LES CHARMES DE L'ÉTUDE
PERSONNAGES
MONSIEUR GODET
MADAME GODET
OCXAVIE, leur llllo.
LA BONNE
La scène à Paris chez les éponx Godet.
SGÈNE PREMIÈRE
MADAME GODET, OCTAVIE ù son piano.
MADAME GODET
OÙ est ton père?
OCTAVIL.
11 vient (le sortir.
MADAME GODET
Tu ne sais pas où il est allé?
DE HELOHAME BOURGEOISE 37
OCTAVIE
Chez le marchand de musique pour ses bonbons.
MADAME GODET
Faut toujours que ton père jette son argent par les fenêtres, c est plus fort que lui ; malheureusement à son âge on ne change pas; justement, j'ai encore des pralines du jour de Tan, que ne m'en a-t-il demandé?
OCTAVIE
Ce sont des mauritains qu'il faut, des pralines ne pourraient pas servir.
MADAME GODET
Des mauritains? qu'est-ce qiie c'est que ça?
OCTAVIE
Des bonbons mauritains pour faire cliauter les pei^nnes mal disposées !-
MADAME GODET
On ne sait vraiment qu'inventer; des bonbons pour faire chanter, à présent ! Il ferait bien d'en prendre, monsieur ton père, lui qui n a jamais pu mettre sur l'air Mon ami Pierrot. Eh bien! ma chérie, ça va-t-il, loii piano? es-tu contente? as-tu bien travaillé?
OCTAVIE
Oui, ninniaii.
MADAME UODEl.
Tu n'auras pas peur?
Je ne promets pas cela.
MADAME GODE'r.
Tiens, voilà ce qui me passe : c'est qu'avec un talent conunc le tien, tu en sois encore à ne savoir où te fourrer quand il s'agit déjouer devant du monde. Au reste, ça me paraissait bien joli de mon lit, ce que tu travaillais ce matin à ton piano; comment ça s'appelle?
OC=TAVIB.
Nabuchodonosor^
MADAME GODEI.
N'est-œ pas cette musique-là que vous êtes allés voir avec ton père? -
OGïAVIE.
Oui, maman.
MADAME GÛUET.
Comment as-*tu dit?
OCTAVIE
Nabmhodonoso7\
MADAME GODET
Encore un drôle de nom. J'en fais bien mon compliment à son parrain.
OGTAVIË.
C'est très-beau pour la main gauche.
Tant que tu voudras ; je préfère avec les deux mains, c'est bien plus gracieux. Puisqu'on a deux mains, c'est pour s'en servir. Mon Dieu ! que je voudrais donc être à ce soir ! Je ne vais pas vivre d'ici là. Surtout, ma chérie, n'aie pas peur, je t'en prie.
OCTAVIE
Je ferai mon possible.
MADAME GODET
Tu seras bien gentille. A quelle heure vient ta maîtresse?
OCTAVIE
A midi.
MADAME GODET
L'heure juste Où la petite d'en-^bas prend sa leçon ; ça va faire un joli duô^
UCTATtE.
J'ai absolument besoin de repasser mdn morcôau;
DE MÉLOMAîdlE BOURGEOISE 59
MADAME GODET
C'est égal, ça n'en est pas moins très-ennuyeux. On ne veut pa^ de bêtes dans la maison ; j'aimerais bien mieux trente-six chiens que tous ces pianos qu'on est venu nous camper à tous les étages. Au surplus, ce que je t'en dis, c'est dans ton intérêt, dans l'intérêt à ma fifille ; êtes-vous toujours fîfîHe à memère?
OCTAVIE
MADAME GOT>FT
La vraie fifille à sa memère?
OCTATIE.
Oui, maman.
MADAME GODET
En ce cas, baisez-la, sa memère. Dis donc, Tavie?
OCTAYIE.
TWainan*? '
MADAME GODET
Je pense à une chose. Si tu allais un peu terapproprier. . . tn reprendrais ton piano après; qu'en dis-tu? ça te reposerait.
OCTAVIE
Ça ne me fatigue pas, ce sont des exercices.
MADAME GODET
Des exercices tant que tu voudras ; mais ce n'est pas quand on est de ta force qu'on a tant besoin de s'exercer : tu ne me feras jamais croire ça î
OCTAVIE
.le t'assure. . .
MADAME GODET
.le ne sais pas si madame Rabouin va nous faire entendre sa fille?
Of.TAVIE.
Je ne sais pas.
MADAME GODET
Elle aura beau faire des exercices, celle-là, elle aura toujours les doigts comme des baguettes de tambour.
OCTAVIE
Elle a commencé si tard!
MADAME GODET
Ce n'est pas une raison. Nous avons des personnes qui ne réussissent à rien. On lui donne, après ça, un maître qui s*y entend comme à ramer des choux. Est-ce que je ne le connais pas, monsieur Peigneux?.. Nous serions bien lotis, ma foi, si nous ne Taviens remercié à temps. Tous agrippeurs de cachets, ces messieurs -là, pas autre chose. Et ta bonne?
OCTAVIE
Je ne l'ai pas vue.
MADAME GODET
C'est ta musique qui Faura fait sauver. Elle ne peut pas la souffrir. Je le lui ai déjà dit : Quand on est si sensible, on ne se met pas en service ; on reste chez soi. S'il fallait m'enfnir toutes les fois que tes musiques m'ennuient, je ne serais pas souvent à la maison : il faut pourtant bien s'y faire. J'entends ton papa.