PARDONNEZ
FEAGMENT
En dépit du destin, ma chère, je vous aime. J'aime à le répéter tout bas discrètement. Je vous le dis à vous, je le pense en moi-même, J'éprouve du plaisir à broder sur ce thème. Qui trouble ma pensée et cause mon tourment.
Je voudrais oublier : cela m'est impossible,
Un abîme a disjoint deux cœurs faits pour s'aimer,,
Quand je voudrais vous fuir, une force invincible
Me retient immobile et la joie indicible.
Que j'éprouve à vous voir parvient à me calmer.
L'autre jour, emporté par l'amoureuse ivresse, J'ai voulu vous presser tendrement sur mon sein, Vous avez regretté cette chaste caresse : Vous savez bien pourtant que ma vive tendresse Ne m'a pas inspiré de coupable dessein.
Je vous ai vu pleurer, moi, la douleur dans l'âme. J'aurais voulu me voir au fond de l'océan. Il est toujours cruel d'attrister une femme, Devant votre chagrin, je me jugeais infâme, Et pour vous consoler j'aurais donné mon sang.
Pardonnez à mon cœur cet instant de folie. L'amour irraisonné n'a pas su retenir L'irrésistible élan — Vous étiez si jolie ! — Le Destin — Je le sens à ma mélancolie — Nous sépare ici-bas. Peut-il nous désunir ?
JE «E ÏEOX m LOÏTER.
JE NE ïEyX PAS LUnER
FRAGMENT d'uNE IDYLLE ÉBAUCHÉE.
Je ne veux pas lutter. J'ai vu votre œil, austère Pour mes yeux, s'adoucir en cherchant les regards De mon rival qui peut, à l'ombre du mystère ; Se griser à loisir de vos tendres égards. J'ai vu cela vingt fois. J'ai même osé vous dire Que j'en étais certain à n'en pouvoir douter. Votre orgueil a souffert. Trop bonne pour maudire, Vous plaignez ma douleur. Je ne veux pas lutter.
Je ne veux pas lutter. Pendant la triste scène OCi je vous exposais mes noirs pressentim ents. Vous avez entrepris de consoler ma peine Jurant que vous étiez fidèle à vos serments.
^228 BOUTADES ET REVEKIES
Pourtant, une heure après, vous faisiez la causette Avec l'heureux mortel qui doit me supplanter Dans vos affections. Vous lui faisiez risette Moi je me désolais. Je ne veux pas lutter.
Peut-être riez- vous de ma mésaventure,
Lorsque de votre amour la flamme s'assoupit.
Il m'a dit l'autre jour — ô cruelle torture —
<^u'il me voit dépérir et — sécher de dépit.
S'il connaît mon malheur c'est grâce â vous peut-être.
A l'amant favori cela peut se conter.
Vous en avez trop dit, si vous avez fait naître
Quelque espoir en son cœur. Je ne veux pas lutter.