G. DORVAL
Il n*esi fy»s de serpent plus serpent que la femme ,
D'un sage elle peut faire un vrai Catilina,
Elle trouble à la fois le cœur, les sens et Y âme :
Jamais espion payé mieux qu'elle ne fouina.
Le tigre est moins à craindre au milieu de sa jungh^
Et de quelque pays que Ton soit citoyen,
Vous a-t-elle touché du petit bout de Vongle,
Vous étiez infidèle, et vous voilà païen !
Rousseau lui récoltait cerise et mirabelle ;
Captif à ses genoux elle a vu Mirabeau :
Pour vaincre un invincible, il suffit d'être belle !
Aux feux de la vengeance allumant un flambeaUy
De ses sombres fureurs elle emplit VOrestie ;
Qu'on la nomme Manon, Fontange ou Gabrio^
Elle a baisers d'attaque et pleurs de repartie»
En vain, le dos courbé, les rois de Vagio
Lèchent ses pieds mignons, elle leur fait la figue^
Et ne touche qu'à peine au superbe faisan.
Des amoureux dorés elle exècre la ligue^
Revient avec bonheur au plat de parmesan^
Et sous ses blanches dents fait craquer la noisette.
Grignotant la galette et laissant le pâté^
Elle est plus dangereuse en robe de grisette,,,
... Et qui ne l'aime pas est un âne bâté !
Charles Mahul.
J'aurais plaint, cher monsieur, celle qui fut la femme
De ce brigand fameux nommé Catilina,
Qui devant Cicéron, cet orateur plein d'âme,
Quitta Rome en peureux, comme eût fait Fouina.
Il fit plus en son temps qu'un malheureux qui jongle ,
Et d'un grand peuple il fut le pire citoyen;
Il fut pour son pays, jusques au bout de V ongle,
Ainsi qu'envers les dieux, le plus triste païen.
Jamais il n'eût souri devant la mirabelle;
Pour le cœur et l'esprit, il cède à Mirabeau ;
Au temps des orateurs pourtant il l'avait belle ;
Mais de l'éloquence il souffle et brise le flambeau.
Pour le juger d'un mot écoutons Orestie,
Comme aussi la charmante et tendre Gabrio,
Dont nous savons priser la vivo repartie.
Voler, toujours voler, c'était son agio;
Il eût, selon le cas, volé môme une figue,
Mais eût donné de l'or plein la peau d'un faisan
Pour gagner un ami digne d'entrer en ligue ;
Il aurait dans ce but prodigué parmesan.
Cent bouteilles d'aï, biscuit, pomme, noisette.
Le tout pour honorer les restes d'un pâté;
Et dans Rome pourtant s'il flaira la grisette.
Au dehors il mourut mieux qu'un âne bâté.
L*ignorance est souvent un défaut de la femme, Et femme, je ne sais rien sur Catilina Et m*en tourmente peu, mais dans le fond de Vâme Je voudrais bien savoir l'histoire de Fouina.
— Il faut laisser en paix le tigre dans sa jungle Dont par droit de naissance il est 1^ citoyen. Celui qui va gaîment se mettre sous son ongle,
Ne doit pas croire en Dieu plus qu'un fou, qu'un pdien; Pour moi, j'aime bien mieux avec la mirabelle (De ce nom doit venir celui de Mirabeau) Faire une confiture aussi douce que belle Dont le sflrop miroite aux lueurs d'un flambeau.
— J'ignore absolument ce que c*est qn'Orestie : Cela pourrait bien être une autre Gabrio,
— Sans question, comment donner la repartie?
Et ce n'est qu'aux boursiers que l'on parle d'agio. Heureusement je vois apparaître une figue
Qui fait mieux mon affaire, ainsi que le faisan.
— En vain, pour m' arrêter je découvre une ligue, Je n'en goûte pas moins l'onctueux parmesan.
Le reste va tout seul : en cassant la noisette. Je croque à belles dents un moréeau de pâté Et vais courir les champs, comme fait la grisette, Sur l'âne que je vois dans ma cour tout bâté.
Si j*eusse été la femme De ce Catilina, J'en jure sur mon âme J'eus porté nom Fouina, Un conspirateur jongle ; S'il n'est bon citoyen.
On lui donne sur Vongle Quand il se fait païen.
Mangeant une mirabelle L'orateur Mirabeau^ Pour séduire une belle.
