‹ Bourgeois de ParisChapitre 74 sur 122 · MADAME BIDACHE, MONSIEUR FERLÉ · texte numérisé non relu

MADAME BIDACHE, MONSIEUR FERLÉ

MADAME BIDAGHE.

Je dois être rouge comme uu coq?

MONSIEUR FERLé.

Non, madame, pas autant que vous pourriez le croire.

MADAME BIDAGHE.

Le sang ne me monte pas à la figure?

MONSIEUR FERLÉ.

Hais non.

MADAME BIDAGHE.

J'ai pourtant été, tout à l'heure, sur le point d'éclater ! Vous n'auriez pas été là, que les choses ne se seraient pas passées ainsi. Ce monsieur m'irrite à un point, avec ses taquineries !

MONSIEUR PERLÉ

Ce n'est pas un méchant homme

MADAME BIDAGHE.

Un brouillon qui, de sa vie, n'a jamais su rien faire.

MONSIEUR FERLÉ.

Il est bien heureux, alors, d'être venu au monde avec de la fortune.

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MADAME BIDAGHE.

Très-heureux ! car, sans cela, il aurait couru grand risque de mourir de faim.

MOÎÏSIEUR FERLÉ.

Ça, je le crois.

MADAME BIDAGHE.

Sans être précisément jolie, votre nièce, monsieur Ferlé, est très-piquante ; voilà ce qu'elle a pour elle. Tenez, c'est encore un état que je n'aimerais pas pour ma fille, celui de son mari.

MONSIEUR FERLÉ.

Pourquoi?

MADAME BIDAGHE.

Pourquoi? j'aime bien cela! D'abord parce que ce sont des bourreaux; de tout temps, ces gens -là n'ont joui d'une bonne réputation. On dit : « Menteur comme un arracheur de dents, » et j'ai toujours détesté le mensonge. Après ça, s'il la rend heureuse, nous n'avons rien à dire.

MONSIEUR FERLÉ.

Très-heureuse, madame, parfaitement heureuse.

Le croyez-vous aussi à son aise qu'il veut bien le dire?

MONSIEUR FERLÉ.

Mon neveu?

MADAME BIDAGHE.

M. Thomassu.

MONSIEUR FERLÉ.

Je n'en sais rien.

MADAME BIDAGHE.

Vous n'avez pas compté avec lui, ça, je le conçois ; mais toujours est-il qu'il se lient parfaitement bien, qu'il ne se refuse rien ; il a un bel appartement, du beau linge, et

186 LKS DISKUHS

vous savez, comme moi, qu'on ne peut se permettre tout ça sans...

MONSrEUR FERLÉ.

Avoir quelque chose.

MADAME RIDÂCHE

D'autant que tout augmente. II aurait eu vingt-deux ans* de moins, M. Thomassu, que je n'aurais pas balancé à lui donner ma fdie.

MONSIEUR FERLÉ.

Maintenant, je doute qu'il se marie jamais.

MADAME RIDAGIIE.

Il fera bien. C'est comme vous, monsieur Ferlé : n'êtesvous pas deux mille fois plus heureux? vous faites ce que vous voulez.

MONSIETR FERLÉ.

A peu près.

MADAME BIDACHE

Vous êtes libre comme l'air, vous allez où bon vous send)Ie.

MO NSI El 15 FEULÉ.

Du matin au soir.

MADAME BIDACHE

Vous ne mangez jamais chez vous?

MONSIEUR FERLÉ.

Pardonnez-moi.

MADAME BIDACHE

Vous avez une bonne à demeure?

MONSIEUR FERLÉ.

Oui, madame.

MADAME BIDACHE

Vous êtes moins heureux alors que je ne croyais.

MONSIEUR FERLÉ.

Je vous jure que je n'ai pas à m'en plaindre.

mm

1)K UIKNS t87

MADAME RIDAGIIË.

Ne jurez pas, jesiiis à quoi m'en tenir. On ne (Convient pas de ces cboses-là, et Ton a raison. Et c'est pour otre plus libre, n'est-ce pas, que vous n*ètes pas marié?

MONSIEUR FERLÉ.

Ce n'est pas précisément pour cela.

MADAME BIDACHË.

Laissez donc ! jo vous connais comme si je vous avais fait, mon Iffave homme, toul comme M, Thomassu. Vous n'attendez pas mon mari?

MONSIEUR FKRI.K.

Je suis forcé de vous quitter.

MADAME BiDACilK.

