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PORTRAIT IDÉAL DE GABRIO

C'est un ange, et c'est une femme.

Romaine, elle eut dompté le fier Catilina.

Des trésors de bonté s'épanchent de son âme.

Jamais dans le danger son grand cœur ne fouina. Elle traverserait sans s'effrayer la jongle, Où règne un roi peu citoyen, Qui vous déchire sous son ongle, Chrétien, juif, musulman païen.

Son style simple et doux comme la mirabelle^ Honneur de nos vergers, rappelle Mirabeau, Dans les lettres d'amour qu'il écrit à sa belle; Et son esprit charmant est un divin flambeau, Qui pourrait d'un jour pur éclairer VOrestie, Ce noir tissu d'horreurs 1 — Enfin c'est Gabrioj Qui, légère au pourchas, vive à la repartie, Voit d'un oeil de dédain la banque et Vagio, Et, devant Turcaret, passe en faisant la figue ; (Car elle n'aime l'or qu'aux plumes du faisan]

Contre lui de l'Esprit elle conduit la ligue

Ses traits, qu'eût reproduits jadis le parmesan. Ont séduit plus d'un morne et vieux csisse-noisetle. Enfin pour terminer ce portrait empâté.

C'est une noble dame à l'entrain de grisette, Et qui ne l'aime point est un âne bâté,

Ë. DE l'Église.

Avec les bouts rimés^ foi d'homme, foi de femme,

Tu conspires^ Dumas, en vrai Catilina.

Tu veux, dans ton complot, nous jetant corps et âme,

Pouvoir dire des tiens que pas un ne fouina.

Docile à ton appel, moi, qui jamais ne jongle.

Je me fais aujourd'hui ton soldat-ci^ot/en;

Mais, à te dire vrai, je crains d'avoir sur Vongle

Et de manquer d'élan comme un esprit pa'ien.

Tu t'en moques, là-bas, près de la mirabelle,

A table, au coin du feu, lisant ton Mirabeau.

Grand écrivain, crois- tu que la tâche soit beUe?

Crois-tu qu'il soit aisé d'avoir, sans ton flambeau,

Un génie inspirant les beaux vers d'Orestie,

Ou les transports divins de sa sœur Gabrio?

Encore si ta plume, entre nous repartie.

Me disait les secrets de son docte agio.

Je serais rassuré : qui me ferait la figue?

Ainsi que toi, nourri de filet de faisan,

Cultivant mes lauriers, sans craindre aucune ligue,

Je pourrais m'enquérir du meilleur parmesan,

Aller cueillir au bois la fraise et la noisette,

De retour au logis, m'adjuger un pâté;

Et, laissant de côté les soins de la grisette,

Te lire pour ne pas rester âne bâté.

Edouard Ernest, D'.

Il n'est point d'homme, ni de femme Dont l'auteur de Catilina N'ait plus ou moins remué Vâme.

Jamais son grand cœur ne fouina.

Qu'il chassât les ours dans la jongle Ou qu'il luttât en citoyen^ Il sait écraser sous son ongle.

Soit un jaguar, soit uu païen ; Il sait cueillir la mirabelle De la main qui peint Mirabeau; Et, bien souvent, plus d'une belle Vient se brûler à son flambeau.

Sa plume, qui fit VOrestie, A bien dépassé Gabrio, Qu'il a d'esprit de repartie Toujours égal, sans agio!

Mais à tous il fera la figue.

S'il faut apprêter un faisan; Il brave des Véfour la Ligue Pour une tourte au parmesan.

On le verrait d'une noisette Tirer l'élément d'un pâté.

Qui nourrirait une grisette Descendant d'un âne bâté,

D'ÉCLINGUE.

Il n'est rien à mes yeux de plus doux que la femme,

Il faudrait, pour la fuir, être un Catilina^

Avoir d'un triple bronze enveloppé son âme :

La mienne, pour aimer, jamais ne fouina.