Éteignit le flambeau.
Que veut dire Orestie?
Que veut dire Gabrio ?
Je suis sans repartie Quand il s'agit d'agio.
Hélas I pour une figue, Et non pour du faisan, Un soldat de la Ligue Changea son parmesan.
Puis, pouc une noisette, Un morceau de pâté, * Conquit une grisette Sur un âne bâté.
LA FEMME
Je voudrais bien, monsieur voua dépeindre la femme, Mais quelle énigme, hélas ! Comme Catilina Elle est fourbe, trompeuse^ et je crois sur mon âme Qu'avec tel qui la prit> souvent elle fouina. Avec nos sentiments parfois la femme jongle ; C'est elle qui jadis nous criait : Citoyens / Vive la barricade, et déchirons de Vongle Le drapeau des Bourbons, étendard de païens.
Elle dévore un coôur comme une mirabelle, Telle fut Antoinette entraînant ijfiraèe&l*; Quand elle a de l'esprit et que la femme est belle, Elle est de notre ciel l'étoile^ le flambeau ; Je puis, pour le prouver, vous nommer Orestie, Pourrait-on comparer quelqu'un à Gabrio, Pour avoir esprit vif et fine repartie?
La lorette au cœur sèc a pour but Vagiù ; Il ne lui faudrait pas pour dîner une figiie. Mais le mousseux Champagne et le dodu faisan; Elle n'est pas semblable aux femmes de la ligue. L'humble fille des champs avec son parmesan^ Libre, courant aux bois pour cueillir la noisette, Est préférable en tout ; ce n'est pas un pâté Qui suffit pour la prendre, ainsi que la grisette. Qu'on croit souvent tenir et qui vous a bâté.
Anatole Durand.
Jo n'ai pas, près de toute femme.
L'ardeur de feu Catilina^
Et je n'éprouve rien dans Vâme
Pour Rigolboche ou pour Fouina,
Quand je vois, qu'une d'elles Jon^/Zô '
Avec l'argent d'un citoyen^
Je rougis jusqu'au bout de V ongle
Et jure de rester ^jaif en.
Or, je crois à la mirabelle
Gomme au talent de Mirabeait^
Plus qu'aux avances de la belle,
Qui veut redorer son flambeau.
Je ne dirai rien d'Orestie^
Encore moins de Gabrio;
Mon anathème est repartie
Sur les reines de Vagio.
Jeune homme, laisse le hec-figue^
Ne va pas chasser le faisan
Et ne rôve pas une ligue
En faveur d'un duc parmemn.
Va plutôt cueillir la noisette
Et muni d'un coquet pâté
Emmène gai ment ta grisette
Ou reste alors — âne — hâté.
A dix-huit printemps, sans souci de la femme. Ivre de liberté, bouillant Catalina, Je conspirais; plus tard, l'amour m'ëtreignant Vâme, L'ardent républicain prit le large et fouina. Amis, ce fut un bien. — Tel potentat qui jongle Avec les libertés, les droits du citoyen.
Je l'aurais Aujourd'hui, mon poignard me fait V ongle,
Et sans peur, avec vous, je vis en bon païen.
Au bois, quand vient l'été, cueillant la mirabelle.
Je savoure ce fruit que prisa Mirabeau;
Quel nom ! quels souvenirs I que cette histoire est belle !
De l'éloquence, amis, saluons le flambeau.
Au diable soit Eschyle avec son Orestie,
Qui nous endormirait l'aimable Gabrio;
La peste soit du Grec ! vive la repartie
De Dumas, de Nodier : -— mépris à Vagio !
Que Marseille, en son temps, vous fournisse la figue,
Vaucluse ses melons, l'Alsace son faisan ;
Et puissions-nous ensemble, et sans trouble et sans ligue.
Savourer, chaque nuit, la soupe au parmesan.
S'aimer, c'est le plus doux; ne m'en cherchez noisette;
On retrouve avec vous, ses vingt ans, ce pâté
Qu'on grignotait jadis en choyant sa grisette; —
Qui n'aime ou n'aima point est un âne bâté.
Pour ma Léonor (c'est ma femme).
J'ai le cœur de CatUina; Et, vous Tavoûrai-je, mon âme Pour elle jamais ne fouina.
Si je m'aperçois qu'elle jongle Avec un galant citoyen, Je me bats du bec et de Yongle Et je mets à mort le païen.
