire comprendre que sa parole s'adressait aux fauteurs du schisme préparé en mars 1682 ; cependant nous trouvons un passage où il semble commenter, la réponse d'Innocent XI à la lettre de l'Assemblée sur la Régale. Le Pontife s'était plaint, dans sa réponse du 11 avril, que les enfants de l'Église avaient combattu contre leur mère : Bourdaloue réveille le même sentiment lorsqu'il développe les paroles d'Isaïe : Filios enutrivi :

Dieu, dit-il, par le prophète Isaïe (2), se plaint qu'il a pris soin de les nourrir comme ses enfants, de les élever, et qiCil Vont méprisé. Les prédicateurs appliquent quelquefois ces paroles à l'Église, et lui font dire, dans un sens moral et spirituel, qu'elle nous a formés en Jésus-Ghrist ; que dès notre naissance et par la grâce de notre baptême, elle nous a reçus entre ses bras et dans son sein; qu'elle nous a fait croître, et qu'elle n'a point cessé pour cela de nous fournir une nourriture toute céleste, qui sont ses divines instructions et ses sacrements : mais que nous ne lui témoignons que du mépris, que nous la déshonorons, que nous la scandalisons par notre conduite et par une perpétuelle transgression de ses commandements. Cette application est juste, et cette plainte, solide et bien fondée. Mais laissons ce sens spirituel et moral, et prenons la chose dans le sens des termes le plus littéral, dans le sens le plus propre ;

(2) Is. I, 2.

l'application n'en sera pas moins raisonnable. En effet, combien de gens ne sont distingués que par le rang qu'ils tiennent dans l'Église, ne sont riches que des Mens de l'Église, ne vivent que du patrimoine de V Eglise et sont toutefois les plus rebelles à l'Eglise, et les plus déclarés contre elle? C'est bien à leur sujet, et bien à la lettre, que l'Église peut dire, des uns : Je tes ai nourris, Enutrivi, et la subsistance qui, peut-être, leur eût manqué dans le monde, ils l'ont trouvée à l'autel; des autres : Je les ai élevés Exallavi, agrandis, et sans l'éclat qui leur vient de moi, peut-être ne seraient-Us jamais sortis de l'obscurité et des ténèbres. Cependant, leur reconnaissance, à quoi se réduit-eUe? à une obstination invincible contre mes plus sages et mes plus saintes ordonnances, Spreverunt me {\),

L'application était facile à saisir pour les destinataires du bref d'Innocent XI qui leur reproche, avec émotion, dans la lettre du 11 avril 1682, de combattre contre leur mère : Filii matris mess pugnaverunt .adversus me.

Après le sentiment, la satire; c'est le langage que l'on comprend le mieux à la Cour : Bourdaloue parle de la subordination.

Tout est subordonné dans l'Église : mais ce grand principe, ce principe si raisonnable et si essentiel pour la conduite et le bon ordre de toute société, nous l'entendons diversement, selon les divers rapports sous lesquels nous le considérons. A l'égard de ceux qui dépendent de nous, nous sommes les plus rigides et les plus implacables défenseurs de la subordination. Mais il s'agit d'une puissance supérieure de qui nous dépendons nous-mêmes, c'est sous ce rapport que la subordination n'excite plus tant notre zèle : il se ralentit beaucoup, et même U s'éteint absolument. Ainsi,

(1) T. XY, p. 101.

entendez parler un supérieur ecclésiastique de ceux qui sont soumis à sa juridiction ; ce sont des plaintes perpétuelles du peu de docilité qu'il trouve dans les esprits ; ce sont de profonds gémissements sur le renversement de la discipline, parce que chacun veut suivre, ses idées et vivre à sa mode ; ce sont les discours les plus pathétiques et les plus telles maximes sur la nécessité de la dépendance, pour établir la règle et pour la maintenir. Tout ce qu'il dit est sage, solide, incontestable : mais il serait question de voir si ce qu'il dit, il le pratique lui-même à l'égard d'une souveraine et légitime puissance dont il relève et à qui il doit se soumettre. Voilà néanmoins ce qui serait bien plus efficace et plus persuasif, que tant de gémissements et tant de plaintes et belles maximes et tant de discours. Peut-être croirait-on, en se soumettant, affaiblir l'autorité dont on est revêtu, et c'est au contraire ce qui l'affermirait. Voulons-nous qu'on nous rende volontiers l'obéissance qui nous est due? donnons nous-mêmes l'exemple, et rendons de bonne grâce l'obéissance que nous devons (1) .

