‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 7 sur 128 · LE TROUPIER FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LE TROUPIER FRANÇAIS

La douceur d*un enfant, la bonté d'une femme^

Le courage et le cœur du fier Catilina,

Sont autant de vertus que renferme son âme.

Au feu l'avez-vous vu? jamais il ne fouina!

Envoyez-le bien loin, au désert, dans la jungle :

Partout il chante et rit. Quel drôle citoyen!

Pour un litre de vin, qu'il boit rubis sur Y ongle ^

Il dira que le pape est un juif, un paien.

Voit-il un cotillon ! Doux comme mirabelle,

Il séduit sans avoir la voix de Mirabeau;

Va, vient, puis se rapproche. Et sur-le-champ la belle

Sent brûler dans son cœur de Tamour le flambeau...

Il s'occupe très-peu des charmes d'Orestie,

Ne connaît même pas le nom de Gabrio,

Cependant sa gaîté, sa vive repartie

Font aimer le plaisir et détester Vagio.

Au pékin qui ricane il invente une figue,

Lui prend son chat, le mange à l'égal d'un faisan.

Pour faire une bonne œuvre avec joie il se ligue ;

Il préfère la pipe au meilleur parmesan.

Toujours joyeux, content, il casse une noisette

S'il n'a pas autre chose, aussi bien qu'un pâté.

Il se moque de tout, chéri de la grisette,

Le bourgeois n'est pour lui qu'un âne mal bâté.

Dans un coin de Paris, je connais une femme

Pour qui conspirerait même Catilina;

Chez qui le grand esprit se mêle à la grande âme

Et qui devant Méry jamais ne fouina.

Avec la poésie elle joue, elle jongle.

Mieux que de l'Hëlicon ne fait un citoyen;

Pour serrer ses doigts blancs, pour baiser même un ongh

De fervent catholique on se ferait païen.

Plus douce que la pêche et que la mirabelle^

Elle aurait fait tourner la tête à Mirabeau;

Plus tendre que Sophie et peut-être moins belle.

Il eut à son génie allumé son flambeau.

Ses vers sont aussi purs que ceux de YOreslie;

Ses romans aussi vrais que ceux de Gabrio ;

Elle vaincrait Dumas, roi de la repartie ;

Elle vaincrait Rothschild, prince de l'agio /

Elle a, pour tous les dons, faisant à tous la figue.

Le chaht du rossignol, la grâce du faisan ;

Et, lorsqu'un étranger pour l'éprouver se ligue^

Elle le bat en grec, en russe, en parmssan I

Gomme une fine amande au sein de la noisette^

Gomme un hachis parfait dans les murs d'un pâté,

On trouve en elle artiste, ou duchesse, ou grisette,

Et qui ne l'aime pas n'est qu'un âne hâté.

Si vous ne savez pas quel nom avait la femme

Que d'un premier amour aima Catilina^

Mon aplomb, sans trembler, jurera sur son âme

Qu'il plut à soh parrain de la nommer Fouina,

Peindrai-je le moment où, folâtre, elle jongle

Avec des osselets, auprès du citoyen

Qui faillit perdre Rome (il s'en fallut d'un ohgle)?

/— Non non ! voilons l'objet de cet amour paient

— L'enfant avait la peau d'un jaune miraheUe^ Aussi grêlée ou plus que n'était Mirabeau,

On peut déjà juger qu'elle n'était plus helk,

— Cupidon la voyant eût éteint son flambeau ! Ses cheveux rappelaient l'auteur de YOrestie^ Mais elle n'avait pas l'esprit de Gabrio;

On n'en pouvait tirer aucune repartie.

Dieu vous garde d'autant, messieurs de Vagio :

Des yeux ronds, larmoyants : — un nez comme uiie fig^e,

Violet et visqueux; une odeur de faisan

Quand il est faisandé, parfum auquel âe ligué

La suave senteur qu'on trouve au parmesan ;

Enfin de rares dents d'un beau ton de noisette.

Mon avis et lô vôtre est que pour un pdté

Mieux vaut gagner l'amour joyeux d'une grisettê

Et que Catilina n'est qu'un âne bâté.

Un ami de Catilina.

A la femme, respect! car toute mère est femme!

Mère de Cicëron ou de Catilina,

Chaque berceau d'enfant est le berceau d'une âme!

Devant ce saint autel, honte à qui fouina!

Tu dis qu'avec le cœur souvent la femme jongle,

Qu'elle encense l'amant au prix du citoyen,

Que de son doigt de rose il faut redouter Vongle,

Qu'adorer ce qu'on ajme est un culte paien!

Pour moi, quand je verrai la douce mirabelle

Cacher un noir venin, — oh ! vaillant Mirabeau, Quand tu seras muet, — quand les yeux d'une belle Seront moins fascinants que l'éclat d'un flambeau, — S'il se peut, sans Oreste, écrire VOrestie, — Quand votre œil sera sec en lisant Gabrio, •— Si la justice un jour est à tous répartie, — Si jamais un Judas vend l'impie agio, •— Quand le pôle glacé verra mûrir la figue, ■— Quand au plomb meurtrier s'offrira le faisan, — - Si contre Roméo Juliette se ligue, — Quand le macaroni fuira le parmesan, — Quand à mes bouts rimes vous chercherez noisette, — Et môme quand, sans pâte, on ferait un pâté, — Toujours, qui que tu sois, princesse, ange, ou grisette, Femme! en toi je croirai, dussé-je être bâté!

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