C'est une fleur de mirabelle, C'est tout l'esprit de Mirabeau; Aussi je la trouve si belle Qu'amour allume son flambeau. ' Ne me parlez pas à'Orestie, De Lucrèce ou de Gabrio.
Léonor est à répartie Comme *un boursier à Vagio :
Aux cocodès faisant la figue.
Dorée, hélas I moins qu'un faisan, Contre les sots elle se ligue.
Comme un rat sur du parmesan.
Aussi, pour cueillir la noisette.
Sous un bras ayant un pâté Ejt sous l'autre bras, ma grisette, Ma foi ! je suis heureux comme un âne bâté.
Est-cfe un démon, Eôt-ce litiè femme ^
Une ombre de Catilina ,
Celle pour qui vivait tnon âmt
Et que toujours mon coeur fouina?
Sorti de ma tranquille jungle.
Pour vivre en pieux citoyen,
La seule vue de ton ongle
Lisse et rose me fit paien.
Avec ton amour, Mirabelle^
J'aurais dépassé Mirabeau;
En me faisant la part si belle
Mon nom eût servi de flambeau.,.
Hélas ! détestable Orestie,
Tu ne tiens pas de Gubrio !
Ton cœur dur n'a de repartie
Que lorsqu'on te parle agio»
En mars, fraîche il te faut là ff^g^ie^
Bien truffé tu veux le faièan,
Potel-Chabot, gourmande %««.
N'ont pas pour toi de parmesan.»,,».
Finissons : ton esprit tiendrait dans la noisette^ Ton cœur n'entrerait pas dans un vaste pâté; Je vais courir après quelque douce grisette, Car tu m'aurais rendu moins qu'un âne batè.
Pour émouvoir un peuple et séduire une femme^ r
Bien plus que Gicëron brille GatiUna;
La parole vibrant, qui sort d'une grande âme^
Aux boudoirs, au forum^ jamais ne fouma.
Mais tout esprit léger, qui frétille etqui jow^fe,
Indique petit cœur et petit citoyefi;
Ces esprits au contrat donnent petits coups é!ongley
Font petit catholique et timide paien.
Leur cœur ne vaut pas un noyau de fnirabeUe !
Ohl que j'aime bien mieux l'éloquent Mirabeau^
Faisant trembler les rois, tremblant près de feà 6feCfe,
Éclairant et brûlant avec son fier fl/imbeaû.
Si Ton connaît Oreste, on ignore Orestie^
Si j'avais près de moi la vieille Gabrio,
Elle me soufflerait bien vite repartie,
Elle qui de son cœur fit souvent agio.
Elle ne prit jamais de feuille au porte^/î^lt*.
Elle adorait surtout écrevisse et faisan;
Contre elle maintenant tout noble cœur se UgUe,
On lui refuserait un peu de parmesan,
Un peu de bœuf au choux, une simple noisette,
Tant cette femme-là nous mangea de pdtè,
Qu'eût bien m.o. :: mérité fin minois éegriseîte;
Mais tout jeune poulain est un âne bâté.
J'aime celui qui, timide près d'une femme,
A pourtant le cœur aussi fier que Catilina;
Qui joint à la bravoure, la noblesse de Vâme,
Et qui devant un ennemi jamais ne fouina.
J'aime à voir l'élégant bohémien qui jongle
Amusant par ses tours le riche citoyen,
n danse et légèrement tourne sur son ongle
Le brillant caducée d'un dieu païen.
J'aime dans mon jardin cueillir la mirabelle,
Et, tout en la croquant, de lire de Mirabeau
Les lettres passionnées qu'il écrivait à sa belle
Lorsque l'amour guidait sa main et tenait son flambea
J'aime encore plus que lui l'auteur de VOrestie,
J'aime Hugo, Méry, Karr; point ne connais Gabrio;
Dumas surtout qui trouve à dire si fine repartie,
A celui qui se mêle un peu trop de Vagio,
J'aimerais au dessert lui offrir une figue.
Après lui avoir fait les honneurs d'un faisan,
Dans un dîner où de ses amis la ligue
Serait de le régaler d'un macaroni au parmesan ;
Puis, pour dessert, poire, raisin, noisette,
CM, liqueur, aidant à digérer le pâté.
J'aimerais, pour lui plaire, être jeune grlaellc.
Trottant leste et joyeuse sur son àne bâté.
Aimée D.