AMOUR DE COLLÉGIEN
Je suis en rhétorique, et j'adore une femme.
Hier, débarrassé de mon Catilina, J'allai lui dévoiler le secret de mon âme; Alors, avec des yeux fins comme une fouine a. Elle me dit : « Écoute il paraît que tu jongles, Fort bien avec la rime, ô lettré citoyen ; Remplis ces bouts-rimés sans te ronger les ongles, Et je donne un baiser. » D'abord^ comme un païen Je jurai, mais voyant son teint de mirabelle, Ses cheveux plus épais que ceux de Mirabeau, Et certain air fripon : « Phébus, elle est si belle ! M'écriai-je, oh I descends allumer mon flambeau, » Pour chasser le penser sanglant de VOrestie J'invoquai ton doux nom, charmante Gabrio, Mais, ô rimel ô raison! je fus sans répartie, Quand je le vis sourire à Taride agio, « Mon marché ne vaut pas ma foi, dis-je, une figue; Moi, chasseur je devrais rendre Tarme au faisan : Méry de pareils mots peut seul rompre la ligue. Laissons au bout du vers moisir ce parmesan.
Et viens voir si Ton a laissé quelque noisette Dans le petit bois vert. Emportons un pâté Et du vin ; nous rirons, ma petite grisette I » — « Allons donC; reprit-elle, ô gros âne bâté. »
E. B. Au Havre.
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J'aimerais, avant tont, miB snperbe femme,
Eût-elle même un cœur à la Catilina ;
Dussé-je me damner le corps ponr elle et Vâme,
Je n'imiterais pas Joseph qui fouina
Devant la Putiphar comme un homme qui jongle j
Abandonnant son frac en triste citoyen,
Et saurais affronter de la lionne Vongle
En fort bon catholique ou me ferais 'paien.
Aux palais délicats laissant la mirabelle,
Je préfère et j'admire un brillant Mirabeau,
Quand, drapé dans son droit, sa voix sonore et belh
Fait de la liberté scintiller le flambeau,
Pilade est né, je crois, pour créer POrestte ;
Par Dumas, Gabrielle enfanta Gabrio ;
Il prête son esprit, sa fine repartie
A mille et un lecteurs sans le moindre afjio.
Que j'aimais à vingt ans savourer une figue.
Après avoir fêté le parfumé faisan,
A faire le frondeur, chercher noise à la ligue,
Et sabler le Champagne, après le parmesan ;
A croquer un cochon, un Reims, une noisette,
Entouré des débris d'un succulent pâté ;
Courir Montmorency flanqué d'une grisette
Et rire, tout en tombant d'un âne débàtê !
Je sais un ennemi détesté par la fenm&
Et que n'a point vaincu le grand. Cattlina.
Il est des plus mordant ; j*assure sur mon arn^
Que sur plus d'un guerrier souvent il se fomnoi.
Je l'ai vu quelquefois exécuter sa jongle
Sur la tête et l'habit d'un pauvre dtoym.
Se vengeant bien souvent en le crevant sur y&p^e
Proférant un juron digne d'un vrai ^aun, ^ "
Vous n'en vites jamais, prunes de mirabeU^, i •'<
Je n'en puis dire autant du savant Uirofm^,^, tf
Car il trône partout et la main la plus hUe
A pu le rencontrer sans l'aide d!un fianiAea^,
Vous le devinez bien, vous qu'on nomqae; Qr^iCh
Il n'a point épargné le chef de GabriQé
C'est en vain que l'on fuit, sa race répariûi>
Sur le front des moutards fait toujoursco^ta*
Vous n'en trouverez point au. milieu d'ui)# fyueg
Vous en rencontrerez sous l'aile d'un /atA9iit
Pour nous persécuter la famille se Ugine.
Buvons à leur santé du vin de jmrm$san.
Leur grosseur n'attmnt pas celle d'upe misMei
Amis, n'en parlons pas en mangeant du pâtài
Vous prendriez mal au cœur, ma chanmanta^rÎM^té,
Et vous me nommeriez une ânesse bâtées
Vve Long
Je ne suis ni homme ni femme.
Ni Brutus ni Çatilina ; D'aucuns me refusent une âme, Mais jamais mon cœur ne fouina.
