COLLINET, M. TURCOING, ADOLPHE TURCOING
FRANÇOISE
FRANÇOISE
Les messieurs Turcoing !
GOLLINET.
Fais entrer. Bonjour, messieurs.
MONSIEUR TURGOING.
Nous ne vous dérangeons pas?
GOLLINET.
Gomment donc...
MONSIEUR TURGOING.
Nous serions désolés...
GOLLINET.
Vous plaisantez. Donnez-vous donc la peine de vous asseoir. Françoise 1
FRANÇOISE
Après.
GOLLINET.
Des sièges à ces messieurs !
FRANÇOISE
Qu*est-ce que je fais ?
GOLLINET.
Il y a une éternité que nous ne nous étions vus, monsieur Turcoiug.
MONSIEUR TURGOING.
Je ne suis pas venu vous voir, monsieur Collinet, depuis la perte que vous avez faite, il y a de ça environ six mois.
GOLLINET.
Mon Dieu I oui, c^était un jeudi.
MONSIEUR TURGOING.
Deux jours avant, bien qu'elle fût alitée, j'eus l'honneur de vous voir, vous ne paraissiez nullement inquiet.
GOLLINET.
Je ne Tétais pas non plus. Après cela, je vas vous dire, il y avait si longtemps que la pauvre femme se plaignait, que j'avais fini par ne plus m'en occuper.
MOnSIEDR TURGOING.
Elle était très-dêlica te .
GOLLINET.
Elle ne tenait qu'à un fil, et d une humeur ! .. . Croîriezvous que je ne Tai jamais vue rire, c'est h ce point-là.
MONSIEUR TURCOING
Je le croirais bien .
FRANÇOISE
Nous avons des personnes qui ne rient jamais ; la portière d'à côté, mame Paty, jamais c'te femme-là n'a ri ; sans aller pus loin, vous, monsieur Tm'coing, jamais vousne m*avez évu Tair content. Vous m'avez toujours fait l'effet de rire quand y vous tombait mi oeil. Vot' jeune homme, lui, c'est différent, je Tai vu rire et pas mal.
MONSIEUR TURCOING
En général, nous n'avons jamais été de grands rietirs dans la famille.
COL LIN ET
Comme chez nous.
Ne dites donc pas ça, vous n'abandonnez pas vot' part aux chiens, une fois qu' vous y êtes ; j'ai de vos nouvelles chez mame Pétrin.
MONSIEUR TURCOING
A propos de rieurs, n'êtes-vous pas ici chez M. Goujelî
GOLLINET.
N'ayant plus ma femme, mon logement me devenait trop grand, c'est alors que je suis venu dans sa maison.
MONSIEUR TURCOING
Nous aussi, nous serons forcés de quitter le nôtre.
GOLLINET.
Au fait, je n'y songeais pas ; mais nous voilà tous deux logos à la même enseigne.
LOGATAIRKS KT PROPRIÉTAIRE iUU
MONSIEUR TUBGOING.
J'ai eu le malheur de perdre la mienne depuis (|ue nous nous sommes vus ; vous avez raison.
COLLINET
C'est inouï la quantité de connaissances que j'ai dans la même position ; vous, M. Camion, madame Lebruslé, M. Fornapré... qui donc encore?
FRANÇOISE
La fruitière d'en face.
COLLI.NET
Au nom du ciel, Françoise, laisse-nous tranquille 1 Vous avez la malheureuse habitude, toutes les fois qu'il m'arrive de prendre la parole, de me la couper ; c'est intolérable I Je ne sais en vérité plus où j'en suis !
FRANÇOISE
C'est-y marne Monju , que monsieur veut dire qu'est morte?
COLLINET
Précisément.
MONSIEUR TURCOING
Madame Monju est morte?
FRANÇOISE
Et enterrée.
COLLiiNET.
Vous n'en saviez rien ?
MONSIEUR TURCOING
C'est-à-tlire que je l'ignorais coniplélenicnt.
FRANÇOISE
En trois jours et demi, ça n'a pas été long. Elle est à Montmartre, comme madame.
MONSIEUR TURCOING
Oui, effectivement, madame CoUinet. . .
COLLINET
Est à Montmartre...
500 LOCArAIRKS ET PROPRIÉTAIRE
FRANÇOISE
En entrant à droite. . .
COLLINEÏ.
J'aime assez Montmartre, c'est une promenade, on n*a pas tout Paris à traverser ; ma femme serait au Père-Lachaise, jamais je n'irais.
MONSIEUR TURGOING.
Nous étions, mon fils et moi, à la campagne, lorsque j*appris le coup terrible qui vous est venu frapper. Et votre demoiselle?
FRANÇOISE
Très-bien, je vous remercie, elle est chez sa tante.
MONSIEUR TURGOING.
Ça a dû lui faire un grand vide.
GOLLINET.
Très-grand, elle aimait beaucoup sa mère.
MONSIEUR TURGOING.
C'est bien naturel.
GOLLINET.
Et vous, monsieur Adolphe, vous vous occupez toujours?
MONSIEUR TURGOING.
Toujours. Le voilà qui fait son droit.
GOLLINET.
Vous voulez en faire un avocal ?
MONSIEUR TURGOING.
Si nous pouvons.
FRANÇOISE
Moi, mon premier service, c'était un notaire^
GOLLINET.
Vous avez renoncé au commerce?
MONSIEUR TURGOING.
Oui et non. Le commerce... aujourd'hui... et, d'ailleurs, vous le savez comme moi...
LOCAÏAIRKS ET PKOl>îlIÉTAIRK SOi
COLLINET
A qui le dites-vous î
FRANÇOISE
Je vous conseille d'en parler comme ça, du connncrce, quand le plus beau d'vol' nez en esl lait ! Dînez-vous ici, monsieur Turcoing?
HONSIEUr% TURCOING.
Je vous remercie infiniment.
FRANÇOISE
Bien vrai ?
MONSIEUR TURCOING
Je ne puis avoir cet honneur.
Voyons, décidez-vous, je n*ai pas encore été au marclio.
MONSIEUR TURCOING
Non vraiment, sans cérémonie, nous n'avons rien dit à la maison.
FRANÇOISE
Si ce n'est que ça, j'y passerai. Ainsi c'est convenu, pas vrai ?
MONSIEUR TURCOING
Vous faites de moi tout ce que vous voulez.
FRANÇOISE
A six heures, monsieur Turcoing, heure militaire.
MONSIEUR TURCOING
Nous avons tellement de choses encore à faire !
FRANÇOISE
Raison de plus pour vous dépêcher... (On sonne.) Qui nous arrive encore? Bon ! M. Goujet!