Le fellah qui laboure et l'indien qui jongle;

De nos grandes cités l'élégant citoyen ;

L'homme abstéme, et celui qui boit rubis sur VonglCy

Tous ont au fon(J du cœur un peu d'amour païen»

Eussé-je, au lieu de pomme, une humble mirabelle,

Tout consumé des feux dont brûla Mirabeau,

J'irais la déposer aux pieds de la plus belle

Et du divin amour allumer le flambeau.

Que d'autres en beaux vers traduisent VOrestie, -

Composent des romans ainsi que Gabrio,

S'efforçant de briller dans une répartie,

On demande de l'or au dieu de Vagio.

Près de celle que j'aime, à tous je fais la figue,

Le plus maigre poulet me paraît un faisan.

Que m'importe le reste : ou calvinisme ou ligue.

Richesse ou pauvreté, gruyère ou parmesan?

Que de fois, lorsqu'au bois nous Cherchions la noisette j

Ou que nous partagions dans ta chambre un pâté.

Avons nous dit ensemble, 6 ma chère grisette :

« Qui n'a jamais aimé n'est qu'un âne bâté. »

D. EUVRARD.

C'est bien, vous le savez^ dans l'amour d'une femtnê

Que Lentulus comprit, suivit Catilinai

Cœurs perdus, disait-on, mais alors si forts d'âme

Que le sénat tremblait et devant eux fouina.

Le peuple, avec les grands, rit, gronde et parfois jongle;

Il faut un peu compter avec un citoyen.

Mes tablettes à moi, que polissent mon ongle^

N'enregistreront pas les hauts faits d'un païen,

A Marseille, Milon chérit la mirabelle

Que, plus tard, cultiva le tribun Mirabeau*

Car, avec sa Sophie et si douce et si belle,

Il croyait de l'hymen allumer le flambeau. > ^

Ces bords toujours aimés qu'habitait Orestie

Étaient plus beaux encore avec notre Gahrio.

Car Gabrio d'Orestie était la repartie^

Et fuyait avec nous les vains bruits de Vagio.

Qu'on est bien, dit Milon, où l'on mange la figue !

Quoiqu'il eût préféré dévorer un faisan,

L'éloquent Cicéron ne vainquit pas la Ligue,

Si lentement ourdie envers le parmesan,

Et, pendant qu*en ces lieux je casse la noisette,

r dévore là-bas un gros et bon pâté,

Fulvie est, à coup sûr. sa femme ou sa grisette.

Et l'habile orateur est une âne bâté.

L'Enduron, rédacteur du journal de Vichy.

CE QUE J'ADMIRE

J'admire la beauté, la grâce de la femme ;

J'admire le talent, môme en Catilina;

J'admire ces héros, sans peur, dont la grande âme^

En face du danger, jamais ne fouina,

Le tigre libre et fier, bondissant dans \a jongle;

J'admire le bouillant, mais naïf, citoyen,

Qui, quand le^dépotisme enfin lui rogne Vongle,

A notre liberté dresse un autel païen ;

J'admire le pays ou croît la mirabelle.

Car il a, dans son sein, vu naître Mirabeau ;

J'admire même aussi la grâce de la belle

Qui désire d'hymen allumer le flambeau ;

Mais j'admire surtout l'auteur de VOrestie ;

Oui, j'admire Dumas, Musset et Gabrio;

Dumas qu'on peut nommer roi de la répartie ;

J'admire, en le blâmant, l'homme de Vagio

( Il nargue la chicane et fait à tous la figue;

Un poulet par lui, vite, est baptisé faisan ;

Il se rit du hazard qui contre lui se ligue);

J'admire le bon vin, même le parmesan;

J'admire Dieu partout : il créa la noisette

Pour le pauvre fugal et le petit pâté;

J'admire, quelquefois, la naïve grisette;

Et je m'admire, moi, quoiqu'un âne bâté.

Eugène Félix. •

Quatre-vingt-neuf la vit cette royale femme,

Victime de tes coups, nouveau Catilina!

