‹ Boutades et rêveriesChapitre 47 sur 47 · II031ÉO · texte numérisé non relu

II031ÉO

Il tremble le poltron !

Henrion

(A Alphonse et à Charles)

Vous serez mes témoins.

S'il faut se battre ; mais, vous mettrez tous vos soins A trouver un moyen d'arranger cette affaire.

Alphonse

Mais qui vous a fourré dans semblable galère ?

Henrion

C'est un petit roman : Rosine Badazur

Charles

Hein!

Alphonse

Vous dites ?

Henrion

— Rosine.

Charles

En êtes- vous biem sûr ?

Henrion Si j'en suis sûr, pardi, puisqu'elle est ma maîtresse !

314 BOUTADES ET REVEEIES

Alphonse (riant)

Votre maîtrese à vous aussi ?

(A Charles)

Mais la traîtresse Ne vous courtisait- elle pas, bel officier ?

ClIABLES

Elle vous poursuivait aussi, beau financier ?

IIeniuon Je crois qu'à Baladôche elle contait fleurette

Alphonse Et pas un d'entre nous ne l'aimait, la pauvrette !

Henkion

Pourtant, ce Roméo m'a pas mal secoué ; Sans doute il l'aimait mieux que nous.

liosiNE (sortant de sa cachette)

Dieu soit loué !

Je crois que vous avez dit vrai.

Alphonse

Diable !

Charles et Henkion

Rosine !

a trompeuse, trompetjr et demi 315

Rosine

Oui, Rosine plus sage et, certes, pas chagrine

De rompre avec vous tous, lâches diffamateurs !

Tous trois, vous vous donnez des airs de séducteurs,

Et pas un d'entre vous n'occupait ma pensée.

D'un honnête garçon je suis la fiancée.

Dieu merci ! je n'ai pas oublié mon devoir.

J'eus tort d'être coquette et vous m'avez fait voir

Que la femme se trompe en voulant tromper l'homme,

Surtout lorsqu'elle croit qu'il est discret. En somme,

Je vous pardonne à tous, car je sais pardonner.

Je ne flirterai plus. D'autres pour vous berner

Vous cribleront encor d'œillades assassines.

— Le mal a pris chez nous de profondes racines —

L'abus des madrigaux peut être criminel.

Henrion, croyez-moi, renoncez à ce duel.

Heneion

Roméo l'intrépide a donc peur ?

RoMEO (sortant de sa cachette)

Misérable, Je devrais souffleter ta figure exécrable Devant les deux témois à qui tu conseillais D'éviter un combat.

Henrion

Pardon, mais je croyais ....

Romeo

Eh ! bien si tu croyais que j'avais peur, ganache. Battons-nous : tu verras lequel de nous est lâche.

316 BOtrtADES ET REVEftiES

Hexriox

Oh ! moi je ne tiens pas à me battre. Le duel Est un sot préjugé.

Rosine

C'est très spirituel Ce que vous dites là, Monsieur de la Brochette,

Henrion

Je laisse les soldats jouer de la fourchette

Sur leurs semblables : moi, je pique dans les plats.

Romeo

Vous y mettez les pieds, même entre les repas. Mais c'est assez causer. Ilenrion, sans rancune, Je m'en vais de ce pas combler une lacune En fondant un journal orthodoxe et mal fait.

Rosine

Merci de la leçon. Le remède est parfait.

J'abjure le flirtage et la coquetterie

Et, si Roland le veut, demain je me marie.

Alphonse

Quel être fortuné que votre tendre ami !

Romeo

La trompeuse a trouvé trois trompeurs et demi.

FaU-River, 13 septembre 1893.

Page 1