I.E VOISIN
Encore un convoi. •
MADAME TAQUET
('/est affreux à voir : quand je dis à voir, c'est le tort que j'ai, on voit qu'on ne voit rien, ça passe si vite.
LES CONDUCTEURS
Poissy ! Poissy ! Poissy !
MADAME PAQUET, à la porlif-rp.
Monsieur Paquet !
UNE VOIX
Oui.
MADAME PAQUET
Ce monsieur m'est odieux. (A son voisina) Approchonsnous, monsieur?
LE VOISIN
Dans une demi-heure. Voilà des personnes qui nous arnvent.
MADAME PAQUET
Mais, monsieur, si mon mari venait, où le mettre?
LE VOISIN
Nous ne pouvons pas nous opposer à ce qu'il vieiuic des voyageurs.
(Entrée dans la voilure de plusieurs voyageurs.) MADAME PAQUET.
Messieurs, vous n'auriez pas vu, par hasard, nu monsieur assez fort avec un petit garçon ?
Nous en avons vu plusieurs.
MADAME PAQUET
C'est le mien !
LE VOISIN
Voilà (|ui doit vous rassurer.
SlADAME PAQUET.
Le moyen, avec ce afflet qui m'entre dans les oreilles?
LE VOISIN
Nous voilà partis.
PREMIER VOYAGEUR
Pourvu qu'il ne nous arrive rien.
DEUXIÈME VOYAGEUR
Jamais d'accident le lundi.
MADAME PAQUET
Vous croyez, monsieur?
DEUXIÈME VOYAGEUR
Oui, madame.
MADAME PAQUET
Cependant nous avons des exemples.
DEUXIÈME VOYAGEUR
Mon Dieu ! puisqu'il faut s'en aller un jour ! autant vaut tout de suite !
MADAME PAQUET
Je ne suis pas de votre avis.
PREMIER VOYAGEUR
C'est la plus belle mort.
DEUXIÈME VOYAGEUR
La plupart du temps on ne sait pas ce que vous êtes devenus ; c'est désagréable.
PREMIER VOYAGEUR
Ça me serait ben égal.
MADAME PAQUET
Tout le monde ne pense pas conune vous.
TROISIÈME VOYAGEUR
Pour le bonheur qu'on a sur la terre. . .
PREMIER VOYAGEUR
Si j'avais des rentes, je ne dis pas.
DEUXIÈME VOYAGEUR
Mais n'en avant pas, comme dit l'autre...
PREMIER VOYAGEUR
L'ouvrier sera toujours l'ouvrier.
ZO UN VOÏAGK
TROISIÈME VOYAGEUR
C'est pas l'embarras. Dites donc; monsieur Poiigin, qu'est pas ouvrier, l'a échappé belle, Tant' jour.
DEUXlèNE VOYAGEUR.
Nous .mt's, nous étions frits.
PREMIER VOYAGEUR
Moi, j'aimerais mieux être mort que comme on voit des gens.
DEUXIÈME VOYAGEUR
Ca, c'est ben vrai.
TROlSlèlTE VOYAGEUR.
Quoi qu'on voudrait que j' piaule avec deux bras de moins?
MADAME PAQUET
Deux bras de moins?
TROISIÈME VOYAGlïUR.
Deux bras de moins.
PREMIER VOYAGEUR
Oui, madame, sans compter les jambes ; nous avons des personnes qui ont perdu ça sur les chemins de fer.
MADAME PAQUET
C'est affreux à penser.
LE*V0IS15
On exagère toujours un peu.
PREMIER VOYAGEUR
Je dis ce qui est .
MADAME PAQUET
Ah ! mon Dieu !
LE VOIBIN.
Encore ini tunnel.
DEUXIÈME VOYAGEUR
Y\h OÙ j'aimerais j>as m'en aller.
PREMIER VOYAGEUR
On n'y voit pas du tout*
RN GHiSJlIN D£ FËB 3t
TROISIÈME VOYAGEUR
Allez donc chercher du secours, une fois enfilés ici !
DEUXIÈME VOYAGEVR.
- C'est fini.
PREMIER VOYAGECR.
Revenez- VOUS ce soir, les antres?
TR0I8I^,ME VOYAGEUR
Ce soir ou demain.
LES CONDUCTEURS
Meulîm ! Ife^ilan ! Meulan I
DEUXIÈME VOYAGEUR
C'est ici que nous restons.
