QUATRAINS
Avez- vous éprouvé cette langueur de l'âme, Cette mélancolie où le cœur attristé Sent ses fibres gémir sous l'effort de la flamme Consumant le captif que l'amour a dompté ?
Hier, je vous aimais, aujourd'hui, je vous aime Et je vous aimerai tant que mon cœur battra. Lorsqu'il ne battra plus, mon âme, ô joie extrême I Libre de toute entrave, en tous lieux vous suivra. .
IMPHOMPTIJ
AL^ DOCTEUR NOEBEET PAFARD, PROFESSEUR DE l'université LAVAL, A l'oCCASION DU QUARANTE-TROISIÈME ANNIVER- SAIRE DE SA NAISSANCE
Dans les fastes de notre histoire, Une année a fait bien du bruit ; Un parti rappelle avec gloire L'an mil huit cent quarante-huit.
Vous naquîtes en cette année, Fertile en hommes éminents.
Qui, devant la Chambre étonnée, Se firent Jupiters Tonnants.
236 BOUTADES ET RÊVEEIES
Vous avez leur intelligence, Leurs nobles aspirations ; Vous avez de plus leur science Et toutes leurs perfections.
Permettez donc qu'on vous souhaite Du ciel les plus heureux présents En ce beau jour de votre fête Et de vos quarante trois ans.
12 Décembre 1892.
ft I ET Mme F.
A M, ET Mme, F.
À l'occasion de leurs noces de cristal
Un jour, en parcourant le chemin de la vie, Vous avez rencontré le sentier conjugal. La route était superbe et vous l'avez suivie En mêlant vos deux voix au concert musical. Car les oiseaux chantaient sur la rive fleurie, De l'amour partagé l'hymne sentimental ; Et le ruisseau jaseur, courant dans la prairie, Égrenait aux échos ses notes de cristal.
Trois lustres bien comptés ont passé sur vos têtes Sans imprimer de ride à vos fronts bien ouverts. Pour quelques sombres jours, combien de belles fêtes ! L'espérance a pour vous des rameaux toujours verts.
J eunes, après quinze ans d'un bonheur sans nuage, Vous gravitez gaîment dans le cycle fatal. Interrompez le cours de votre heureux voyage Pour célébrer ce soir vos noces de cristal.
Que l'avenir vous garde une longue existence. Marchez cœur contre cœur et la main dans la main. Votre bonheur présent, basé sur la constance, Ne peut vous présager qu'un heureux lendemain. L'inaltérable amour, quoi qu'en dise le monde, Est encore après tout le meilleur capital, "Et c'est sur ce trésor que la Parque se fonde Pour vous filer des jours purs comme le cristal.
L'ŒOÏRE n TEiPS
l'oïRE ijy TEMPS
Il est minuit, sur le timbre sonore
A retombé l'implacable marteau.
Le nouvel an nous cache, à son aurore,
D'obscurs destins blottis sous son manteau.
L'aile du Temps, balayant notre sphère.
Aux vieux abus soustrait l'humanité.
O Temps, poursuis le cours de ta carrière
Et fais surgir partout la liberté.
Pour l'avenir tu nous gardes, sans doute, Des maux cruels ; donne-les, s'il le faut. Mais, en revnnche, écrase sur ta route Des oppresseurs le funeste défaut.
244 BOUTADES ET EEVEEIES
Les courtisans d'une clique éphémère Violent les droits de la majorité.
O temps, poursuis le cours de ta carrière Et fais surgir partout la liberté.
Dans ton voyage à travers les espaces, En effleurant l'or pur des blonds soleils. De ton jDassage as-tu laissé des traces Et refroidi leurs cratères vermeils ?
Leur as- tu pris un rayon de lumière Pour éclairer l'homme trop encroûté ?
O Temps, poursuis le cours de ta carrière Et fais surgir partout la liberté.
As-tu trouvé, par delà les nuages.
Un peuple libre assez sot pour vouloir S'encarcaner sous le joug des esclaves.
Et de son rang asph'er à déchoir ?
Il est certain que notre premier père A, dans l'Eden, pour l'esclavage opté.
O Temps, poursuis le cours de ta carrière Et fais surgir partout la liberté.
l'œuvre du temps 245
Depuis ce jour, que d'obsciirs autocrates, Assujettis à des instincts pervers, Ont surchargé de chaînes disparates Et rançonné tous les peuples divers !
Il ont mordu tour à tour la poussière, Ce qu'il en reste est à moitié dompté. O Temps, poursuis le cours de ta carrière Et fais surgir partout la liberté.
Forts de nos droits, nous poursuivions notre œuvre, Comptant marcher de progrès en progrès, Quand d'un tyran l'odieuse manœuvre Vint entraver les pouvoirs des Congrès.
L'an qui finit nous rejette en arrière ; En vain pour nous des martyrs ont lutté. O Temps, poursuis le cours de ta carrière Et fais surgir partout la liberté.
Si l'électeur buvait jusqu'à la lie L'amer poison versé par les hâbleurs.
Les nourrissons du pouvoir qui spolie Sûrs de régner riraient de nos malheurs.
246 BOUTADES ET KEVEEIES
Mais le scrutin oppose une barrière Au froid cynisme, à la duplicité.
O Temps, poursuis le cours de ta carrière Et fais surgir partout la liberté.
Dans quelques mois, la province meurtrie S'échappera des griffes du vautour.
Nos députés, lecteurs de La Patrie^ Gouverneront sans dol et sans détour.
J'offre aujourd'hui mon hommage sincère Aux francs amis de la légalité.
O Temps, poursuis le cours de ta carrière Et fait surgir partout la liberté.
Montréal, 1er Jaaviur 1892.
mil mil