‹ Bourgeois et gens de peuChapitre 5 sur 30 · Dont quatre semaines de mal de mer · texte numérisé non relu

Dont quatre semaines de mal de mer

leur érudition talmudique,- ils avaient infusé Jeur haine ineple de la science et leurs préjugés grossiers aux communautés allemandes, qui n'en avaient déjà pas besoin. Celle de Berlin était à la fois l'une des plus importantes et a des plus rigoureusement orthodoxes. Un jour, un des fidèles fut expulsé par les anciens pour avoir été surpris lisant un livre allemand; un autre fut menacé de la même peine pour s'être rasé la barbe '. » Berlin avait pourtant Moïse Mendelssohn, le doux et éloquent philosophe, apôtre de la tolérance et du progrès, qui venait, nouveau Luther, de traduire en langue vulgaire une partie de la Bible hébraïque; mais les idées libérales de Mendelssohn n'avaient pas encore pénétré la foule juive, et Maimon allait en faire l'amère expérience.

Rien à espérer, d'autre part, des chrétiens. Les juifs d'Allemagne étaient soumis à des lois d'exception, détestés et parfaitement méprisés. C'était le temps oii chaque juif « protégé » par Sa Majesté le roi de Prusse était tenu d'acheter chaque année une certaine quantité de porcelaine, pour faire aller le commerce des chrétiens; il n'y a pas longtemps, on conservait encore dans une famille Israélite de Berlin toute une collection de magots acquis ainsi, volens nolens, pour obéir au règlement. C'était le temps où presque toutes les villes avaient des ghettos, d'où il ne faisait pas bon sortir. Un de nos premiers hébraïsants, qui vit encore, m'a conté qu'il avait été élevé dans le ghetto de Francfort et que les gamins lui

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