MONSIEUR LAM0{7R0C
Quand tu voudras.
MADAME LANOUROUX.
Quand je voudrai, quand je voudrai. C*est-à-dire que si nous donnons tout à notre lille, son mari sera notaire ; si c'est un peu moins, nous aurons un avoué ; je ne vois pas pourquoi nous ne descendrions pas jusqu'au commissaire de police! Je voudrais cependant bien, avant de rien entamer, causer un peu de tout cela avec madame Bonjot, puisque c'est elle qui a emmanché tout ça. J ai aussi mon amour-propre, sans que ça paraisse. D'un autre coté..mais non, décidément ce parti ne me convient pas.
MONSIEUR LAMOUROUX
Tu as dit la même chose du dernier.
MADAME LAMOUROUX
Encore le dernier me souriait-il plus que celui-ci, je Tavais mi an moins! Après tout, qui a empêché que ça se Ht?
MONSIEUR LAMOUROUX
Pas moi.
MADAME LAMOUROUX
Ni moi; ce n'est personne. Les parents étaient communs, c'est vrai ; mais, au bout du compte, ou ne les épouse pas ; quant au jeune homme, sans être ce qu'on appelle un amour, il n'était pas mal, de ces figures dont on ne dit rien ; qu'était-il donc déjà celui-là? je ne m'en souviens plus.
MONSIEUR LAMOUROUX
Marchand de nouveautés.
MADAME LAMOUROUX
C'est ça. Je confondais avec celui dont nous avait parlé
TNK FFLLt: A MARIER 199
M. Béraud, un louche; ii*^tait-ce pas un avocat? on quelque chose d'approchant ?
MONSIEUR LAMOUROUX
Notaire à Provins.
MADAME LAMODROUX.
Je n'en ai pas voulu parce qu'outre qu'il louchait abominablement ; il aurait fallu me séparer de ma fille, et, de fait, je ne m*en souciais pas.
De l'autre, parce qu'il était dans le commerce?
MADAME LAMOUROUX
Vous aimeriez voir votre fille, avec son éducation, dan«i un comptoir? ça vous flatterait, avec les mains rouges et le nez la même chose? pas moi!
MONSIEUR LAMOUROUX
Si elle était heureuse ! . . .
MADAME LAMOUROUX
Vous n'avez guère d'amour-propre ! Qui esl-ce encore qui nous arrive là?
LKS MH'MES, MONSIKIR TIIlKAitU, LA BONNE.
LA BONNE
Monsieur Thirard!
MpNSIEUR LAMOUROUX.
Bonjour, monsieur Thirard.
MONSIEUR THIRARD.
Madame, votre très-humble.
MONSIEUR LAMOUROUX
Prenez donc la peine de vous asseoir
MONSIEUR THIRARD.
Faites pas attention, je ne suis ici qu'en passant ; j étais
bien aise de voir un peu comment vous alliez ce matiii.
MONSIEUR LÂMOUP.OUX.
Et madame?
MONSIEUR THIRÂRD,
Tout doucement. Elle m'a chargé de vous dire un million de choses? Et votre charmante demoiselle?
MADAME LAMOUROUX
A merveille.
MONSIEUR LAMOUROnX.
Nous en étions précisément sur son chapitre.
MONSIEUR THIRARD.
Vous pensez toujours à l'établir?
MONSIEUR LAMOUROUX
Mais il en est question.
MONSIEUR THIRARD.
Vous n'êtes pas sans avoir ouï parler du mariage de mademoiselle Salivet?
MONSIEUR LAMOUROUX
Pas encore.
MONSIEUR THIRARD.
C'est, dit-on, pour la semaine prochaine.
Sitôt !
MONSIEUR LAMOUROUX
Qui épouse-t-elle?
MONSIEUR THIRARD.
Un notaire des environs de Fontainebleau.
MADAME LAMOUROUX
On nous en a proposé un de ces côtés-là.
MONSIEUR LAMOUROUX
L'année dernière.
MADAME LAMOUROUX
Je n'en ai pas voulu.
MONSIEUR LAMOUROUX
Il a de la fortune ce notaire qui épouse mademoiselle Salivet?
MONSIEUR THIRARD.
Ses parents, à ce qu'il paraît, sont fort à leur aise.
MADAME LANOUROUX.
Comme celui qu'on nous proposait.
MONSIEUR THIRARD.
Fils unique, le futur de mademoiselle Salivet, établi depuis trois ou quatre ans ; joli homme, à ce qu'on dit encore; fort au courant des affaires ; il y a cent à parier que son étude vaut le double de ce qu'elle valait quand il a traité.
MONSIEUR LAMOUROUX
Vous le connaissez ?
MONSIEUR THIRARD.
Beaucoup, beaucoup; nous nous sommes rencontrés plusieurs fois.
MONSIEUR LAMOUROUX
C'est vous peut-être qui avez fait le mariage?
MONSIEUR THIRARD.
J'y suis bien pour quelque chose.
MADAME LAMOUROUX
Elle n'est pas jolie mademoiselle Salivet.
MONSIEUR THIRARD.
Beau corps de femme ! surtout très-douce, parfaitement élevée, mi caractère charmant, remplie d'excellentes qua- • lités.
MADAME LANOUROUX.
Une perfection, à ce qu'il paraît.
MONSIEUR THIRARD.
J'avoue que si j'avais un fils...
202 TNE FTLI.K A MARIKK
MONSIEUR LAMOIJROUX.
La position du notaire qu'on nous proposait était exactement la raème.
MADAME LAMOCKOUX.
Plus belle encore! il a>'ait un oncle immensément riche, sans enfants, garçon, (|ui était... quoi donc déjà, monsieur Lamouroux?
MONSIEUR LJLMOUROUX.
Je ne m'en souviens plus.
MADAME LAMOUROUX
Tout cela n'a pu me déterminer, toujours parce qu'il aurait fallu me séparer d'elle.
MONSIEUR THIRARD.
Plus on ira, plus on aura de mal à miiner ses filles, vous verrez.
MONSlRUlt LAMOUKOl X.
C'est mou avis.
MONSIEUR THIRARD.
Quand un parti est à peu près sortahle, on a gciiud tort de le laisser aller.
MONSIEUR LAMOUROUX
Oui, oui.
MADAME LAMOUROUX
C'est souvent aussi faute de s'être donné le temps de réfléchir que nous voyons autant de mauvais ménages.
MONSIEUR THIRARD.
Aujourd'hui, dès qu'un jeune homme a quelques espérances, il a des prétentions à n'en plus finir.
Croyez-.vous donc que des parents qui ont quelque chose n'aient pas aussi les leurs ?
MONSIEUR THIRARD.
Je ne vous dis pas non. Vous avez, par exemple, le fiU Patru, Hippolyle, qui n'est ni beau ni riche...
f'NK FILLK A MAKilCK '2(»3
MADAME LAMUUr.orX.
Tant s'en laut.
MONSIKUK THIRARD.
(ja n'a pas empéclié qu'il a fait un mariaye excellenl, mais excellent, excellentissime ! C'est une magnifique alfaire, une des plus belles, assurément, qu'on ait faites depuis longtemps.