‹ Bourgeois de ParisChapitre 105 sur 122 · COLLINET, M. TURCOING, ADOLPHE TURCOING · texte numérisé non relu

COLLINET, M. TURCOING, ADOLPHE TURCOING

FRANÇOISE

FRANÇOISE

Les messieurs Turcoing !

GOLLINET.

Fais entrer. Bonjour, messieurs.

MONSIEUR TURGOING.

Nous ne vous dérangeons pas?

GOLLINET.

Gomment donc...

MONSIEUR TURGOING.

Nous serions désolés...

GOLLINET.

Vous plaisantez. Donnez-vous donc la peine de vous asseoir. Françoise 1

FRANÇOISE

Après.

GOLLINET.

Des sièges à ces messieurs !

FRANÇOISE

Qu*est-ce que je fais ?

GOLLINET.

Il y a une éternité que nous ne nous étions vus, monsieur Turcoiug.

MONSIEUR TURGOING.

Je ne suis pas venu vous voir, monsieur Collinet, depuis la perte que vous avez faite, il y a de ça environ six mois.

GOLLINET.

Mon Dieu I oui, c^était un jeudi.

MONSIEUR TURGOING.

Deux jours avant, bien qu'elle fût alitée, j'eus l'honneur de vous voir, vous ne paraissiez nullement inquiet.

GOLLINET.

Je ne Tétais pas non plus. Après cela, je vas vous dire, il y avait si longtemps que la pauvre femme se plaignait, que j'avais fini par ne plus m'en occuper.

MOnSIEDR TURGOING.

Elle était très-dêlica te .

GOLLINET.

Elle ne tenait qu'à un fil, et d une humeur ! .. . Croîriezvous que je ne Tai jamais vue rire, c'est h ce point-là.

MONSIEUR TURCOING

Je le croirais bien .

FRANÇOISE

Nous avons des personnes qui ne rient jamais ; la portière d'à côté, mame Paty, jamais c'te femme-là n'a ri ; sans aller pus loin, vous, monsieur Tm'coing, jamais vousne m*avez évu Tair content. Vous m'avez toujours fait l'effet de rire quand y vous tombait mi oeil. Vot' jeune homme, lui, c'est différent, je Tai vu rire et pas mal.

MONSIEUR TURCOING

En général, nous n'avons jamais été de grands rietirs dans la famille.

COL LIN ET

Comme chez nous.

Ne dites donc pas ça, vous n'abandonnez pas vot' part aux chiens, une fois qu' vous y êtes ; j'ai de vos nouvelles chez mame Pétrin.

MONSIEUR TURCOING

A propos de rieurs, n'êtes-vous pas ici chez M. Goujelî

GOLLINET.

N'ayant plus ma femme, mon logement me devenait trop grand, c'est alors que je suis venu dans sa maison.

MONSIEUR TURCOING

Nous aussi, nous serons forcés de quitter le nôtre.

GOLLINET.

Au fait, je n'y songeais pas ; mais nous voilà tous deux logos à la même enseigne.

LOGATAIRKS KT PROPRIÉTAIRE iUU

MONSIEUR TUBGOING.

J'ai eu le malheur de perdre la mienne depuis (|ue nous nous sommes vus ; vous avez raison.

COLLINET

C'est inouï la quantité de connaissances que j'ai dans la même position ; vous, M. Camion, madame Lebruslé, M. Fornapré... qui donc encore?

FRANÇOISE

La fruitière d'en face.

COLLI.NET

Au nom du ciel, Françoise, laisse-nous tranquille 1 Vous avez la malheureuse habitude, toutes les fois qu'il m'arrive de prendre la parole, de me la couper ; c'est intolérable I Je ne sais en vérité plus où j'en suis !

FRANÇOISE

C'est-y marne Monju , que monsieur veut dire qu'est morte?

COLLINET

Précisément.

MONSIEUR TURCOING

Madame Monju est morte?

FRANÇOISE

Et enterrée.

COLLiiNET.

Vous n'en saviez rien ?

MONSIEUR TURCOING

C'est-à-tlire que je l'ignorais coniplélenicnt.

FRANÇOISE

En trois jours et demi, ça n'a pas été long. Elle est à Montmartre, comme madame.

MONSIEUR TURCOING

Oui, effectivement, madame CoUinet. . .

COLLINET

Est à Montmartre...

500 LOCArAIRKS ET PROPRIÉTAIRE

FRANÇOISE

En entrant à droite. . .

COLLINEÏ.

J'aime assez Montmartre, c'est une promenade, on n*a pas tout Paris à traverser ; ma femme serait au Père-Lachaise, jamais je n'irais.

MONSIEUR TURGOING.

Nous étions, mon fils et moi, à la campagne, lorsque j*appris le coup terrible qui vous est venu frapper. Et votre demoiselle?

FRANÇOISE

Très-bien, je vous remercie, elle est chez sa tante.

MONSIEUR TURGOING.

Ça a dû lui faire un grand vide.

GOLLINET.

Très-grand, elle aimait beaucoup sa mère.

MONSIEUR TURGOING.

C'est bien naturel.

GOLLINET.

Et vous, monsieur Adolphe, vous vous occupez toujours?

MONSIEUR TURGOING.

Toujours. Le voilà qui fait son droit.

GOLLINET.

Vous voulez en faire un avocal ?

MONSIEUR TURGOING.

Si nous pouvons.

FRANÇOISE

Moi, mon premier service, c'était un notaire^

GOLLINET.

Vous avez renoncé au commerce?

MONSIEUR TURGOING.

Oui et non. Le commerce... aujourd'hui... et, d'ailleurs, vous le savez comme moi...

LOCAÏAIRKS ET PKOl>îlIÉTAIRK SOi

COLLINET

A qui le dites-vous î

FRANÇOISE

Je vous conseille d'en parler comme ça, du connncrce, quand le plus beau d'vol' nez en esl lait ! Dînez-vous ici, monsieur Turcoing?

HONSIEUr% TURCOING.

Je vous remercie infiniment.

FRANÇOISE

Bien vrai ?

MONSIEUR TURCOING

Je ne puis avoir cet honneur.

Voyons, décidez-vous, je n*ai pas encore été au marclio.

MONSIEUR TURCOING

Non vraiment, sans cérémonie, nous n'avons rien dit à la maison.

FRANÇOISE

Si ce n'est que ça, j'y passerai. Ainsi c'est convenu, pas vrai ?

MONSIEUR TURCOING

Vous faites de moi tout ce que vous voulez.

FRANÇOISE

A six heures, monsieur Turcoing, heure militaire.

MONSIEUR TURCOING

Nous avons tellement de choses encore à faire !

FRANÇOISE

Raison de plus pour vous dépêcher... (On sonne.) Qui nous arrive encore? Bon ! M. Goujet!

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