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NOTICE SUR LES ÉTABLISSEMENTS EN FAVEUR DES ORPHELINS

A PARIS

L'an 1362, quelques bourgeois de Paris achetèrent un terrain contigu à V hôtel du Dauphin sur la place de la Grève, et bâtirent un hôpital sous le vocable du Saint-Esprit, où ils recueillirent des orphelins de père et de mère, nés de légitime mariage dans la ville de Paris. Avec la permission de l'évêque, Jean de Meulan, ils élevèrent une chapelle en-

(1) Aujourd'hui hôpital près le Jardin des Plantes.

-.€14 LE p. LOTDŒS BQTiftDALOUE

ricMe par la suite, de nombreuses ia€iuilgeiiGes..':Get ihôpital a traversé des siècles, assis à Tombre deThôtel de î\^îie de Paris, bâti depuis par Boccadore. L'orphelimat a disparu avec la révolution de 1189 et •l'hôtel de Ville avec la Gommnne de 1871.

D'autres hospices du même genre fareiït -ouverts dans quelques paroisses et apportèrent un secours suffisant à cette portion intéressante de la famille de Jésus^Ghrist.

Antoine Séguier, président du parlement, mort en 1(624, avait fondé un refuge pour cent orphelines de ^Paris au faubourg Saint-Marcel (1). M. 'Olier, curé de Saint^Suipice, en 1648 , avait aussi recueilli les oi'phelines de sa par oisse (2) .

Il était une autre espèce d'orphelins qui se multipha avec une étonnante rapidité au dix- septième siècle, tristes produits du sensualisme de la Renaissance, des erreurs du protestantisme et des scandales des grands; c'est à -ces petits êtres, c'est Jinx enfants ^iroMvés que Bourdaloue donna l'appui de sa parole.

Le soin de ces malheureuses victimes du '^iceet de la faiblesse appartenait jadis aux seigneurs des flefs sur lesquels eUes étaient abandonnées. Dès que la charité se refroidit, l'intérêt personnel prévalut ; dès lors on abandonna ces petits êtres à leur malheureux sort; le clergé fut le premier à reconnaître la nécessité de leur^ouivrir un asile. L'évoque de Paris et le chapitre prirent l'initiative de la bonne œuvre, et lui consacrèrent une maison de l'ancienne rue Saint-Landry, dans la Gité, qui fut surnommée lacoMche; puis dans l'église même de Notre-Dame, on plaça un berceau où l'on déposait les enfants abandonnés et les aumônes à eux destinées. Gét usage les fit appeler les pauvres enfants trouvés de Notre-Dame.

(1) Rue Gensier, à l'angle de la rue du iPontraux-fEiches:; Ge refuge était connu sous le nom de.l!liôpital delà Miséricorde qu des Gent-Fillas.

(2) Les orphelines, dites de la Mère de Dieu, occupaient les bâtiments devenus caserne des pompiers, rue du Vieux-Golombier.

Les difficultés augmentèrent avec le nombre des exposés, les revenus nécessaires à l'entretien diminuèrent; les seigneurs, hauts justiciers, se désintéressèrent trop facilement d'une charge dont ils étaient les principaux auteurs; ils l'auraient entièrement abandonnée, si le parlement n'y eût mis ordre, en décidant qu'un impôt serait levé à cet usage sur tous les seigneurs, en proportion de l'étendue de leurs fiefs. La situation des enfants abandonnés s'améliora peu. La négligence des commissaires du Ghâtelet, chargés de les recueillir, de dresser procès-verbal du lieu et de l'état où ils les avaient trouvés, le développement de l'immoralité mirent le chapitre de la cathédrale dans la nécessité de réduire ses secours ; alors commença le scandale dont se plaint AbeUy dans la Vie de saint Vincent de Paul.

