‹ Bourdelle par lui-mêmeChapitre 2 sur 13 · A. BOURDELLE · texte numérisé non relu

A. BOURDELLE

« La vie a été mon école », disait Bourdelle.

Quelle fut sa vie, quels rapports étroits y eut-il entre son œuvre et son existence? (Lest ce que nous voudrions rappeler tout d'abord en nous appuyant, autant que possible, sur les déclarations du maître, en mettant en garde tout au moins contre la légende qui s’est créée de son vivant autour de sa personne et à laquelle Bourdelle contribua peutêtre, inconsciemment, par quelques déclara lions lyriques mal interprétées.

M. Robert de la Sizeraime a essavé déjà

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noumiXLi: par lui-meme

d’établir la vérité à cel égard dans un article de la Revue de , s Deux Mondes

Quel genre d’homme était-ce se demandet-il, quelles ont été ses origines?

« Les initiés parlaient encore de Bourdelle en 1909, quand il exposa au Salon cet Héraclès archer qui fit scandale, comme d’un aegypan qui avait bondi de sa forêt natale pour peupler Paris d'êtres primitifs dignes des frontons grecs ou des porches gothiques, un autodidacte que les écoles et les académies n’avaient pas entamé, mauvais élève partout, sautant à pieds joints par-dessus les concours, les conventions, les canons esthétiques, un poète ivre d’effluves telluriques, d’odeurs végétales, de brises capiteuses, de sensations tactiles, de tempête et de soleil... Son origine? Des ehevriers de la montagne pyrénéenne vêtus du poil de leurs bêtes... Son école? Les pierres des Causses bridées par le soleil... Sa vocation? L* irrésistible voix qui appelle le polît David au milieu de son troupeau, tandis qu'il s'essaie à tailler un bout de bois à la ressemblance de ses bêles... Sa vie enfin? Le martyre classique du statuaire, le travail sous les appentis gelés, parmi les blocs hostiles, les

(a) 1 er mars 1931.

four nr pas alourdir chaque page, les références aux articles publics sur Bourdelle, comme celles qui renvoient à ses manuscrits seront rassemblées, numérotées, à la /in de chaque chapitre.

Les autres notes indiquées par des lettres de 1’alphabet,

</, b, c, etc., seront seules imprimées au cours des chapitres.

HOlKDKl.l.i; l'AU LUI-M !*] M 13

mains dans la glaise humide, les pieds dans la boue, le front dans la brise homicide, le coucher sur un pauvre matelas à même le plancher, enfin le double surmenage des muscles et des nerfs, la maladie, la misère, l'hôpital. »

Ajoutez à tout cela l'injuste persécution dirigée contre son latent. Or tout cela, dit M. de La Sizerannc, « n’est pas tout à fait faux, mais ce n'est pas tout a fait vrai ».

Répondons que dans tout cela, hélas! il y a plus de vrai que de faux. A l'aide des témoignages que lîourdelle nous fournit sur luimèinc, retenons ici de ses premières années, les faits les p 1 ns certains, ceux qui éclairent le mieux sa formation artistique.

Bourdelle est né à Montauhan en 1 H(> 1 . Fils d’un modeste artisan ébéniste cpi t lui enseigna d'abord son métier, il si' félicitera toute sa vie d'avoir passé par celte rude école, de même qu’il gardera toute sa vie le souvenir de ses premières émotions au contact de la nature, dans le Quercy dont il parcouru t les sentiers ehevriers.

Mais laissons-lui la parole, t lien de plus émouvant que les confessions de lîourdelle, qu'elles nous entretiennent de sa vie ou de son art. Encore éparses malheureusement dans de nombreuses revues ou dans ses manuscrits, espérons qu'un jour prochain un choix pourra en être publié. Quel magnifique enseignement elles nous apporteront! La langue dans laquelle s'exprime Bourdelle est aussi émou-

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