11 sera désolé de ne pas vous avoir vu.

' SCENK IV

LKs mkmp:s, monsirup. iiiDAr.iii:.

MONSIEUR lUDACIIt:.

On m'a dit qu'il y avait ici quelqu'un de ma rx)nnais< sanco. Restez donc assis.

MONSIEUR FERLK.

Votre très-humble.

MADAME BIDACHE

On n'est jamais trahi que par les siens. Si j'avais voulu qu'on ignorât que monsieur fût chez moi...

MONSIEUR RIDACHE.

Ça va bien ?

MONSIKUR FERLÉ.

Comme vous vovez.

MONSIEUR BIDÀCHE.

Il y a assez longtemps, sans reproche, que vous n*éliez venu nous voir.

MADAME BIDACHE

C'est le reproche que j'adressais à monsieur.

MONSIEUR FERLÉ.

J'ai eu fort à faire.

MADAME BIDACHE

Mon Dieu, un instant de plus et monsieur s'en allait.

MONSIEUR BIDACHE

C'eût été joli.

MADAME BIDACHE

Tu as vu M. Malapeau?

MONSIEUR BIDACHE

Ils ne gardent pas leur appartement.

MADAME BIDACHE

Une autre idée, à présent ! après les dépenses qu'ils y ont faites I

MONSIEUR BIDACHE

Elle, ne demanderait pas mieux.

* MADAME BIDACHE

Hais il faut qu'elle fasse la volonté de son mari. C'est comme vous; quand vous m'avez fait quitter mon logement de la rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur.

MONSIEUR BIDACHE

On n'y voyait pas clair en plein midi.

MADAME BIDACHE

Cela aurait dû vous être parfaitement égal, vous qui, la plupart du temps, ne rentrez à la maison que pour vous coucher. Moi, je m'y plaisais dans cet appartement, et beaucoup ; enfin j'y avais mes habitudes, et vous savez, monsieur Ferlé, ce que c'est que les habitudes?

MONSIEUR FERLÉ.

Oui, madame, une seconde nature.

MONSIEUR BIDACIIE.

Ta sœur ne vient-elle pas dîner aujourd'hui à la maison?

Je n'en sais rien.

MONSIEUR BIDAGHE.

Il me semblait que c*élait une chose arrêtée entre elle et toi?

MADAME BIDAGHE.

Il me semble plutôt que tu veux aller dîner en ville, et que c'est un biais que tu prends pour arriver à tes fins, une malice cousue de fd blanc.

MONSIEUR BIDAGHE.

Quelle idée !

MADAME BIDAGHE.

Mais à quoi bon toutes ces cachoteries ? Tu sais bien, mon pauvre homme, que toutes ces finesses-là je les ai toujours devinées.

MONSIEUR BIDAGHE.

Je t'assure...

MADAME BIDAGHE.

Je t'assure aussi que je ne m'y laisse plus prendre.

MONSIEUR FERLE

Je me vois forcé de vous quitter.

MONSIEUR BIDAGHE.

Vous partez, monsieur Ferlé?

MONSIEUR FERLÉ.

11 le faut absolument ; croyez bien que sans cela je fusse resté avec grand plaisir.

Nous vous voyons si rarement !

MONSIEUR BIDAGHE.

Après cela, vous demeurez bien loin.

MADAME BIDAGHE.

Mon Dieu ! ne dis donc pas cela ; monsieur Ferlé, au-

[110 LKS DISKUUS

joiird^hiii, avec les omnibus, il n'y a plus de dislance; c'est une défaite que je n'admets plus.

irfO.NSIEUR FEULÉ.

C'est par discrétion, croyez-le bien, si je ne viens pas plus souvent.

MADAME BIOAGHE.

En voilà une bonne, par exemple! quand vous sivez tout le plaisir que vous nous feites î

MONSIEUR FERLÉ.

Je n'en ai jamais douté.

MADAME BiDACHE.

Et vous avez grandement raison. Ah çà! quand est-ce que nous vous reverrons?

MONSIEUR FERIK.

Le plutôt que je pourrai.

MADAME BIDACHK.

Nous y comptons.

Trop bonne, mille fois l J'espère, monsieur Bidacbe, que vous n'allez pas vous déranger?

MONSIEUR BIDACHK.

(Comment donc !

MONSIEUR FERLÉ.

Autrement je ne remets plus les pieds ici.

MONSIEUR BIDACHK.

Ce serait trop nous punir.

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