‹ Bouton d'Orient en TunisieChapitre 18 sur 25 · TRAITEMENTS INDIGÈNES ET EUROPEENS · texte numérisé non relu

TRAITEMENTS INDIGÈNES ET EUROPEENS

A titre de simple curiosité il est intéressant de dire un mot des moyens employés par les « Gafsi » ou habitants de Gafsa pour soigner leurs boutons.

Deux «traitements » sont en présence : dans l’un, les indigènes utilisent de la bouse de vache ou des emplâtres de fenugrec (halba) écrasé avec de l'huile; ils se servent aussi d'un oignon cuit sous la cendre, partagé en deux el appliqué sur le bouton.

L'autre traitement, d'ordre plus relevé, est le suivant : il se compose de lavages à l’eau et au savon, de bains dans la piscine sulfureuse de Sidi Ahmed Zarouk, située à Gafsa, et d'applications, sur les ulcères, de cataplasmes de feuilles d'olivier écrasées ou mâchées.

Enfin, pendant toute la durée des clous, les Arabes, comme dans nombre de maladies, mangent du chien et font une consommation énorme de cresson. .

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La diversité des traitements européens est grande, el l’histoire de la thérapeutique du clou de Gafsa peut être, à notre avis, divisée en deux périodes :

1° Avant la méthode au permanganate de potasse porphyrisé employée par le D' Benoit dès 1906, décrite longuement dans plusieurs publications parues en 1907.

2° Depuis l'emploi de cette méthode.

[. — Les médecins militaires venus en Tunisie au début de l'occupation se plaignent qu'aucun traitement ne leur donne des résultats satisfaisants. Ils essayent, sans grand succès, l'extirpation du bouton initial, les cautérisations au nitrate d'argent, la teinture d’iode à des ütres de concentration variable, l'iodoforme, l'acide phénique au 1/10, les mercuriaux (emplâtre de Vigo), l'occlusion au collodion sublimé ; mais le traitement qui leur donne le plus de satisfaction semble être l'application de cataplasmes émollients destinés à faire tomber les croûtes, suivie de la cautérisation au fer rouge.

Il. — M. le docteur Marcel Benoit, médecin de colonisation à Gafsa, dans son travail paru en 1907, met au point la question de la thérapeutique du bouton du Sud Tunisien, basée sur l’examen d’une centaine de cas. Après avoir, comme ses prédécesseurs, essayé tous les traitements connus jusqu'alors, lPextirpation du elou pris au début, les cautérisations, les antiseptiques de toute nature, les pansements protecteurs, qui tous ne lui donnent que des déboires et ne modifient pas l'évolution du bouton, Benoit, frappé de la ressemblance de certains clous de Gafsa avec les ulcères cutanés de la tuberculose, a l'idée de recourir au permanganate de potasse, utilisé fréquemment dans cette dernière affection.

La méthode dite « de Benoit» est la suivante: Dès que la croûte superficielle recouvrant l'uleération est tombée,

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il saupoudre la perte de substance mise à nu avec du permanganate de potasse porphyrisé. Au début, le malade éprouve une sensation de chaleur parfois désagréable, mais qui disparaît rapidement. Benoit recouvre chaque clou d'un pansement sec. Au bout de huit jours généralement, l’on observe que, sous la croûte noire, due à Ja réduction du permanganate, les lésions sont en bonne voie de cicatrisation. À ce moment, il pratique une nouvelle application plus abondante de permanganate, qui détermine une sensation de chaleur plus pénible que la première. Après une semaine, il substitue au permanganate une solution au 1/10 de bleu de méthylène à l’aide de laquelle il badigeonne largement les ulcérations, qui au bout de quinze Jours sont le plus souvent cicatrisées.

Benoit, qui depuis 1906 a toujours employé cette méthode de traitement, n’a pas observé un seul insuccès ; nous-même l'avons essayée sur une forme croûteuse, datant de deux mois, et qui a rétrocédé complètement en une semaine.

Le malade éprouva, au début de l'application du permanganate de potasse, de très légers picotements qui disparurent du reste au bout d’un jour.

Actuellement le traitement local, le meilleur, du clou de Gafsa est le suivant :

1° Lorsqu'il s’agit de lésions très récentes, datant de deux à sept jours, on ouvre les pustules pour évacuer leur contenu, puis on cautérise au nitrate d'argent pur ou mieux avec la pointe fine du thermocautère, et on termine par un pansement see au dermatol où au traumatol.

2° Quand les lésions sont plus avancées, et c'est l’immense majorité des cas observés, on débarrasse la plaie des croûtes qui la recouvrent et on la soupoudre abondamment d'une épaisse couche de permanganate de

potasse porphyrisé. On laisse se former la croûte noire due à la réduction du permanganate. Si la cicatrisation, au bout de huit jours, n'est pas suffisamment avancée, on applique à nouveau une couche épaisse de permanganate. Dans les deux cas on termine par un badigeonnage de lulcération à l'aide d'une solution de bleu de méthylène au !/,,.

La méthode de Benoit amène la guérison du clou dans un délai variant de 8 à 36 jours.

A côté du traitement local, il est bon de prescrire l'iodure de potassium, à la dose de O gr. 50 par jour, qui produit des effets particulièrement heureux dans les formes phagédéniques ; l'usage exclusif d'eau minérale ; la suppression de tous les aliments excitants, des condiments, des viandes rouges, de l'alcool. Il est bon de recommander les plus grands soins de propreté, et les bains d'amidon prolongés donnent des résultats appréciables. Il faut, enfin, interdire au malade d'enlever les pansements qui recouvrent ses clous, afin d'éviter que, par le grattage, il n'en survienne d’autres par auto-moculation.

Au cas où l’on serait en présence de formes particulièrement rebelles, il conviendrait de relever l'état générai et de prescrire un changement de climat.

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