Le religieux orateur s'est déclaré à haute voix le champion de l'Église catholique, romaine, mais on ne sait pas assez combien il lui était aussi attaché par le cœur : Le livre des Pensées a conservé un des élans de sa belle âme, où son cœur de religieux est peint tout entier. Dans l'impossibilité de tout reproduire, qu'il nous soit permis d'en citer quelques traits :

Grâces immortelles vous soient rendues, Seigneur, de m'avoir fait naître au milieu de votre Église, de m' avoir mis au nombre des enfants de votre Église, de m'avoir nourri du pain, je veux dire, de la doctrine de votre Église : de cette Église formée du sang de votre Fils adorable, son chef invisible, dont saint Pierre, et après lui ses succes-

(l) T. XV, p. 105.

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seui's, tient la place en qualité de chef visible; de cette Église catholique, apostolique, romaine, la seule vraie Église; de cette Église la colonne de la vérité, et contre laquelle toutes les puissances de l'enfer n'ont jamais prévalu, ni ne prévaudront jamais.

Voilà, mon Dieu, le choix qu'il vous a plu faire de moi, parmi tant d'autres que vous avez laissés dans les ténèbres de l'infidélité et de l'erreur ; et voilà ce que je dois regarder comme une marque de prédestination dont je ne puis assez vous bénir, ni vous témoigner assez ma reconnaissance. . .

Vous avez encore plus fait, Seigneur ; et me faisant naître dans le sein de votre Église, vous m'avez donné une religieuse et pieuse affection pour cette sainte mère, pour ses intérêts, pour son honneur, pour son affermissement et son agrandissement. Car si! je me trouve aussi sensible que je le suis, et que je fais gloire de l'être, à tout ce qui peut la toucher à tout ce qui peut blesser ses droits, à tout ce qui peut affaiblir son autorité, c'est à vous que je me tiens redevable de ces sentiments. C'est vous, mon Dieu, qui me les avez inspirés, et c'est ce que je compte pour une de vos grâces les plus particulières (1)

Ainsi pensait Bourdaloue, et comme il pensait il agissait. Peut-être s'avisera-t-on de demander quelle a été sa conduite dans les démêlés qui s'élevèrent pendant le règne de Louis XIV, entre la cour de Rome et la cour de France : que pensait-il des libertés gallicanes,fen a-t-il parlé, et qu'en a-t-il dit ? Ce qui précède est une réponse qui nous dispense de plus de détails : nous trouvons cependant dans ses œuvres, un discours qui se rattache à la question de la Régale, nous en dirons quelques mots.

Bourdaloue jouissait à la Cour de la confiance univer-

(1) T. XV, p. 79.

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selle : Il avait été consulté pour la direction de M""" de Maintenon, pour l'établissement de Saint-Cyr; il était la lumière et la force des âmes inquiètes, le Prédicateur du roi, non pour l'honneur, mais pour la réalité, et cependant il ne parait d'aucune manière dans les discussions de 1682 : c'est qu'en effet, dans tout le cours de cette affaire, on ne cherchait pas des conseillers, mais on recrutait des complices. Ceux qui avaient entendu Bourdaloue tenir sur l'Eglise et son Chef le langage que nous avons recueilli, savaient bien à quelle réponse ils devaient s'attendre ; réponse que nous trouvons 'formulée en peu de mots dans un discours sur la Dignité et les Devoirs des Prêtres : « Qu'il n'y a dans le monde ni prince ni monarque qui ne relève de cette juridiction (de l'Église) aussi souveraine qu'elle est universelle (1). n

Par une coïncidence qui ne se rattache en aucune façon aux intrigues du moment, Bourdaloue prêchait le Carême à la Cour de Saint-Germain, l'année 1682. Il pron.onça le premier discours de la station, le 2 février, fête de la Présentation de Notre-Seigneur. Suivant l'usage, il devait terminer le sermon par un compliment au roi : la matière obligée était empruntée, durant tout ce glorieux règne, aux conquêtes nouvelles, aux faits de guerre ou d'administration célébrées par l'opinion publique.