« Il ne se passe pas d'années, raconte cet auteur, qu'on ne rencontre trois ou quatre cents enfants exposés tant en la viUe qu'aux faubourgs ; et selon l'ordre de la police, il appartient à l'office des commissaires du Ghâtelet, et de lever ces enfants ainsi exposés, et de faire des procèsverbaux du lieu et de l'état oii ils les ont trouvés. Ils les faisaient porter ci-devant en une maison qu'on appelait la couche, en. la rue Saint-Landry, oii ils étaient reçus par une certaine veuve, qui y demeurait avec une ou deux servantes, et se chargeait du soin de leur nourriture ; mais ne pouvant suffire pour un si grand nombre, ni entretenir des nourrices pour les allaiter, ni nourrir et élever ceux qui étaient sevrés, faute d'un revenu suffisant, la plupart de ces pauvres enfants mouraient de langueur en cette maison, ou même les servantes, pour se délivrer de l'importunilé de leurs cris, leur faisaient prendre une drogue pour les endormir, qui causait la mort à plusieurs. Ceux qui échappaient à ce • danger, étaient ou donnés à qui les venait demander ou, vendus à si vil prix, qu'il y en a eu pour lesquels on n'a payé que vingt sous. On les achetait ainsi quelquefois pour leur faire téter des femmes gâtées, dont le lait corrompu

(1) Vie de saint Vincent de Paul, t. I, p. 126.

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les faisait mourii'; d'autres fois pour servir aux mauvais desseins de quelques personnes qui supposaient des enfants dans les familles, d'où arrivaient d'étranges désordres. Et on a su qu'on en avait acheté (ce qui fait horreur) pour servir à des opérations magiques et diaboliques ; de sorte qu'il semblait que ces pauvres innocents fussent tous condamnés à la mort, ou à quelque chose de pire, n'y en ayant pas un seul qui échappât à ce malheur, parce qu'il n'y avait personne qui prît soin de leur conservation. Et ce .qui est encore plus déplorable, plusieurs mouraient sans baptême, cette veuve ayant avoué qu'elle n'en avait jamais baptisé ni fait baptiser aucun. Ce désordre étrange dans une ville si riche, si bien policée et si chrétienne qu'est celle de Paris, toucha sensiblement le cœur de M. Vincent, lorsqu'il en eut connaissance ; mais ne sachant comment y pourvoir, il en parla à quelques-unes des dames de la charité, et les convia d'aller quelquefois dans cette maison; non pas tant pour découvrir le mal qui était assez connu, que pour voir s'il n'y aurait point quelque moyen d'y remédier. Ce qu'ayant fait, elles furent excitées à un très gi'and sentiment de compassion envers ces pauvres petits innocents, qui étaient à la vérité bien plus à plaindre que ceux qu'Hérode fit massacrer ; et ne pouvant se charger de tous, elles eurent la pensée d'en prendre quelques-uns pour leur sauver la vie. Elles se résolurent d'abord d'en nourrir douze; et pour honorer la Providence divine, ne sachant pas ses desseins sur ces petites créatures, elles les tirèrent au sort. Ils furent mis dans une maison de louage, hors la porte Saint- Victor, en l'année 1638, sous le soin de M"" Le Gras, et de quelques filles de la Charité que M. Vincent y 'envoya. On essaya a-u commencement de les faire subsister avec du lait de chèvre ou de vache, et depuis on leur donna des nourrices.

La compassion publique finit par triompher des difficultés. Le roi Louis XIII et Louis XIV, puis le parlement, assurèrent des revenus aux pauvres enfants trouvés, et des établissements dotés leur furent ouverts. En 1638, ilsétaient

SOUS la garde de M"' Le Gras, à la porte Saint-Victor; en 1648, Anne d'Autrielie les envoya au château de Bicêtre, qu'ils durent abandonner à cause de la trop grande vivacité de l'air; de là ils allèrent à Saint-Lazare ; enfin, en 1670, on créa un hôpital à leur intention au faubourg Saint- Antoine, dépendant, pour l'administration, de l'Hôpital général. La reine Marie-Thérèse posa la première pierre de l'église; Etienne d' Migre (1), chancelier de France, Eli-, sabeth Lhuillier, sa troisième femme et le Président de Bercy (2), contribuèrent à la fondation (3). On ouvrit en temps môme un autre établissement pour les enfants trouvée en face de l'Hôtel-Dieu.

APPENDICE N" XXYI (T. II, p. 238).

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