‹ Bouton d'Orient en TunisieChapitre 4 sur 25 · FRÉQUENCE ET RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE . EN TUNISIE · texte numérisé non relu

FRÉQUENCE ET RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE . EN TUNISIE

Il a été donné aux premiers médecins venus dans le Sud Tunisien d'assister à de véritables épidémies de clous de Gafsa : d'octobre ISS2 à mars 1883, notamment, le quart de l'effectif de la garnison de Gafsa est atteint de l'affection, « rebelle à tous les traitements », disent les rapports sanitaires de l'époque. Jusqu'en 1858, la dermatose, quoiqu'en voie légère de rétrocession, reste très fréquente. Elle diminue considérablement durant les années 1888, 1389, 1890 et 1891. En 1892, au poste d'EI Guettar (point d’eau situé à 16 kilomètres au sud-est de Gafsa), l'effectif tout entier, composé de 15 hommes, est atteint.

Depuis cette époque jusqu'en 1909, une seule épidémie de clous de Gafsa est observée ; apparue en 1904, elle sévit encore à El Guettar parmi les fusiliers de la compagnie de discipline.

Tous les médecins de la région, principalement ceux de Gafsa et de Metlaoui, observent tous les ans quelques cas de bouton d'Orient, mais ils constatent des fluctuations numériques sensibles : il v a, a dit l'un d'eux, « des années à clous », tandis qu'inversement, de septembre 1908 à mai 1909, par exemple, il a été observé peu de cas à Gafsa même et à la station minière de Metlaoui, où le bouton d'Orient est endémique.

Dresser une statistique précise de l'affection est évidemment bien illusoire, car si les Européens n'hésitent pas à faire appel aux soins des médecins, il n’en est pas de même des Arabes qui se préoccupent fort peu de leurs « boutons », d’autant que ceux-ci sont le plus souvent indolores ; ils attendent, avec leur sérénité philosophique habituelle, leur guérison spontanée. Les indigènes, il ne faut donc pas l'oublier, ne viennent consulter les médecins que si leurs clous présentent une gravité exceptionnelle.

L'on ne peut donc établir, concernant la fréquence de celle dermatose, que des données fort approximatives : dans l’ensemble, les médecins exerçant à Gafsa et à Metlaoui ont soigné, tous les ans, en moyenne de dix à vingt Cas.

Les notions d'âge, de sexe, de profession, ne semblent avoir aucune Influence en ce qui concerne la fréquence de la maladie endémique. L'on cite des enfants de quelques mois atteints de cette affection aussi bien que les vieillards ; hommes et femmes lui payent un tribut égal : les Européens aisés, prenant les plus grands soins de propreté et ne consommant que des eaux minérales, sont sujets au clou de Gafsa, aussi bien que les nomades des «douars », couverts d’acares et vivant dans la saleté la plus repoussante. Cependant, si l’on pouvait faire un

SA US pourcentage exact des cas observés, l’on trouverait que les Européens sont sensiblement plus atteints que les Arabes, d'autant que les nègres semblent jouir d’une cerlaine immunité naturelle.

S'il existe des foyers endémiques de clous de Gafsa, il n'en est pas moins vrai qu'il est possible d'observer cette dermatose sur d'autres points de la Régence que l’on peut relier géographiquement à l’oasis de Gafsa, notamment Sousse et Gabès: des charretiers indigènes, dits «<arabatiers », partent de Gafsa, atteints de boutons, et, suivant ies hasards de leurs pérégrinations, se rendent dans d’autres localités, et c’est ainsi que l'on a tendance à abuser de lexpression de clou de Gafsa et à affirmer que cette affection n'a rien d'endémique, qu'on l’observe partout.

Ilest au contraire possible de délimiter géographiquement « la région du clou de Gafsa ». Si les Arabes ont donné à laffection le nom de « mal des dattes », il faut retenir de leur observation que l'idée du clou de Gafsa est intimement liée à celle des oasis, à celle des îlots de verdure où l’eau coule abondamment.

EL pourtant toutes les oasis lunisiennes ne sont pas sujettes à cette affection; si on l’observe dans celle de Gabès, elle n’y est pas endémique, et les cas que l’on peut y trouver s'expliquent par le transport à distance.

Le fover-type du clou de Gafsa est loasis de Gafsa elle-même, ainsi que les oasis annexes d'ET Ksar et d'El Leila. 11 s'étend à l'Est vers le point d'eau d'El Guettar, qui semble être particulièrement favorable à l'éclosion du clou, et vers l'Ouest jusqu'à la ligne Feriana-Ras el Aioun, les gorges du Seldja-Metloui et Tamerza. Fait digne d'attirer l'attention, ces diverses localités sont comprises dans une zone dite «zone des oasis de montagnes »,

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qui constitue, entre les 32° et 35° degrés de latitude Nord, une bande de territoire étroite située entre la zone méditerranéenne, dénommée par C. Nicolle «Afrique mineure » et la zone sous-jacente des «oasis sahariennes ».

Tozeur, Nefta, le Djerid en général, ne semblent pas être, comme l'avaient cru Depéret et Boinet, en 1881, des foyers de clous de Gafsa.

En résumé, nous concluons qu'il existe réellement une contrée que l’on peut dénommer «région du clou de Gafsa », et que, si cette dermatose a été observée dans d’autres localités, elle n’y est pas endémique et doit être attribuée à un séjour antérieur dans la région de Gafsa où à une contagion directe ou indirecte.

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