‹ Bourgeois de ParisChapitre 100 sur 122 · COI.LINET, PAULINE PAULINE · texte numérisé non relu

COI.LINET, PAULINE PAULINE

Non, papa, ne dites pas cela .

COLLINET

Ah çà ! décidément, est-ce toi qui portes les culottes, comme disait hier encore M. Goujetî

l'AULINE.

Je vous conseille de toujours citer ce monsieur, la plus triste de' vos connaissances î

COLLINET

Encore un mot de ta pauvre mère! Triste, M. Goujel ! le plus gai, tu veux dire.

PAULINE

Je m'entends.

Un garçon qui toute sa vie a eu le mot pour rire, et je puis certifier l'avoir vu dans des passes où de plus forts que lui auraient perdu la tête; mais la chère dame a toujours pris eu grippe tous les amis que je me suis faits, c'est

une justice que je me plais à lui rendre; si encore elle m'eût rendu la maison plus agréable, mais pas du tout... peut-être était-ce son intention! Elle n'a pas réussi, je le lui pardonne et de tout mon cœur

PAULINE

Mon père î

GOLLINET.

Ce que je dis est à la lettre : elle n'était rien moins que facile, la pauvre chère dame; nous l'avons pleurée, c'était notre devoir, nous la pleurons encore...

PAULINE

Nous la pleurerons toujours.

GOLLINET.

Si tu veux; ce n'est pas une raison, quant à moi, pour ne plus voir âme qui vive, me couvrir de cendres, la léte, lo corps et les mains, et m'enterrer tout vif; non, non, non, non, pas de ça, Lisette! Je l'eusse précédée, je doute fort qu'elle eût agi de la sorte à mon égard; elle aurait parfaitement fait. Au surplus, rappelle- toi bien ce que je vais te dire, si toutefois tu te maries. . .

PAULINF.

Jamais, oh ! non, jamais!

GOLLINET.

Il ne faut pas dire Fontaine,,, Admettons, par exemple, (jue tu rencontres un gaillard . . .

PAULINE

Un gaillard !

GOLLINET.

Un prince, si tu l'aimes mieux, qui ait su trouver le chemin de ton cœur, ne fais pas comme a fait Ui mère, tu l'en trouveras bien.

PAULINE

Je vous en suis très-reconnaissante.

COLLINET

Je veux bien le croire, tu n'en feras pas moins à ta tête. Écoute, je te connais. Mon Dieu! mon pauvre enfant, que je te plains donc d'avoir un brave homme de père comme celui dont le ciel t'a dotée ! Et pourtant il a sué sang et eau , il s'est donné bien du mal- pour arriver où il en est venu. Lui aussi, comme madame ta mère, s'était leurré de l'espoir qu'il viendrait beaucoup de notabilités demander ta main 1 II n'en est pas venu la queue d'une, et j'avoue qu'à présent je commence à désespérer. A moins que tu ne préfères coiffer sainte Catherine, il faudrait pourtant s'arrêter à un parti. J'aimerais mieux encore te voir un mari comme moi, oui, comme moi; je m'en irais plus tranquille, je ne te le cache pas. Mais à quoi bon tout ce que je dis là? tu n'as pas trop l'air de m'écouter et tu grilles de me tourner les talons. A ton aise, chère belle, ne te gênes pas, il y a longtemps que mon deuil en est fait.

PAULINE

Je vais chez ma tante.

Je souhaite de tout mon cœur qu'elle rie te donne pas de plus mauvais conseils. Bon voyage, bonjour à ta faute.

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