Le malheur et la mort ont sacré sa grande âme,

Qui, devant le danger, jamais ne fouina.

Telle que la tigresse, acculée en sa. jongle,

Son œil faisait encor trembler tout citoyen ;

Mais la fatalité la marqua de son ongle.

Le ciel l'abandonna. — Paris était païen.

Plus de saints : on consacre oignon ou mirabelle.

Tu péris à la tâche, ô puissant Mirabeau!

Mais le jour n'est pas loin d'une aurore nouwelle

Dont Bonaparte doit allumer le flambeau.

Moins sombres fûtes vous, horreurs de VOrestie t

Ah ! combien j'aime mieux les vers de Gabrio,

Où pétillent l'esprit, la fine repartie.

J'aimerais mieux aussi, riche par l'agio,

Savourer en gourmet l'arôme de la figue

Après avoir tâté d'un délicat faisan;

Je ne dédaigne pas non plus la sainte Ligue

Des pâtes d'Italie, avec le parmesan.

Pour déguster les vins je prendrais la noisette ;

Au besoin, j'y joindrais un succulent |)até.

Si j'avais à tenter quelqu'aimable grisetie

Dont trop souvent le cœur, par le ventre est bâté.

François.

« Peste soit de Dumas I dit tout à coup ma femme,

Pourquoi si près de nous raet-il Catilina? »

Je veux répondre un mot, tranquilliser son âme :

A mon tour, je suis muet au nom de fouina,

Que je ne connais point. Le charlatan qui jongle,

Est-ce Catilina, ce mauvais citoyen,

Qui se débat en vain sous les nombreux coups d!ongle

Du quô usque tftndem, jurant comme un païen ?

Mais je vois, sans raison, la blonde mirabelle

Rechercher l'union du puissant Mirabeau,

La République étant, pour lui, la seule belle

Qui pûtt de son amour allumer le fiambeau.

De grâce, faites-nous le portrait d'Orestie.

A-t-elle fait des vers ? Ou comme Gabrio

Des ouvrages féconds en vive répartie?

Des financiers a-t-elle adule Vagio,

Tout en goûtant chez l'un les douceurs de la figue

Et savourant chez l'autre une aile de faisan ?

A-t-elle des traiteurs organisé la Ligue

Contre tous les desserts, où le fier parmesan

N'a pas à ses côtés la bruyante noisette.

Et lorgné du regard le succulent pâte

Que grignotte en riant la légère grisette.

Au nez d'un sot amant, de ses charmes hâJtèf

Fleury.

TRIMOTHÉE TRIMM

Tantôt vous encensez, les arts, les fleurs, U femme.

Vous chantez Offenbach, Mermet, Catilina ;

Chaque soir, votre esprit, se niche au fond d'une âme.

En vous lisant. Ton dit: Jamais il ne fouina.

Quel siècle où nous vivons 1 chacun rit, chacun jongle^

Ainsi qu'un saltimbanque empaume un citoyen.

Votre journal est lu, payé rubis sur Vongle ;

Chacun le prend, le lit, catholique ou jjaïe».

Chez la mère Moreau goûtant la mirabelle,

Qu'y voyez-vous, siégeant ainsi que Mirabeau f

Le numéro du soir, que vous oflfre une belle.

Éclairé par le gaz et par son chaud flambeau.

Sorti de là, courez, chez la bonne Orestie :

Vous la connaissez bien la biche à Gabrio^

Franche fille à l'œil noir, k vive repartie :

Eh bien, sur son tapis ou tout n'est qu'agfio.

Vous voyez près des vins, des raisins secs et figue,

VotrQ petit journal fier ainsi qu'un faisan.

L'artisan, l'ouvrier contre lui ne se ligue,

On le lit en goûtant bourgogne et parmesan.

Le riche, à son dessert, en croquant la noisette

Ou dévorant la truffe ornant un beau pâté,

Fait comme nous faisons, comme fait la grisette.

Et l'on ne dira pas qu'il est âne bâté.

Fernand Burieb.

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