‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 16 sur 128 · LE RÊVE ET LA VIE · texte numérisé non relu

LE RÊVE ET LA VIE

Honneur à l'écrivain et salut à la femme

Qui, sans souci d'Hérode ou de Catilina,

Sur notre siècle, à nous, fait planer sa belFe âme^

Et dont le noble but jamais he fouina I

Que son génie immense, et qui jamais ne jongle.

Vibre chaud et' sonore au cœur du citoyen I

Dans sa gerbe de gloire, en voulant passer Vongh,

La satire est stupide ainsi qu'un dieu païen!

— Ainsi je devisais avec l'ami Rahelle, L'esprit tout plein de Banï), et nouveau Mirabeau, J'étais beau d'éloquence, et ma verve était belle, C'est qu'au grand écrivain j'empruntais son flambeau !

— Soudain vint à passer l'auteur de VOrestie. Je voulus voir son nez : En avant, Gabrio !

Criai-je à mon vieux chien, prompt à la repartie; Et j'atteins le passage où se tient Vagio.

Rouge comme un homard ou vert conime une figue. Je renverse, en courant, le porteur d'un faisan t

— C'était un gâte-sauce. Alors chacun se ligue Pour que j'aie à payer faisan et parmesan } Pristi ! pas un radis dans mon gilet noisette t J'y trouve une allumette, un restant de pâté.

Et, — pour Monsieur Dumas, — j'attends que ma grisettè Réclame au violon son amoureux bâté,

Joseph Evrard.

J'étais hier assis près d'une douce femme Qui veut bien voir en rtioi mieux qu'un Catilina^ Et je lui faisais lire, au travers de mon âme^ Que mon amour pour elle, non, jamais ne fouina. Cette femme, cher maître, avec mon esprit jongle. Et vient de m'amener, moi, pauvre citoyen^ En me laissant baiser le bout de son bel onfjle, A adorer son dieu^ à n'être plus païen.

Son dieu, c'est vous, vous qui, de miinhelle, Amenez doucement à faire Mirabeau, Moi, j'ai peUr de vos rimes; mais l'amour de ma betk Me fait poëte ! Allons, allumons mon flambeau. Mon bon sens me dit bien : « Oh î reste à VOrestie^ Car tu n'as pas, mon bon, l'esprit de Gabrio. » — J'y suis force, bon sens, voilà ma repartie ; Elle le veut ainsi, ou bien de Vagio Un grand seigneur viendra, qui me fera la fipie. Il faut donc, moi qui suis moins doré qu'un faisan. Combattre, avec des vers, des'écus d'or la Hgue, Ou prendre la couleur du jaune parmesan.

Autant changer d'amour. On mange la noisette Quand la faim \'ous talonne^ à défaut de pâté ; En vers de mirlitons, on charme une giisette : L'oreille est mieux cachée chez l'animal bâté.

Alfred Cavoretto.

L*adolescent s'énerve à l'amour d'une femme :

Las bientôt, il s'éveille : autre Catilina,

Dans les champs de la gloire, il descend corps et ânie.

Jamais à cet appel noble cœur fouina.

Seul, ce but est si beau que quelquefois il jongle;

11 retourne au foyer ; il se fait citoyen,

La discorde l'y suit, l'y brise sous son ongle.

Un procès ravivant l'ancien gril du 'pdien.

Autant qu'un beau soleil mûrit la mirabelle ;

Autant fait le malheur, il créa Mirabeau :

Louis tomba victime de sa voix grande et belle !

Mais pour tous Apollon n'allume son flambeau.

Tel Homère ferait les vers de VOrestie, Qui ne serait de force à suivre Gabrio, Tel autre à l'esprit vif, roi de la repartie. Sombrerait aux écueils qu'enfante Vagio.

Chimiste, on extrairait l'alcool de la figue ; Devin, on prédirait sur un cœur de faisan; Cabaleur, on s'épuise à créer une ligue ; Mais devant quelques plats couverts de parmesan^ Quand le café vient tôt remplacer la noisette, Quand cet esprit d'intrigue, embrouillé, eniptUv. Oubliant ses calculs, ne rêve que grisette, Alors, avouons-le, l'esprit n'est plus bâté,

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