Théodore Reinach
jetaient des pierres lorsqu'il en franchissait la frontière. C'était le temps, en un mot, où le Dieu d'Israël n'avait pas encore fait de la joie avec la tristesse, et donné le monde occidental au fils des prophètes pour (( supplanter le badaud qui le persécute, se rendre nécessaire au sot qui le dédaigne ' ». Les temps étaient proches, mais les temps n'étaient pas venus.
A l'époque où notre pauvre philosophe, à la barbe hérissée, se présenta aux portes de Berlin, les mendiants juifs n'étaient pas tolérés dans la ville On fit entrer Maimon dans une sorte d'asile, rempli de malades et de vagabonds, et on lui dit d'attendre en ce lieu la visite des anciens de sa communauté, qui décideraient de son sort. Lui cependant, joyeux et plein de confiance, avise un rabbin, court à lui et s'épanche. Il lui conte sa vie, ses souffrances, ses ambitions, s'ouvre de ses projets, tire de sa poche le précieux commentaire sur la Gabbale et le montre avec orgueil et candeur. Le rabbin encourage ses confidences, puis s'éclipse soudain.
Quelques heures après, Maimon recevait une ration de soupe, accompagnée de l'injonction de quitter Berlin sur l'heure. Il avait été dénoncé aux anciens par son nouvel ami le rabbin comme un hérétique désireux ce d'étendre son instruction », chose a dangereuse pour la religion et la morale », ainsi que le prouvait l'exemple de certains rabbins polonais qui s'étaient livrés aux études profanes et avaient perdu la foi; c'était, du moins, ce qu'assuraient leurs col-