MIRABELLE ET MIRABEAU
Quel ange et quel démon à la fois qu'une femme t Elle règne sur nous en vrai Catilina ; Puis, elle sait bientôt arriver à notre âme : Son astuce en rampant, jamais ne fouina.
Avec nous souriante, elle joue, elle jongle^ Et malgré notre rang 4'homme et de citoyen, Elle nous fait sentir le tranchant de son ongle Et transforme à son gré le juif et le païen,
— Ainsi fut subjugué pour une mirabeUe Le célèbre tribun, Taustère Mirabeau,
Qui devant les attraits d'une femme encore belle
De ses désirs éteints ralluma le flambeau.
Cette vestale avait le doux nom d'Orestie
Avec Tair des salons, l'esprit de Gabrio,
Le dandisme du jour, ia vive repartie.
Un rendez-vous donné, voilà son agio,
« Pour séduire un grand homme il faut plus qu'una ^ue,
Se dit-elle, offrons-lui la truffe et le faisan ;
Avec le Périgord, que le bon vin se ligue !
Coulez beaune, vougeot, vive le parmesan t
— Approchez- vous, très-cher, cassez cette noisette 9 Avalez cette prune et laissez le pâté ?
Vous l'avez échappée... Enfin dit la grisette, Baissez- vous?... » Il se baisse.,, et se trouve bâté,
JOANNY GeORGET.
L'esprit délicat d'une femme.
L'audace d'un Catilina, Le ferme courage d'une âme Qui jamais, jamais ne fouina ; L'adresse du sauvage, habitant ûq lai jongle, Les vertus d'un défunt, père, époux, citoyen, Sont bien loin du mérite exigé dans chaque ongle Du rimeur fortuné qu'au Parnasse païen On verra, sans effort, donner la mirabelle Pour compagne au grand Mirabeau, Devant l'habile auteur d'une union si belle Diogène, bien sûr, eût soufflé son flambeau.
Eschyle avec son Orestie, Alexandre Dumas, Siraudin, Gabrio,
Y seraient pris sans repartie.
Le vulgaire a pour dieux la table et l'agio ; Mais nous, qui déjeunons d'eau claire et d'une figue, Pour qui des bouts-rimés valent mieux qu'un faisan, Nous saurions dans nos vers associer la ligue. Au fromage de brie ou bien de parmesan, Coline, (un philosophe à paletot noisette) •
Entre deux tranches de pâte.
Parlant de bouts-rimés à sa folle grisette, Disait : « Qui n'en fait pas est un âne bâté ! »
Pincé par un regard de femme ^ Le séducteur Catilina, Sans hésiter, jeta son âme Aux pieds de la tendre Fouina, A ce propos, l'histoire jongle Aux dépens du grand citoyen, Et Gicéron fouille de Vongle Ce cœur troublé, comme un païen !
Mais la jalouse Mirabelle (Dont peut descendre Mirabeau], Dit à Fouina: « Crois-tu, la belle, Que j'aime à tenir le flambeau t »
Sans avoir traduit VOrestie, Méry, parrain de Crabrio, Goûte la fine repartie, Mieux que les princes de l'agio.
Dans son pays où naît la figue.
Tout gourmet choisit le faisan, Comme au noble temps de la ligue, Pour rinonder de parmesan.
Puis, négligeant crème et noisette, Après un succulent |)afé.
S'il ne grise pas la grisette.
Son nom doit être âne bâté.
JOHAXNET.
C*est le terrestre enfer qu'une méchante femme ; Moins à craindre aux Romains était CatUina :
Sa haine est sans mesure et son amour sans âme. Et, martyr de l'hymen, époux qui la fouine o. Mieux vaut heurter un tigre endormi dans lu jongle Et mieux avoir perdu ses droits de citoyen^ Que presser un doigt rose et ne trouver qu*un ongle: Le serpent sous les fleurs, dans Téglise un païen ! Vainement en douceur, vous êtes mirabelle^ En éloquence aussi vainement Mirabeau, Et même des fureurs dont vous poursuit la belle, Votre dernier soupir n'éteint pas le flambeau. Mais, pour une Médée, il est cent Orestie ; Pour une Frédégonde, il est vingt Gabrio ; Et l'espèce, à tout prendre, est ainsi répartie, Que, plus ou moins, chaque honune y fait son agio. Qu'importe si la femme est mi-raisin, mi-figue f Et, si, plumant le coq, elle songe au faisan? Et, si, comme on passait de la Fronde à la Ligue, On la croit au gruyère, elle est au parmesan f Faut-il, de peur du ver n'ouvrir pas la noisette ? Laisser l'encre à la plume en frayeur du pâté?,.. La femme est notre chair, et, marquise ou grisetle, En faire ù, c'est être Alihoron bdlé,
J. Gavard.
CE QUE J'AIME
J'aime une séduisante et revissante femme , J'aime aussi TorateuF qui, de CatiUna Dévoilant les projets et les noirceurs de l'âme, Le combattit si fort qu'enfin il fouina.
J'aime le bateleur qui, ^ur la place, jongle y J'aime à glorifier un vaillant citoyen ; Je ferais volontiers, pour lui, rubis sur Vongle, Et je le chanterais même ^a pays paUn, J'aime un excellent fruit comme ia mirnbeUe , Un orateur bouillant comme était Mirabeau, J'aime encore admirer les beau^ yeux d'une beUê Sans craindre que leur feu n'allume mon fiambeau. J'aime entendre citer les beautés é^Oreetie, Et l'esprit qu'en son livre à semé Qahrio :
J'aime d'un jeune enfant l'espiègle repartie Et d'un homme sensé la haine à l'agio.
J'aime de mon pays la succulente figue^ Le plumage, la chair, le fumet du faisan ; Avec les amateurs, j'aime à faire une ligue Contre un macaroni privé de parmeean.
J'aime assez pour mes mains la crème de noisette ; J'aime à voir attaquer les tranches d'un pâté Par les trente-deux dents d'une gente grisettê. Qu'au bois vient d'amener son âAe bien bâté.
J. Lydouin.