‹ Bouton d'Orient en TunisieChapitre 5 sur 25 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

ETIOLOGIE

Les causes du clou de Gafsa sont, il faut le reconnaître, des plus obscures, et ne peuvent être données que comme hypothèses scientifiques rationnelles mais non certaines.

Les Arabes ineriminent depuis longtemps l'ingestion des dattes, des figues, des grenades, les piqûres de palmier et surtout l'usage des eaux de Gafsa ; ces diverses hypothèses ne valent pas la peine d’être discutées, ear bon nombre d'individus sont atteints de clous de Gafsa sans avoir consommé les fruits précédents, sans avoir été piqués par une branche de palmier ; quant à attribuer à l'affection une origine hydrique, il n'y faut point songer. Weber avait émis l'hypothèse que les matières salines en excès dans l’eau potable pouvaient donner lieu à des concrétions calcaires des glandes sudoripares, qui étaient le point de départ du clou de Biskra. Cette théorie a été

op es battue en brèche par Laveran; d'après lui, l'eau, qui est chlorurée dans tout le Sud algérien et tunisien, n'est pas la cause du clou, puisqu'on n'observe celui-ci qu'en certains points bien déterminés. Du reste, beaucoup d'habitants de la région de Gafsa ne consomment que des eaux minérales qu'ils emploient même pour leur Loilette, et cependant ils ne sont pas épargnés par la désagréable affection. Les médecins militaires, venus au début de l'occupation de la Tunisie, ont fait Jouer un grand rôle à la chaleur et à l’anémie qu'elle engendre. Ils ont émis l'hypothèse d'un parasite piqueur, se basant sur l'apparition du clou sur les parties découvertes du corps. Ils ont constaté que le siège de l’éruption était, dans un grand nombre de cas, celui qui avait été soumis antérieurement à un traumatisme léger, comme une piqûre ou une écorchure.

Celle manière de voir est du reste celle de Laveran, qui admet que, dans les pays chauds, toute plaie exposée à l'air peut être contaminée par les germes pathogènes les plus variés, notamment les mouches, et engendrer un bouton d'Orient.

Est-il possible de parler de causes prédisposantes de l'affection? La chaleur, lanémie des pays chauds, une conslitulion spéciale de l'individu, telle que le lymphalisme, favorisent peut-être le développement du clou de Gafsa; mais il faut bien reconnaître que ces facteurs sont de peu de valeur, car les gens les mieux portants sont atteints. Les notions d'âge et de sexe ne jouent aucun rôle; peut-être, ainsi qu'il a été dit dans le chapitre précédent, les Indigènes sont-ils plus épargnés que les Européens. La profession est un élément dont il faut tenir compte d’une façon tout à fait indirecte, en ce sens

que ceux qui sont le plus atteints habitent dans le voisinage immédiat d’un point d'eau, de l’oasis elle-même.

La cause prédisposante la plus importante est certainement l'influence saisonnière : le clou de Gafsa apparait toujours en automne pour disparaître au printemps, el tous les médecins du Sud Tunisien savent qu'on l’observe surtout à partir de la fin du mois de septembre jusqu'en mal.

Mais quel est le vrai facteur, quelle est la cause déterminante de l'affection? Si elle reste obscure, il faut reconnaître que la découverte de la nature du parasite du bouton d'Orient par Wright en 1903, retrouvé dans le clou de Gafsa en 1905 par C. Nicolle, à jeté un grand jour sur cette question.

Le fait que l'on observe le clou de Gafsa sur les parties découvertes du corps, le fait qu'on le trouve dans des quartiers bien déterminés de la ville de Gafsa, et dans des endroits où l’eau séjourne constamment, permettent d'attribuer l'affection à un insecte piqueur. |

À l'appui de cette assertion l’on sait que les piroplasmoses animales, la plupart des trypanosomiases, le paludisme, les spirilloses, la fièvre jaune sont transmis par piqûres d'insectes. Il est, de plus, de notoriété publique à Gafsa qu'il existe des « maisons à clous », surtout dans les environs de la piscine chaude. L'ancienne poste, de même, est une maison à clous, et la plupart des employés européens qui y ont séjourné ont été atteints. D'autre part, Billet à constaté qu'une espèce de moustique, une anophéline, le « Pyretophorus Chaudôyei », avait une aire de dispersion toute particulière (oasis de Touggourt), d'Ouargla et d'El Goléa), correspondant exactement à celle du clou de Biskra. En raison de la latilude identique de Biskra et de Gafsa, l’on peut supposer que le « Pvre-

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tophorus Chaudoyei » joue un grand rôle dans l’étiologie du clou de Gafsa. Cet insecte a, du reste, été trouvé par Comte, en 1907, sur la côte orientale de la Tunisie, à Djerba.

Certes, l'hypothèse du moustique engendrant l'affection étudiée n’est pas prouvée scientifiquement ; 1l est intéressant, cependant, de constater que la plupart des sujets atteints de clous se souviennent d'une façon fort nette avoir été piqués à l'endroit où, quelques jours plus tard, est apparu un bouton. Il faut reconnaitre, d'autre part, que des individus atteints n'avouent avoir été piqués, ni par la puce, que certains auteurs ont incriminée, ni par le moustique.

Quoi qu'il en soit, il est vraisemblable que le moustique est la cause déterminante du clou de Gafsa; c’est du moins l'hypothèse scientifiquement la plus rationnelle qu'il est légitime de déduire des faits d'obervation pratique signalés précédemment, qui sont, en résumé :

Le siège de prédilection du clou de Gafsa sur les parties découvertes du corps ;

Son apparition à certaines époques de l’année ;

Sa localisation dans certaines villes, certains quartiers, certaines maisons dites « à clous », situés dans le voisinage de points d'eau abondamment fréquentés par les anophèles ;

La distribution géographique de la dermatose de l'Afrique du Nord coïncidant avec l'aire de dispersion du Pyretophorus Chaudoyei signalée par Billet et Comte.

Une fois que l’on aura déterminé d'une façon précise linsecte piqueur qui est l'agent provocateur du clou de Gafsa, il restera à fixer suivant quelle modalité se fait la contamination. |

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