TROISIÈME VOYAGEUR
Nous ne périrons pas c'te fois ici .
DEUXIÈME VOYAGEUR
Il parait.
TROISIÈME VOYAGEUR
Ça s'ra pour une autre.
PREMIER VOYAGEUR
Conducteur?
LE CONDUCTEUR
Voilà!
^Descente des voyageurs. 1 MADAME PAQUET.
Je suis enchantée du départ de ces messieurs.
LE VOISIN
C'étaient des plaisants.
MADAME PAQUET
Fort mauvais. (La tête à la portière.) Je cherche toujours mon mari.
LE VOISIN
Vous ne le verrez, à présent, qu'à la station.
MADAME PAQUET
Pourvu encore qu'il ait son fils avec lui î
LE VOISIN
C'est probable.
Je vous avouerai, monsieur, que j'avais perdu la tête.
LE VOISIN
Vous voyagez pour la première fois en chemin de fer?
MADAME PAQUET
Oui, monsieur, et la dernière.
LE VOISIN
Vous voyez cependant que ce n'est pas bien effrayant.
MADAME PAQUET
Je ne suis pas encore bien rassurée. Tiens, j'ai là mon billet dans mon estomac.
LE VOISIN
Voulez- vous me permettre...?
MADAME PAQUET
Tout ce que vous voudrez.
LE VOISIN
Vous allez...?
A Erouval.
De quel côté?
Près Pontoise.
MADAME PAQUET
MADAME PAQUET
LE VOISIN
Mais VOUS êtes allée beaucoup trop loin, fallait vous arrêter à Conflans.
MADAME PAQUET
Vous croyez?
LK VOISIN
Cerlainement, j'en suis sûr. Vous allez à Mantes. Voyez (Conflans sur votre carte.
MADAME PAQUET
C'est k faute à M. Paquet. Croyez-vons q«*il ne lui soit rien arrivé?
LE VOISIN
Je le crois. Ils seront restés à vous attendre. Quand nous serons à Mantes, vous retournerez à Conflans par le premier convoi.
MADAME PAQUET
Celui-ci ne pourrait pas retourner ? ,
LE VOISIN
Pas à présent, à moins d'aller à Rouen.
Mais, monsieur, que vais-je devenir toute seule?
LE VOISIN
Vous allez vous arrêter à Mantes.
MADAME PAQUET
Oui, monsieur.
LE VOISIN
De là vous retournerez à Conllans.
MADAME PAQUET
Sans vous, monsieur, j'étais perdue, j'allais à Rouen sans mon mari et mon fils. Ce qu'il y a de plus malheureux, c'est que l'on va m'atlendre chez papa. Vous devez le connaître, monsieur Parrain?
LE VOISIN
Nom madame.
MADAME PAQUET
Il a demeuré cinquante-deux ans à Paris, rue dcsRour donnais. Il est assez connu à Paris.
LE VOISIN
Je ne suis pas de Paris.
MADAME PAQUET
C'est donc ça ! Encore un sifflet. ^
Nous Yoilà arrivés à Mantes.
MADAME PAQUET
Je ne suis pas encore au bout de mes peines.
LES CONDUCTEURS
Maiites! Mantes l Mantes!
MADAME PAQUET
Adieu, monsieur. -
LR TOISIN.
Votre serviteur.
MADAME PAQUET
Rue de la Verrerie, 59,. madame Papiet. Si vous venez jamais à Paris..,
LK VOISIN
Madame...?
Paquet, 39.
LK VOISIN
Oui, madame.
MADAME PAQUET, au ronduoleui .
Monsieur, je vais à Conflans.
LE CONDUCTELR.
Pourquoi ne pas Tavoir dit plus tôt?
MADAME PAQUET
Comment aurais-je pu le dire, monsieur? j'étais sans connaissance quand j'ai été portée dans la voiture. Je m* en plaindrai, monsieur, je m'en plaindrai.
LE CONDUCTEUR
Ca sera comme vous voudrez.
MADAMP. PAQUET.
Puisque vous le prenez sur ce ton-là, je vais le faire: on est le bureau, s'il vous plaît?
LE CONDUCTEUR
A droite, la porte à i?aucbe.
EN CHEMIN m FEB. 55
MADAME PAQUET
Je vais exiger que Ton me rende mou mari et mon tils. Où est le propriétaire?