ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Il'est regrettable que l'étude de l'anatomie pathologique du clou de Gafsa n'ait pas encore été faite ; il y a là une lacune à combler.
Toutefois, pour être complet, nous rappellerons les descriptions histologiques du bouton d'Orient en général.
Plehn notamment a publié en 1905 une bonne monographie du bouton d'Orient, basée sur l'examen de diverses préparations faites par Herxheimer, de Francfort, et provenant d’un Allemand qui avait contracté l'affection en Mésopotamie.
« L'épiderme était sain dans les parties où il était conservé; les papilles étaient un peu hypertrophiées. Dans l'épaisseur de la peau on trouvait des amas cellulaires plus ou moins volumineux, abondants surtout autour des glandes sudoripares et des gaïnes des poils.
» L'infiltration cellulaire est formée en partie de petites
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cellules rondes munies de noyaux intensément colorés, arrondies, polygonales ou allongées, en partie des cellules plus grandes et semblables à des plasmazellen. La coloration par le crésyl-violet met en évidence de grandes cellules polymorphes, isolées, pourvues d'un protoplasma rempli de grains rouges et d'un noyau peu coloré, allongé, polygonal. Cette description correspond aux matzellen. Les leucocytes polynucléaires sont peu nombreux.
» Il ne paraît y avoir ni cellules géantes, ni parties nécrosées. Partout, dans les‘zones infiltrées, on voit de grands amas de cellules endothélioïdes. Leurs limites ne sont pas toujours nettes ; leurnovyau estvolumineux, ovale, peu coloré, et possède un petitkaryosome. Par endroits, ces cellules sont rangées en séries et montrent bien alors qu'elles sont de véritables cellules endothéliales des capillaires. L'infiltration de cellules rondes s'avance souvent jusque dans les tissus sous-cutanés, mais elle v est moins dense.
» Partout dans les zones infillrées, mais seulement en ces points et augmentant en épaisseur vers Ja surface, on aperçoit déjà à un faible grossissement des amas de corpuscules arrondis d'un diamètre de Ty à 14 5 et disséminés entre les cellules rondes. À un grossissement plus fort, avec un objectif à immersion, on voit que ces corpuseules sont en partie englobés dans des cellules épithélioïdes dont les noyaux paraissent quelquefois repoussés latéralement. Ces corpuscules sont euxmêmes formés d'une masse de chromatine arrondie ou allongée et intensément colorée et d'une autre masse d'aspect protoplasmique, deux ou trois fois plus grosse, de forme assez variable, faiblement colorée au centre, plus intensément au bord, de façon à prendre parfois la forme d’un anneau. Avec un bon éclairage, on peut sou-
EU) 2 vent voir aussi une autre granulation très petite, très fortement colorée, arrondie ou allongée, qui peut être accolée à la grosse granulation ou être placée à la périphérie de l'anneau. Le tout semble quelquefois entourer une sorte de vacuole ovale ou arrondie, peu ou pas colorée. »
Les Leishmania, agents du bouton d'Orient, sont donc localisés dans des cellules d'origine endothéliale.
Jeanselme a eu l’occasion de faire l'étude histologique d'un clou de Biskra. Contrairement à ce qu'a vu Plehn, il a constaté un épaississement notable de toutes les parties constituantes de l’épiderme. Il y a, ditl, « hyperacanthose », c'est-à-dire un épaississement de tout le: corps de Malpighi; l'épiderme est partiellement transformé en matière cornée, le stratum lucidum est considérablement hypertrophié (parakératose). Cet épaississement est dû à un œdème intracellulaire et interstitiel. Au niveau de la zone sous-épidermique on remarque de petits îlots de nécrose : au centre et à la périphérie de ces ilots, Jeanselme a décrit des cellules géantes de deux formes différentes : les unes ont d'énormes noyaux bourgeonnants indivis, les autres des noyaux multiples, ordonnés à la manière des noyaux des cellules géantes des tissus tuberculeux. Les cellules à noyaux bourgeonnants sont de taille considérable, égales à celles des mégakaryocytes de la moelle osseuse. Les cellules géantes à noyaux multiples dérivent des premières.
A côté du processus de nécrose il existe un processus inflammatoire qui se traduit par des réactions de l’appareil conjonclivo-vasculaire et par la diapédèse. Les capillaires sanguins sont bourrés de globules rouges et certains renferment des leucocytes polynucléaires en plus grand nombre qu'à l'état normal. Les capillaires lympha-
tiques sont énormément distendus. L'endothélium prolifère au point d'oblitérer complètement les vaisseaux en certains points. Il y a donc un processus de capillarite oblitérante.
En résumé, le bouton d'Orient présente les lésions suivantes : |
Au centre, nécrose de coagulation, autrement dit dégénérescence fibrinoïde des faisceaux collagènes et des protoplasmes des cellules conjonctives avee conservation de leurs noyaux ; désintégration des éléments libres, mononucléaires, polynuciéaires et globules rouges.
Autour des foyers de nécrose, tissu conjonctif en réaction.
Plus en dehors, troisième zone, constituée par des infiltrats cellulaires où prédominent les mononucléaires non granuleux sur les leucocytes granuleux (neutrophiles, éosinophiles, mastzellen).