PAR UNE GRISETTE
Je suis bêtasse et je suis femme,
Mais comme cœor je vaux un CaJtHÀnm ;
L'on dit de moi que j'ai graud'om^.
Mais trop souvent elle fomna.
Faut-il pour ça me mettre en jungkf
Monsieur Dumas, s^yez bon citoyen.
Ne m'ëgratignez pas du plus long de votre. ûn§lû
Si mes vers sont mauvais : soyez bon jmen.
Soyez doux pour moi comme une mirabelie.
Si je pouvais avoir le style de Mirabeau
Lorqu'il écrivait à Sophie la belle.
Et que la muse lui tenait le flambeau.
Je ne serais pas jalouse d'Orestie,
Je ne craindrais pas le charmant (}abri&\
Mais heureusement comme repartie.
Je m'entends assez bien sur l'o^to.
Je n'ai jamais aimé la fîgue.
Je ne connais pas le goût du faisan:,
Contre moi tout italien se ligue,
Ce qui ne m'empêche pas d'aimer le parmesan.
J'aime le homard, les marrons, lanneisettê
Je ferais des folies pour manger du- pâté.
Franchement, M. Dumas^ réponse à la. grisêU&.
Est-elle aussi béte qu'un âne bâté.
TÉTER la juive.
TOUT PECHEUR... DE VERS, MISÉRlCORDElI!
Si de. soa temps, j'eusse été.ûUe ou, femme,
Combien eussé-je aimé le grand CatUmaj
Peu pour le corps, mais grandement pour Vâme
Qui devant le danger ni la mort ne fouinât
De nos jours aux écus Ton jongle^
Et l'on voit plus d'un citoi^eii
Aimer mieux se gratter uft ongle^
Qu'aller battre ou turc ou paien.
Siècle léger I... Seule une mirabell^j
Près des lettres de MiraheoMy
Gagnerait revanche et la belle :
Frivolité tient le flambeau^
De Dumas on a VOrestie,
Romans charmants de Gabrio;
Eh bien!... très-piètre repartie
En fait aujourd'hui grand agio.
Le chardon plaît plus que la figure.
Le vil.corbieau qu'au beau /aûan,
La brusque boxe à franche ligue,
Le lait caillé que parmesan^
Le gland de chêne que noisattei,
Jambon salé que fin pâté.
Plus léger que folle griseite^
L'esprit du^jour est mal bâU.
oo«
Moi, j'aime à contempler la pudeur dans la femme Comme dans Cicéron contre Catilina, L'éloquence qui va jusques au fond de Vâme.
J'aime à voir un héros qui jamais ne fouina, Hardi dans son carré comme un tigre en sa jungle; J'aime le bon soldat, et le bon citoyen; J'aime un homme bien fait jusques au bout de V ongle, Fût-il juif, turcoman, chinois^ nègre ou païen; Dans l'or ou dans l'argent j'aime la mirabelle, Et les sublimes traits que lance Mirabeau; J'aime une jeune fille alerte, douce et belle, Des vertus si son cœur est le iporie-ftambeau ; J'aime les bouts-rimés, Dumas, ton Orestie, Méry, tes vers charmants, la tendre Gabrio; Que la louange entre eux toujours soit repartie; L'esprit, encor l'esprit, c'est là leur agio. J'aime dans un repas les tons verts de la figue, Mais quand j'ai savouré quelque aile de faisan; A table, tant qu'on veut, j'aime que l'on se ligue. Pour sabler le Champagne autour d'un parmesan; Qu'on y casse un biscuit, et la franche noisette. Ou la tranche dorée à l'angle d'un pâté; Seulement pour rimer, j'aime aussi la grisette Chevauchant quelque part sur un âne bâté.
E. Bernay.