M. COLLINET, FRANÇOISE
FRANÇOISE
Si ça ne vous fait rien, j'vas remmailler mes bas n'ici,
COLLINET
Mademoiselle est sortie ?
FRANÇOISE
Sans ça ! Avec la bonne à sa tante, qu'est venue la serchei\ Pas moyen d'y tenir dans ma cuisine d'ia fumée qui fait !
GOLLINBT.
Que n'en as-tu touché un mot au propriétaire? il sort d'ici.
FRANÇOISE
M. Goujet? Pu souvent! avec ça qui vous r'çoit gentiment quand par hasard on s'en va y demander quet' chose!
GOLLINET.
Je croyais, au contraire...
Moi aussi j'croyais, avant de demeurer dans sa maison, que nous serions là comme le poisson dans Teau ; c'était toujours ma petite Françoise par-ci, ma petite Françoise par-là, quand y v'nait chez nous, et des bêtises qui contait, qu'on n'aurait su dire oùscequ'y les allait prendre... mais depuis que nous sommes ses locataires, plus un mot d'égard, au contraire, c'est un tapis que je n' dois secouer ni dans la rue, ni dans la cour, ni dans les escaliers ; de Teau que je répands en montant, des potins qui prétend que j' vas faire au portier de dessus son compte; eune horreur, quand j' vous dis, eune horreur ! Au reste, vous savez, comme tout le monde, qu'il a fait mourir sa femme?
GOLLINET.
M. Goujet?
FRANÇOISE
A petit feu, ça c'est sûr ? Y te l'enfermait, la pauv' femme, dans n'eune chambre sans feu, avec des fers aux pieds, au pain et à Teau, des années entières, eune pauv' criature qui y a donné tout ce qu'il a, que sans elle y serait comme un p'tit saint Jean, ne plus, ne moins.
GOLI.INET.
Ce que tu m'apprends là, m*étonneau dernier point.
FRANÇOISE. ,
Ça doit pas vous étonner...
GOLLINET.
Si fait, et beaucoup.
D*autant que madame n'a jamais pensé grand bien de ]ui ; c'est point Tembarras; a n'en disait point d' personne et pourtant a n'était point mauvaise. .
GOLLINET.
Non, certes, elle ne Tétait pas;
FRANÇOISE
Mais criarde, a Tétait criarde^ mais point mauvaise; au fond a valait point grand' chose, convenons-en.
GOLLINET.
Françoise, vous allez trop loin !
FRANÇOISE
Avec ça qu'vous a évu beh sujet d' vous eu louer ; si vous avez d' la flanelle, h qui qu' vous là devez? Dites un peu.
GOLLINET.
Elle a toujours été vive, ça, j'en conviens.
FRANÇOISE
Qui qui Test point? moi la première, je ne dis point ça pasce qu aile est morte, mais j'aime mieux sa demoiselle.
GOLLINET.
Elle est bien vive aussi.
FRANÇOISE
Avec vous, c'est vrai qu'avec vous elle est terrible, a vous envoie souvent où est-ce que je ne voudrais point n'aller, pour un oui pour un non, mais jamais, Untqu'n moi, a ma jamais dit un mot pus haut que Tant'.
LOCATAIRES ET PROPRTIÎTAIRK 295
COLLINKT.
Et cependant elle m'aime, ça, je le sais.
FRANÇOISE
Bé sûr qu'a vous aime, mais faut la plaindre} c'est le sang, quet' chose d'pus fort qu'elle ; et puis j'vas vous dire : a sait ben qu' vous ne vous en irez point, jamais vous n'ia planterez là, tandis qu'moi, ça n pèserait pas deux onces ; oh ! mais non !
GOLLINET.
Aussi donnerais-je tout au monde pour que Pauline prît une détermination.
FRANÇOISE
Mais pisqu'a n'en veut point prend' !
GOLLINET.
Connaîtrais-tu par hasard...
FRANÇOISE
Qui ça?
GOLLINET.
I^e neveu de M. Goujet ?
FRANÇOISE
Sidore?
GOLLINET.
Est-ce Isidore qu'on le nomme *?
Je lui en connais pas d'aut's.
GOLLINET.
Eh bien, qu'en penses -tu?
FRANÇOISE
Quoiqu' vous voulez que j'en pense?... Dame! c'est point core là l'homme qui m' ferait faire des bêtises. •
GOLLINET.
Comment le trouves-tu ?
FRANÇOISE
Point mal, pour ce qu' j'en veux faire.
COiLINET.
Grand? •
FRANÇOISE
Dans YOt* genre, trapu approchant comme vous. Est-ce que vous en voulez?
COLLINET
Pas moi.
FRANÇOISE
Vot' fille?
COLLINET
Non, M. Goujet.
Eun vieux bas de buffet comme li ! a-t'on jamais vu !
COLLINET
Pas pour lui, pour son neveu.
FRANÇOISE
Bien, bien, bien ! j'y suis ! Bon ! vlà qu'on sonne, à présent, vous dérangez pas, vous dérangez pas, j'y vas.