LE NOËL DE JEAN GOL'IN
Que de choses on peut voir par l'imagination dans l'espace d'une seconde, depuis l'Enfant-Dieu sur la paille de la crèche jusqu'au frétillement des boudins dans la poêle de l'experte maman Gouin !
Une seconde... C'est le temps aussi qu'il faut à un périscope de sous-marin pour émerger à la surface. Heureusement qu'il en faut un peu plus au gredin pour lancer sa torpille et replonger ! Celui qui vient de surgir devant Jean Gouin ne devait pas s'attendre à nous trouver là, si tant est qu'il nous ait déjà éventés ; il comptait fêter Noël à sa manière, sans risque, en coulant par cent brasses de fond quelque inoffensif caboteur, un paquebot peut-être, chargé de petites vies innocentes. Car tels sont les ordres de THérode germain...
— Sous-marin droit devant! hurle Jean Gouin dans son cornet.
Le torpilleur a tressailli. Instantanément il démasque son projecteur, qui saisit l'assassin dans sa griffe de lumière. Puis, sûr de la direction, il court dessus et, à 3oo mè-
très, ouvre le feu... Touché! L'obus, crevant la coque, a dû éclater dans le compartiment des machines; l'avant du sousmarin pique en l'air. Un bouillonnement, un remous, et, à la place où s'est enfoncé le forban, une grande nappe d'huile, le mât broyé d'un périscope...
Quelques minutes plus tard, apparaissait la haute silhouette d'un paquebot venant d'Amérique. Le torpilleur lui faisait signe que la route était libre.
Jamais Jean Gouin n'a fêté Noël de si bon cœur.