J'aime à parcourir une jongle Gomme un paisible citoyen, Mais du poitrail jusques à V ongle Je fus toujours un vrai païen.
Je méprise la mirabelle, J'aurais pu porter Mirabeau, Et sur mon dos plus d'une belle, Le soir^ alluma son flambeau.
De tous les mets, c'est YOrestie Qui me rend le plus Gabrio ; A chaque pas ma repartie Se donne à tous sans agio.
Je préfère la paille à la figue.
Les moindres chardons au faisan ; Mais je me prendrais à la ligue Amorcée d'un vrai parmesan.
Sur mon dos plus d'une noisette Plus d'une tranche de pâté Sont grignotés par la grisette Car je suis... un âne bâté.
"" Vie Douglas.
J'avais pour maîtresse une femme
Vrai démon, vrai Catilina ;
Je Taimais pourtant sur mon âme ;
Aussi mon argent fouina.
Mais laissant la tigresse en jongle,
Désormais brave citoyen,
J*eus pour les autres bec et ongle,
Criant, jurant comme un paien.
Au dessert aujourd'hui je prends Idi^irabelle, Puis, après mon dîner, je vais voir Mirabeau. Les acteurs sont fort bien, l*œuvre me paraît belle; Le Champagne, il est vrai, me prête son flambeau. Dès-lors, je puis aimer et chanter VOrestie, Vanter de Gabrio La fine repartie Et pour un peu, j'irais célébrer l'agio.
Mais si rentrant le soir, je ne vois qu'une figue Errant en mon buffet, pour avoir un faisan, Contre Chevet lui-môme, au besoin je me ligue, Je mets tout en émoi. Je veux du parmesan, Des marrons bien glacés, des fruits, de la noisette Sans oublier la truffe et surtout le pâté.
Quoi... souper ainsi seul... invitons la grisette. Non... non je passerais pour un âne bâté.
Je ne sais si c'était pour complaire à une fmmi^ Que l'idée de tramer vint à CattKna, Gomme aussi j'ignore, sur mon honneur et du», Si la docte Académie en voyant fouina L'a reçu dans son sein avec son ami jong^,, Si le génie du parfait et galant citoyen Consiste à porter long de son petit do^ VmglB, Et à rendre à son être un culte païen ; Si la reine Claude où la tendre mirabelle Fut le fruit favori du fougueux Mirabeau^ Et si le soir, pour se coucher, Sophie sa bélU^ Se servait d'une lampe ou prenait un flambeau ; Si la pyrromanie est parente de VOrestie; Si la charmante auteur, qu'on nomme GaMa^ Au talent conteur joint celui de la repartie ; Et enfin, quel métal va produire agioi Par contre je crois que l'orange vaut la fisuâ; Le levreau le lapin, la caille le faisan ; Et à part tout esprit de complot et de ligue^ Je prétendis encore, et ce foi de Parmesan, Qu'on peut parfaitement en paletot noisette^ Savourer de Strasbourg un excellent pâté Et convier à cela une jolie grisette, Sans courir le risque de tourner en bâté.
J. Th. DE Haguenau.
Oui^ je ccois qu'il ii*est rien d'aussi doux qu'une f^mmê,
Ni plus lâche et plus faux qu'un vrai CatUina;
Je ne le jurerais pas cependant s«r mon d«w,
Car celle que j'ai pris, la mine d'une fouine ûl
Et il faut qu'avec elle je m'eserïme et je jongle
Ou que je sois toujours comme un bon citofem,
Car aussi moi je crains quelque mauvais coup d'omgky
Surtout quand je l'entends jurer comme un pa'ien.
Celle de mon ami, douce comme mirabelle.
Est gracieuse et jolie, et paria en Mirabeau;
Et celle qoe j'ai prise, n'est ni bonne m 6e^.
liais, hélas I pourquoi pris-je de l'hymen le flambeau
Et fis-je pour elle des vers deVOrestie?'
Je lui croyais l'esprit heureux de Gahrio,
Et la croyais moins vive à la repartie.
Moi qui ne sais que dire pour rejoindre agio^
Je vous dirai enfin : « Donne&lui une figue^
Donnez-lui du pâté, donnez-lui du faisan. »
Aussitôt contre vous elle s'irrite et se ligne,
Car elle n'aime que l'or et le bon parmesan.