Or Bourdaloue prêchait le 2 février, sept jours après la promulgation del'éditde la Régale, rédigé conformément aux vœux de l'Assemblée, avec renonciation à la juridiction spirituelle de la part du roi, quand le cas se présenterait. Les membres de l'Assemblée vantaient cette faveur royale comme une véritable victoire remportée par le pouvoir ecclésiastique.

En vérité, sans remonter à l'origine très confuse, à

(1) T. YIII, p. 288.

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l'extension arbitraire du droit de Régale, il n'y avait qu'à s'applaudir de voir la juridiction ecclésiastique reprendre ses droits, et toute la louange que Bourdaloue donne à Louis XIV n'a pas d'autre objet. Il y a loin de là à l'approbation des quatre articles, dites des libertés gallicanes, dont le programme était déjà préparé ; loin de là à l'esprit de la lettre de l'Assemblée du clergé au Souverain Pontife, qui annonce qu'elle a jugé à propos de faire au roi toutes les concessions qu'il demandait, et que lui, Pape, devait en passer par cette décision, sur laquelle il n'y avait pas à revenir ; lettre impertinente respirant la menace et la révolte sous les dehors d'un grand dévouement à l'Église, et d'un grand respect pour la Chaire de saint Pierre. Quelques mots établiront plus clairement encore que le P. Bourdaloue est resté étranger à toutes ces discussions schismatiques, et ^que l'éloge du roi, qui termine le discours de la Purification du 2 février 1682, n'a aucun rapport avec les questions agitées. Le texte raconte le mystère, et le corps du discours nous apprend à connaître Dieu et à nous connaître, nous-mêmes, c'est-à-dire notre excellence, puisque Jésus-Ghrist est le prix de notre âme ; notre dignité, puisque, par . Jésus-Christ, nous sommes rattachés à Dieu, d'où il résulte que nous sommes des êtres consacrés à Dieu : Sanctum Domino vbcabitiir. C'est par cette pensée, conclusion de tout le discours, que l'oratem* aborde le compliment d'usage : il énumère toutes les grandes actions du souverain, sur lesquelles nulle contestation n'est possible, tout en observant qu'elles ne sont louables que par l'intention droite du prince qui cherche à établir dans ses États le règne de Dieu.

C'est, Sire, cette intention droite, cette vue de Dieu, qui consacre et qui relève les grandes actions de Votre Majesté. A en juger seulement selon les principes de la sagesse

humaine, nous y trouvons tout ce qui peut faire un grand roi selon le monde; c'est-à-dire un roi puissant, absolu, régnant par lui-même, magnifique dans la paix, ^invincible dans la guerre, impénétrable dans ses conseils, infaillible dans ses entreprises, vénérable à ses sujets, fidèle à ses alliés, redoutable à ses ennemis, donnant la loi aux souverains, tenant dans ses mains la destinée et le sort de l'Europe, au-dessus de la flatterie et de l'envie par son élévation, et au-dessus de sa propre gloire par sa modération. Yous vous êtes aujourd'hui présenté, Sire, à ce suprême Seigneur de toutes choses, non seulement comme le premier-né de la plus auguste famille qui soit sous le ciel, mais comme le fils aîné de l'Église. De tous temps nos rois se sont glorifiés de cette qualité; mais Votre Majesté s'en est fait un engagement aux plus éclatantes et aux plus héroïques vertus. Elle ne s'est pas contentée du titre de fils aîné de l'Église, mais elle a voulu le remplir et le soutenir d'une manière dont les siècles passés ont vu peu d'exemples, et qui pourra servir de modèle aux siècles futurs. Gctome fils aîné de l'Église, elle a écouté les ministres de Jésus-Christ, elle s'est rendue à leurs remontrances, elle a secondé, ou plutôt prévenu, excité, fortifié leur zèle; et puisque c'est ainsi quelle-même s'en explique, elle a consenti à la diminution de ses droits, pour contribuer au rétablissement de la discipline, et à la conservation de la pureté de la foi : n'ayant compté pour rien ses intérêts, parce qu'il s'agissait des intérêts de l'Église, et, sans consulter une fausse prudence, ayant fait céder à sa religion, non seulement ses prétentions, mais ce qui lui était déjà tout acquis par une longue possession. C'est de quoi cette déclaration que Votre Majesté vient de damier, si authentique, si sensée, si pleine de l'esprit chrétien, si propre à concilier le sacerdoce et la royauté, fera le précieux monument. La postérité la lira, et en la lisant, confessera que Louis le Grand n'a pas été moins grand par son inviolable attachement à l'Église, que par toutes les vertus politiques et militaires. Voilà, Sire, ce qui est marqué dans le livre de vie, avec des caractères ineffaçables. On oubliera

