MON APOLOGIE
J'ai seize ans, des yeux bleus, et je suis une femme.
Et digne, je le dis, du grand Catilina,
Car, certe, autant que lui, j'ai toujours eu une âme
Qui devant le danger jamais ne fouina.
De lui j'accepterais rendez-vous dans \di jungle,
Plutôt qu'en son palais celui d'un citoyen
Qui n'a que le souci de se bien tailler Yongle
Et qui se donne en fat, pour n'être qu'un païen.
Je n'en fais pas plus cas que d'une mirabelle,
Tandis qu'avec Sophie j'adore Mirabeau;
Et, quoiqu'à la rigueur, je ne sois pas irës-belle.
Je suis digne, je crois, d'allumer le flambeau.
Sans avoir des passions autant que YOrestie,
Ni des admirateurs autant que Gabrio,
Ni ce qu'on lui admet, la juste repartie.
Mais de mes qualités je ne fais pas agio,
Et je préférerais ne manger qu'une figue,
Et jamais jie goûter au succulent faisan.
Qu'entrer avec la biche en l'éternelle ligue,
Pour avoir un duchés fût-ce le parmesan;
Ainsi qu'il est plus doux de croquer la noisette
Avec le bien-aimé, que baffrer un pâté,
Pour la gentille enfant qu'on nomme la grisette
Et qui, de tout temps, a ri de l'âue bâté,
Amélie Brousset.
Je veux, pour contenter ma femme^
Non pas avoir Catilina^
Mais ce qui plaît tant à son âme^
Ame qui jamais ne fouina :
C'est ce livre et non une jongle
Que pour un franc, grand citoyen^
Vous donnerez rubis sur V ongle
Au souscripteur juif ou pdien.
Je n'aime pas la mirabelle^
Mais j'admire dans Mirabeau
Cette éloquence toujours belle.
Vive et claire comme un flambeau.
J'aime tout dans votre Orestie;
Mais je préfère à Gabrio
Votre fine et gaie repartie.
Et je déteste l'agio.
Votre livre sera la figue
Qui me vaudra mieux qu*un faisan.
Des vers je préfère la ligue
Au fromage de parmesan.
Mes vers ne valant pas noisette,
Faites-en l'étui d'un pdté^
Des papillotes de grisette.
Disant que je suis né bâté.