MADAME L A MOL' ROI
Jamais je n'aurais consenti à ce que ma fille s'appehU madame Pati'u .
MONSIEUR THIRARD.
Mademoiselle Fourchât a épousé M. Patru, parce que M. Patru lui convenait ; elle a eu de sa tante, en se mariant, cinquante ou soixante mille francs, vingt mille et tant de ses père et mère ;joignez à cela ce qu'elle aura un jour à la mort de ses parents : je ne vois déjà pas qu'elle soit si à plaindre.
MONSIEUR LAMOUROUX
Elle doit être fort heureuse, au contraire.
(iui vous Ta dit ?
MONSIEUR- LAMOUROUX
Tous ceux qui la conuaissenl.
MADAME LAMOUROUX
Parce qu'une femme qui a le sens commun ne se plaint jamais ; nous avons bien trop d'amour-propre !
MONSIEUR THIRARD.
Mon Dieu! que vous ayez de Tambitiou pour votre demoiselle, c'est bien naturel ; nous aussi nous en avions pour la nôtre, et, en définitive, nous avons été bien heureux de trouver. . . quoi ?. . .
MADAME LAMOUROUX
Un épicier !
204 llNK FILLK A MAlllKn
MONSIEUR ÏIIIRAKO.
Qui l'a rendue parfaitement heureuse ; elle le serait encore si nous n'avions pas eu le malheur de la perdre.
MONSIEUR LAMOUROUX
Son petit garçon va bien ?
MONSIEUR THIRAKD.
Il pousse comme un champignon. J'aurais une seconde fille, que j'en serais débarrassé il y a longtemps.
MONSIEUR LAMOUROUX
Si l'on m'eût écouté...
Mon Dieu ! que ne mariez-vous la votre bien vite? et ne m'en parlez plus. C'est impatientant, à la fin, d'entendre toujours rabâcher la même chose.
MONSIEUR THIRARD.
Si j'ai un conseil à vous donner, c'est de terminer au plutôt, pour peu que le jeune homme vous convienne. Mon Dieu! comme je vous disais, si je n'avais brusqué les • choses, notre fille serait encore à la maison.
MADAME LAMOUROUX
Pauvre niadaine Darbol !
MONSIEUR TIIIRAUD.
Excellente personne!
MADAME LAMOUROUX
Moti Dieu! si elle n'était pas si loin, j'aurais déjà été la voir ; si c'était à Montmartre, j'irais souvent ; mais la* bas, au Père Lachaîse, on y regarde à deux fois.
MONSIEUR THIRARD.
Vous êtes bien bonne. Nous l'avons beaucoup pleurcc, tious la pleurons encore, toutes les fois qu'il en est question. Enfin, je le répète, ce que vous avez de mieux à faire, c'est de ne pas vous endormir sur le mouton; ne lanternez pas, cher ami, ne lanternez pas.
UNE FILLE A MAKlER 205
MONSIEUR LAMOUliUUX.
Nous ne lanternons pas.
MONSIEUR THIRARD.
Que faites-vous donc alors?
Nous devons cependant prendre quelques informations.
MONSIEUR THIRARD.
Prenez-les, et finissez-en.
MONSIEUR LAMOUROUX
C'est bien notre intention.
MONSIEUR THIRARD.
Je vais vous quitter.
MONSIEUR LAMOUROUX
Déjà?
MONSIEUR THIRARD.
Oui, je suis reste plus longtemps que je n'aurais dû le faire... Ah ça! j'oubliais Tessentiel : vous ne parlez pas encore à la campagne?
MONSIEUR LAMOUROUX
Pas encore.
MONSIEUR THIRARD.
Nous voudrions bien vous avoir un jour de la semaine prochaine.
MADAME LAMOUROUX
Quant à moi, je n'ose vous promettre ; j'ai tant à faire d'ici là ! . '
MONSIEUR THIRARD.
Voyons, cependant, convenons de nos faits : quand partez- vous? Soyons francs !
MADAME LAMOUROUX
Mais d'un moment à l'autre.
MONSIEUR THIRARD.
. Vous ne partirez toujours pas avant quinze jours ?
206 UNE FII.LK A MAIUKU
MUNSIKUI'. LAMOURUl'X.
Je lie suppose pas.
MONSIEUR THIKARD.
Eli bien! alors, promettez-moi de venir diiier à la maison .
MADAME LANOUROU.V.
Nous conviendrons de cela .
MONSIEUR THIRARD.
Nous verrons à réunir ce jour-là quelques personnes ; madame Boujot, M. Houry, M . et madame Padavereux avec leur demoiselle ; nous n'aurons pas grand monde, entre nous, ce sera en petit comité.
MADAME LAMOUROUX
M. Lamouroux aura F honneur de vous voir d'ici là.
MONSIEUR THIRARD.
Nous y comptons.
Songez que je ne promets rien.
MON SI EU p. TIIir.ARD.
Tâchez de nous donner une bonne et prompte solution, et n'oubliez pas ce que je vous ai dit relativement à votre demoiselle; croyez-m'en, quand il y a marchand, ne refusez pas la vente... Adieu, madame, de tout mon cœur.
MADAME LAMOUROUX
Bien des choses» à madame Tliirard.
MONSIEUR THIRARD. «
Je n'y manquerai pas. Ne vous dérangez pas, monsieur Lamouroux, ne vous dérangez pas.
MONSIEUR LAMOUROUX
C/esl pour vous obéir.
UNE FIM.E A MARIKH 207
MADAME I.AMOIÎROUX, MONSIEIIB LAMOIIHOUX.
MADAME LAMOURODX.
Enfin î j'ai cru qu'il allait coucher ici.
MONSIEUR LAMOUfiOUX.
Il y a du bon dans ce qu'il nous a dil.
MADAME LAMOUROUX
Laissez donc ! il est béte a manger du foin .