‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 112 sur 128 · À M. ALEX. DUMAS · texte numérisé non relu

À M. ALEX. DUMAS

Je souscris pour un franc à ce fameux volume Où tant d'esprits divefs ont exercé leur plume; Et^ tout en achetant mon droit de souscripteur, Je me réjouis fort de n'en point être auteur. Faire des bouts-rimés n'est pas chose facile : La rime à chaque vers vient gâter votre style. Dépeint-on de Dumas Tair bon, affectueux, A l'instant môme il faut enchâsser orgueilleux. Admirant ce génie au talent sympathique, Si Ton veut bien lui dire qu'on en est fanatique, Que son esprit charmant sait ravir votfe cœur, Et que lui seul enfin fait tout votre bonheur. Au moment de risquer : « Cher Dumas, je t'adore I » Vous vous voyez contrainte à mettre : « Je t'abhore ! » Laissons donc là ces mots qui, pour vous agacer, Sans cesse au bout du vers, cherchent à se placer ; Et, puisque nous voici seul à seule, Alexandre, Écoutez un conseil auquel il faut vous rendre : Toujours vous vous blâmez d'être dissipateur; Vous êtes, selon vous, fort peu calculateur.

Pourquoi vous plaignez- vous, pourriez-vous mo le dire ?

D'un aimable défaut que tout le monde admire ?

Est-ce un si grand malheur d'ôtre né généreux?

Doit-on se repentir de faire des heureux ?

Que vous rapporterait beaucoup de prévoyance?

!N'étes-vous pas toujours au sein de Tabondance?

Vous avez tous les dons de l'esprit et du cœur;

Vous êtes riche assez, certes, pour un auteur.

Maintenant, venons-en à parler de votre âge.

Vous vous trouvez vieilli d'idées et de visasse...

Quel âge avez-vous donc, pour vous dire si vieux ?

Les autres, par bonheur pour eux, n'ont pas vps yeux.

Un homme, ainsi que vqus, taillé comme un Hercule,

N'avance vraiment pas dans la vie, il recule.

Mieux que tout autre, il peut dissimuler les ans,

Et rire dans sa barbe, à la barbe du temps.

Votre esprit est encore dans toute sa puissance :

Le savoir , la pensée, la vaste intelligence,

Tout enfin est chez vous au fort de la vigueur.

Suivant moi, vous plaindre, c'est là manquer de coeur.,,

Manquer de cœur! Je crois que ce terme vous blesse...

Pardonnez, cher Dumas, la divine sagesse

Vous a prodigué tout. Sa libérahté ^

Vous conduit pour jamais à la postérité.

Or, vous croire encore pauvre avec tant d'abondance,

C'est manquer, je le dis, à la reconnaissance.

Votre âme si robuste a su profondément.

Dans un semblable corps creuser son logement.

Pourtant, puisque à la mort chacun doit se soumettre.

Quand votre aimable fils, en surpassant son maître,

Sera mieux que vous-raôme Alexandre le grand,

Un énorme colosse, un immense géant,

Partez, sublime esprit, quittez ce triste monde,

Allez goûter au ciel, dans une paix profonde,

Le prix de vos bienfaits au sein du créateur.

Le seul qui, plus que vous, est un divin auteur ;

Et nous tous, ici-bas, sur une tombe chère.

Pour flatter, par ces mots, un noble orgueil de père,

Nous lirons, au milieu des pensées et des lis :

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