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enfin tout le reste ; et quelque immortalité que le monde lui promette, le monde périra lui-même, et toute grandeur humaine^périra avec le monde. Ce que Yotre Majesté fait pour l'Église, ne s'oublîra, ni ne mourra jamais : l'Église le publiera ; et comme elle ne doit point avoir de fin, sa reconnaissance n'aura point de terme, non plus que la récompense qui vous est réservée dans l'éternité bienheureuse où nous conduise, etc. (1).

Louis XIV, alors si puissant, récemment (1680) proclamé Louis-le-Grand (2), à l'hôtel de ville de Paris, élevé à hauteur d'un demi-dieu, et par l'Archevêque de Paris (3) et par l'Evêque de .Tournay, de Choiseul-Praslin, dans l'Assemblée des quatre articles, Louis XIV a donc trouvé un maître, et Bourdaloue le lui fait comprendre par ces paroles : « Rien ne restera devant Dieu que ce qui se trouvera inarqué de son sceau. » Au moment où les courtisans cherchent à mettre l'Ég^se à ses pieds, Bourdaloue lui rappelle qu'il est le fils ahié de l'Église, et que nos rois jusqu'ici se sont glorifiés de cet honneur, que lui-même « s'en est fait un engagement aux plus héroïques vertus » . A ce titre. Sa Majesté a écouté les ministres de Jésus-Ghrist et s'est rendu à leurs remontrances. Voilà, aux yeux de Bourdaloue, la vraie gloire de Louis XIV.

En parlant de la soumission du roi au jugement des Évêques, nous avons souligné ces paroles : « Et puisque

(1) T. XI, p, 228.

(2) En novembre 1682, le collège de Glermont, prit le nom de collège Louis-le-Grand.

(3) Voir discours du 15 janvier 1682, à l'assemblée du clergé. Procès-verb., t. V, p. 441 et 17 mars 1682. « Quoique la qualité du roi imprime dans nos esprits, l'idée d'une grandeur si élevée au-dessus de ce que sont les autres hommes, que nous regardons ceux qui la possèdeiit, presque comme s'ils faisaient une espèce séparée. . . » Le promoteur Ghéron avait dit que le Roi était plus que Roi, plus quam Rex; et, ce qui met le comble à l'adulation, in Ecclesia plus quam sacerdos. [Procès-verb., t. V, p. 376.)

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c'est ainsi quelle niême s'en explique, elle a conseiitià la diminution de ses dt'oits; paroles heureusement trouvées pour faire comprendre au roi, sans l'ofTenser, que lui, Bourdaloue, ne prend pas sous sa responsabilité la légitimité de ses droits, que son affaire, à lui, n'est pas, à la suite des prélats courtisans et des légistes complaisants, d'admettre, encore moins de prouver, que les droits invoqués pour en finir avec cette question du droit de Régale, sont de tous points incontestables; il passe là-dessus, et loue Sa Majesté d'avoir bien voulu laisser à l'Église le droit qui lui est le plus cher, celui de la juridiction spirituelle.

Voilà uniquement ce que Bourdaloue pouvait louer dans l'acte de Louis XIV, il le fait en termes assez clairs pour que personne ne s'y méprenne ; il remplit un devoir envers le souverain sans compromettre l'honneur de la chaire sacrée.

