‹ Bourdaloue, sa vie et ses œuvres [microform]Chapitre 71 sur 86 · J AU DIX- SEPTIÈME SIECLE · texte numérisé non relu

J AU DIX- SEPTIÈME SIECLE

L'invasion du calvinisme,, l'influence des lihres-penseurs, sceptiques^ libertins, épicuriens, avaient tari les sources de la charité chrétienne en démolissant et en sécularisant les abbayes et les fondations religieuses léguées par nos ancêtres à la société chrétienne. Les novateurs, après avoir beaucoup détruit, pillé, brûlé, après avoir beaucoup parlé, n'avaient élevé aucun monument qui pût constater l'existence d'une réforme. Les troubles incessants de la minorité de Louis XIV, contribuèrent à perpétuer ce triste état de choses. Par suite, la mendicité était devenue une plaie sociale que la religion elle-même eût été impuissante à guérir sans le concours actif de l'autorité séculière, non pas comme aiguillon du zèle, mais comme frein nécessaire contre les abus de l'astucieuse convoitise des mauvais pauvres. Après plusieurs essais tentés et soutenus courageusement par M. Vincent (1), en faveur des pauvres de paroisse, on comprit la nécessité d'une mesure générale et

(1) W^° de Maintenon, Corresp. gén., t. II, p. 356, 1684.

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décisive. C'est au président de Bellièvre que revient l'honneur d'en avoir assumé la responsabilité et d'avoir établi définitivement l'Hôpital général contre la mendicité. Il se mit au- dessus des préjugés et n'écoutant que sa foi et les instances pressantes des vrais amis du pauvre, il mit énergiquement la main à l'œuvre.

Dès 1640, les paroisses, sous la direction de saint Yincent de Paul, avaient formé des ve'stiaires et magasins où les pauvres trouvaient des secours réclamés par leur situalion. Cette première expérience montra que la charité puiblique était en état de soutenir les charges d'une telle ■entreprise; pour compléter l'œuvre sociale et vraiment chrétienne, il fallait rendre aux pauvres et à la société un dernier service, il fallait se débarrasser de la misère vagabonde en donnant à la classe indigente l'instruction, le goût et l'habitude du travaU, en l'éloignant surtout de l'occasion du mal, résultat qui ne pouvait s'obtenir que par le renfermement; or, d'après le recensement de 1640, on comptait à Paris, 40,000 pauvres. A première vue, la mesure parut impraticable, on temporisa; l'édit du roi contre la mendicité, signé du mois de mai 1656, fut gardé secret. Les curés des paroisses se contentèrent d'annoncer, du haut des chaires, que les pauvres trouveraient un asile sûr en certains endroits désignés ; qu'ils pouvaient s'y présenter de bonne volonté; la mesure parut ainsi moins odieuse, et pour l'amener à terme, il suffit de proclamer d'autorité l'interdiction absolue de la mendicité ; l'édit est du mois de mai 16S7; 3,000 pauvres se présentèrent, les autres durent renoncer à leur industrie, ils sortirent de Paris, ou se résignèrent au travail.

Louis XIV, jaloux d'attacher son nom à cette œuvre, avait mis à la disposition des commissaires, ses deux châteaux de Bicêlre et de la Salpêtrière ; le cardinal Mazarin l'encouragea en donnant 160,000 livres à la fondation; d'autres aumônes abondantes et souvent anonymes, couvrirent les premiers frais. Saint Vincent de Paul eut la mission d'organiser les services.

Trois grands refuges furent ouverts aux pauvres de la ciipitsUe, Notre-Dame de Pitié (l), situé au-dessus de l'abbaye de Saint-Yictor ; Saint-Denis de la Salpétrière et Saint- Jean de Bicêtre. Sauvai appelle ces refuges les membres de l'Hôpital général. Chaque maison eut sa destination spéciale ; la Salpétrière reçut les jeunes filles et les femmes de tout âge, atteintes de maladies incurables, ainsi que les vieux ménages, avec une section de petits garçons.

Bicêtre, château royal au quinzième siècle, refuge des soldats invalides sous Louis XIII, abandonné par suite des troubles de la minorité, menaçait ruine. On y rassembla les hommes atteints de maladies incurables. Dans chaque refuge ouvert à toutes leurs infirmités, on trouvait des métiers à l'usage des pauvres en état de les exercer.

Notre-Dame de Pitié recueillait les jeunes filles et une section déjeunes garçons capables d'apprendi-e la lecture et l'écriture, et d'une conduite assez satisfaisante pour contribuer à rehausser les cérémonies religieuses ; les enfants, en état d'apprendre un métier, étaient envoyés aux ateliers de Bicêtre.

APPENDICE N" XXY (T. Il, p. 253).

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