LA PETITE BATELEUSE
J'ai'pour maîtresse, amis, une adorable femme^ Une enfant, un démon; son nom, Catilina; Seize ans. Son nez au vent dit assez que son âme Au champ clos de l'amour, jamais ne fouina.
Avec elle, en plein air, son père danse et jongle, Fait le saut périlleiuc ; honnête citoyen, A sa fille il apprend l'argot jusque sur Vongle, Et l'instruit à jurer, comme jure un paien.
Son teint chaud est doré, comme la mirabelle; Son œil jette l'éclair, c'est l'œil de Mirabeau, Elle est belle au soleil, à la lune elle est belle, Elle est belle surtout, quand j'éteins le flambeau. Jalouse, c'est Rachel, en proie à VOrestle ; Rieuse, c'est l'entrain, le tact de Gabrio, Son esprit de bon lieu, sa fine répartie.
Elle change à tout vent, comme un cours d'*agio Tantôt, rayon de miel, lait pur, ou douce figue, Isard qui tremble et fuit, en timide faisan ; Avec ses poings nerveux tantôt son pied se ligue. Il faut la voir, avec son toquet jparw^san, Sa Juppé de clinquant, ses bottines noisette! Je suis pris, mes amis, à sa glue ; empâté Gomme un pauvre oiselet; mais, vive la grisette Qui me rend idiot, plus qu'un âne bâtél
Ferbien ,
Un jour, pour obtenir les faveurs d'une femme ^
Tout comme Gicéron, avec Catilina^
Je pris le ton hautain, j'épouvantai son âme :
Bien loin de la gagner, sa vertu ne fouina
Et ne se rendit point. Mais à présent je jongle
Avec le sentiment, tout comme un citoyen
De la gente féline, en cachant bien son ongle.
Jongle avec la souris, vrais plaisir de païen I
Sous mon timbre, plus doux que n'est la mirabelle,
Mon cœur aussi fougueux que l'était Mirabeau,
Sait mentir avec art, et, pour tromper la belle.
De l'austère vertu fait briller le flambeau.
Un cœur beaucoup plus dur que ceux dont VOrestie
Nous trace le tableau, a pris de Gabrio
Le charme et la douceur après ma repartie,
Brûlante d'amour pur, exempte d'agio.
Fi du vulgaire appât d'un dîner dont la figue
Compose le menu, où le riche faisan \
Avec le Ghambertin et la truffe se ligue.
Banquet d'Anacréon, où fe fin parmesan.
Figure tout à côté de la fraîche noisette.
La vertu succombant sous le poids d'un pâté
N'est pas même, à mon sens, la vertu de grisette.
Et qui triomphe ainsi n'est qu'un âne bâté.
Pour t'ëcrire, Dumas, il faudrait être fèmmê Ou farouche tribun comme Catilina.
Ma plume est sans audace, et ma voix est sans âme. Peut-on pour fin d'un vers proposer Fouinât Mais femme et quelque peu tigre quittant \r jongle y Sur ton épaule, ô grand et simple citoyen^^ D'un bond j'irais souscrire et voudrais que mon ongle S'empourprât de ton sang, intAl juif ou païen. ! Écoute bien ceci, — ^ point ce ii'est Mirabelle : — Nous sommes quatra en un sans valoir Mirabeau : Même pour adjuger la pomme à la plus belle Paris nous défierait sans gloire ni flambeau. Lequel de nous jeter sous les pieds û'Orestie ? Qui servira de cible aux traits de Çabriot Pauvre bai-brun! c'est toi : ton peu de repartie Fait taire l'amitié. Quel infâme agio 1 Le second, j)âle et grêle, aime avant tout la figue ; Le troisième s'enivre aux parfums d'un faisan, £t si l'un nous rappelle un soldat de la ligue, L'autre un viveur joyeux, ami du parmesan.
Moi je rêve et je dis : Au nom de la noisette. Au nom des eaux, des bois — et même du pâte, Qu'entre deux chauds baisers démolit la grisolle, Je souscris, — sans la peur d'être un âne bâté.
Fer R AND.
Contre vos bouts rimes quel homme ou quôUe femme Oserait conspirer, sombre Oatilina?
Moi, que l'œuvre séduit, j'y souscris de toute âmei Car pour des vers jamais ma bourse ne fouina. Ces jeux d'esprit, d'ailleurs, cette innocente jongki Doivent du mont sacré charmer tout citoyen; Et tel qui n'y souscrit plus tard s'en mordra Vcnglet Il faudrait, en efifet de cœur être païen, Pour ne pas convoiter la douce mirabelle.
Là, point de ces grands airs qu'on loue eh Mirabeau, Mais des propos rimes d'une façon fort belle^ Avec Dumas pour guide et Méry pour flambeau é Oh 1 qu'il tarde à mes vœux de voir, près d^Orèstiëi Deux cents rivaux et plus honorer Qabrio ; Déduire la raison, donner la repartie, Et d'un élan commun, dédaignant Vagio, Chanter à qui prendra l'autographe ou la... figiië! Or, moi, sans rien ôter de son prix an faisan, Avec mille autres noms ; pour les vers je me ligUë, Et préférant la chose au plus fin parme$an, Je laisse, avec Margot, Jeah cueillir la noisette. Et cède aux connaisseurs la croûte du pâté, Aux jeunes étourdis la pimpslnte grisette Et le chardon enfm à tout âne bâté
Alexandre Martin.