Si le P. Bourdaloue avait voulu faire une profession de foi gallicane, l'occasion était favorable; et sa réserve, en pareil moment, est un puissant argument en faveur de son orthodoxie. Ce n'est pas rester dans la neutralité que de se taire sur des questions aussi brûlantes, entre le 24 janvier, date de l'Edit, et le 3 février, date de la lettre de l'Assemblée au Pape, qui a fait éclater la tempête et hâter l'avènement des quatre articles. Enfin, nous ne trouvons aucune allusion, dans le compliment de Pâques, 29 mars, à la déclaration des Quatre Articles du 17 mars, mardi de la Passion; il faut donc admettre que Bourdaloue pressentait déjà la pensée du roi qui devait congédier l'Assemblée quelques semaines après, et ensevelir, s'il était possible, toute cette affaire dans le plus profond silence.

Nous avons enfin à signaler une dernière preuve du dévouement de Bourdaloue à la sainte Eglise romaine ; nous la trouvons dans l'Oraison funèbre de Henri de Bourbon, prince de Gondé, prononcée le 10 décembre 1683,

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dans l'église de la maison professe. Il fait honneur à son héros de la fidélité qu'il a toujours professée pour le Saint- Siège : l'auditoire le plus distingué de France, relève par sa présence, l'éclat de sa parole; son langage clair, précis et affirmatif, est la contre-partie du discours de l'Assemblée, c'est toute une profession de foi qu'il impose à son auditoire, et une condamnation de tout ce que la politique avaient enseigné à ses adhérents.

Un prince éclairé de la sorte n'était-il pas né pour faire refleurir la vraie religion? Ajoutez-y ce cœur droit avec lequel il la professa; ce cœur droit que le monde n'ébranla jamais, et qui, lui inspirant pour Dieu une sainte liberté dans l'exercice de son culte, sans être ni hypocrite, ni superstitieux, en fit un catholique fervent. Vous m'en demandez une marque? concevez ceUe-ci, et imitez-la. Il se crut obhgé, comme catholique, à avoir et à témoigner une vénération particulière pour tout ce qui avait servi de sujet de contradiction à l'hérésie ; et s'appliquant l'instruction faite au grand devis dans la cérémonie de son baptême : Adora quod incendisti; Adorez ce que vous avez brûlé, il prit pour maxime de signaler sa religion, particulièrement dans les choses où l'hérésie l'avait combattue. Souffrez-en le détail, qui n'aura rien pour vous que d'édifiant.

L'aversion et la haine du Saint-Siège avait été l'un des entêtements de l'hérésie : l'une de ses dévotions fut d'aimer le Saint-Siège et de Vkonorer. Il savait sur cela tout ce que la critique et tout ce que la politique lui pouvait apprendre, et il en aurait fait aux autres des leçons. Mais il ne savait pas moins se tenir dans les justes boi^nes que lui prescrivait sur ce point la vraie piété; et persuadé de la sûreté de cette règle, 11 se fit une politique aussi solide que chrétienne d'avoir pour la chaire de saint Pierre, qui est le centre de l'unité, cet attachement inviolable que les saints ont toujours regardé comme une source de bénédiction. Quels exemples n'en donna-t-il pas pendant sa vie, et avec quels sentiments de

ferveur le recommanda-t-il à la mort aux princes ses enfants? C'est l'héritage sacré qu'il leur laissa ; et l'une de ses dernières volontés fut de les conjurer avec tendresse, d'être en ceci ses imitateurs, comme il l'avait été lui-même de tant de héros chrétiens (1).

Nous le demandons avec confiance, le langage que nous surprenons sur les lèvres de Bourdaloue, au sujet de la dignité et de la suprématie de l'Église, du respect qui est dû à ses décisions et à l'autorité de son Chef, se ressentil en quelque chose du principe dont étaient imbus les membres choisis de l'Assemblée de 1682? Il n'en est rien, Bourdaloue, au contraire, par la réserve qu'il s'impose, malgré son entourage, fait preuve d'une fidélité inviolable aux grands principes que Notre-Seigneur établissait, en recommandant à ses disciples de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu et à César ce qui appartient à César.

(1) T. XIII, p. 355.

APPENDICE N° I (p. o).

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