On m'a dit qu'autrefois elle cueillait la noisettt.
Et qu'assis deux à deux elle mangeait du pâté.
Cela frisait peut-être de très-près la griseite^
Mais c'était pittoresque comme un âne bdtt.
Lbvis.
Bouts-rimës dont la tôte est le doux nom de femme, Dois-je pour vous remplir, nouveau Catilina, Porter à ce projet tout le feu de mon âmCy Alors qu'en son esprit le grand Dumas fouina. Four mieux embarrasser le romancier des jongles. Je suis de l'Hélicon si mauvais citoyen, Que ma muse engourdie, par le bec et les ongles, Se défend et me fait pester comme un païen.
Mais aussi quelle idée d*accoller mirabelle, Un fruit très-bien d'ailleurs, au nom de Mirabeau I La rime, j*en conviens de tout cœur, est fort belle, Mais la raison s'y perd, n'ayant pas de flambeau. Sujet plus embrouillé, que ne l'est YOrestie, Pourrai-je te broder, si quelque Gabrio Ne vient aider ma verve, assez mal repartie Pour un travail plus sec qu'un calcul d'agio, Si le soleil d'été qui fait mûrir la figue, M'échauffai t d'un feu propre à rôtir un faisan. Mais, jusques à Phœbus, tout contre moi se ligue : Je renonce à bien faire, et sur un parmesan Habillé par le temps d'une robe noisette.
Je vais porter mes soins. Joignez-y le pâté, Cet idéal gourmand rêvé par la grisette.
Sur ce, bon appétit à votre âne bâté...
Edouard Lé lard.
« Perûde comme Tonde » a dit Shakspeare : ô femme!
Ce n'était pas assez ; tu vaux Catilina,
Un concile a bien fait de te refuser Vâme
(J'ouvre une parenthèse, et, j'y place fouina) ;
Eh! quoi? serais-tu née au milieu d'une jongle
Où rugit des forêts le libre citoyen?
Est-ce une griffe hélas ! que nous cache ton ongle?
Ton rictus ironique est d'un faune paiew/
Mais j'aime un teint doré comme une mirabelle^
Tes superbes dédains, dignes de Mirabeau,
Malgré tes trahisons, mon cœur bat, ô ma belle^
Quand tu passes le soir comme un pâle flambeau.
Lequel préfères-tu ? Timmortelle Orestie^
Ou les livres charmants de dame Gabrio ?
T'attendais-tu, Dumas, à cette repartie?
Mais je suis fantasque et trompeur comme Vagio!
A Nice seulement je savoure la figue,
Mais je mangea Paris volontiers du faisan;
Quand vous vous mettriez trente ou quarante en liguée.
Vous ne me feriez pas sentir le parmesan.
Ah! combien au dessert j'aime mieux la noisette,
Quand avant j'ai mangé l'alouette en pâté,
Avec l'aï mousseux versé par la grisettel
Je n'ai plus qu'à signer : L. N, âne bâté.
BOUTS-RIMÉS OU l'oN PEINT LE POUVOIR D*UNE femme.
Jadis, au temps jadis^ le fou CaHHna, Sombre conspirateur dont en bassesse Vdm^ Égalait l'animal eh latin dit fouina y Sceptique dont l'orgueil avec la vertu jongki, Indigne de porter le nom de citoyen^ Puisqu'il avait voulu dëoMrer de son ongle Ses serments, son pays et l'univers |Nitei>^ Ravager l'Italie où croit la mirabelle, L'Europe, et le pays futur d'un Mirabeau, D'un Méry, d'un Dumas, notre France si beUe, Et sur Rome porter lui-même le flcmibeau; Égaler en fureurs les traits de VOrestie, Pour historien enfin mériter Gabrio, Où Salluste notant sa moindre repartie En un livre immortel. Avoir donc agij oht Ainsi, et voir, à table où le raisin, la figue Entouraient et Falerae, et poulet, et faisan. Quand les conspirateurs organisaient leur ligue Qui devait embraser le pays Parmesan, Rome, Naple et TOmbrie, où mûrit la noisette. Ce coquin être donc, et devant un pâté D'Amiens, berné, trahi, joué par une grisette, C'est à jurer qu'un homme est un âne bâtéî