PAPILLON BLANC
Dans un couloir enfumé, mercantile J'ai, l'autre jour, découvert, voletant, Un papillon qui, de son aile agile.
Exterminait le microbe inconstant.
Le jour baissait. Quand la pâle lumière De trois quinquets au pétrole eut brillé, Je le revis, poursuivant sa carrière, Cherchant partout l'azur ensoleillé.
Je lui parlai : " Pauvre bête éphémère, " Sur tes ébats à peine un jour a lui, " Et tu te meurs ; noirs soucis, peine amère, " Dans peu d'intants pour jamais t'auront fui.
" S'il est de fait que le vaste Empyrée, " Recrute au loin d'innombrables colons, " Tu trouveras, dans la plaine éthérée, " D'autres destins et des rêves plus longs.
" Car tu n'es pas ce qu'un vain peuple pense : " Un Dieu t'a mis des ailes pour voler ; " On peut voler sans ailes, — mais . . . silence. " Un homme vient suhito m'appeler.
" L'homme est parti. Maintenant, bel insecte,, " Tu n'es plus là pour m'inspirer des vers, " Et d'Apollon le docte dialecte " Dresse à mes yeux ses obstacles divers.
" N'étais-tu pas l'enveloppe fragile
" Qu'une âme en peine avait, furtivement,.
" Pu dérober à notre lourde argile
" Pour louvoyer hors de son élément ?
" As-tu rejoint la céleste phalange ?
" Sylphe léger, reviens encor nous voir. "L'enfant naïf, qui te prend pour un ange,, " T'épargnera par crainte ou par devoir.'^
Montréal, ayril 1891.
LA CATHÉORflLE