JE SUIS FOU
Je suis fou d'une femme,
Plus fou que Catilina :
Pour elle mon dme,
Jamais ne fouina.
iMoins dangereux qu'un tigre dans sa jungle,
Amoureux citoyen.
J'aime sa main mignonne, et ses doigts, et chaque ongle
Pour elle, hélas I je me ferais païen.
D'amour, je perds le goût de l'humble mirabelle,
Et jamais Mirabeau
N'a dépeint femme plus beUe.
De ma vie elle est le flambeau.
Elle a le cœur d'Orestie,
La noblesse de Gabrio,
Beaucoup de repartie ;
Elle déteste Y agio.
Aimant, je crois, la figue
Autant que le faisan,
Toujours elle se ligue
Contre le parmesan.
Elle adore la noisette.
Ainsi que le pâté ;
Se conduit en grisette.
Et me traite d'âne bâté.
A. MoiST.
En chevalier français, permettez qu'une femme, Qui vous croit plus galant que feu Catilinai Ose vous demander si, par hasard, c'est Vdme De ce traître aux abois qui vous dicta fouina : Un mot embarrassant^ même à celui qui jmgle, Sans peine avec l'esprit, comme tout citoyen D'un pays où l'honneur se venge d'un coup d'ongle, Mieux qu'on ne le faisait, du temps de ce païen. Dans ce pays charmant, où croît la mirabelle, L'homme naît pour aimer, exemple Mirabeau :
Le bouillant orateur, volant do belle en belle, En suivant de l'amour l'étincelant flambeau!
Mais pourquoi nous parler tout à coup d'Orestie :
C'est énigme pourmoi^ mais non pour Gabrio.
Ce fertile écrivain, prompt à la repartie,
Qui pourrait au besoin, discuter agio.
A lui peu coûterait de placer cette figue.
Que vous offrez si bien, ainsi que ce faisan ;
Car sur de beaux plats d'or, aux princes de la Ligue,
Il les ferait servir, après le parmesan.
Cependant, pour beaucoup, une seule noisette
Pèse, en un cas pareil, presqu'autant qu'un pâté.
Ne décrit pas qui veut un repas de grisette.
Et c'est vraiment permis, sans être âne bâté !
Marguerite.
A ce tournoi rimé, présomptueuse femme,
Je voulus prendre part : hélas î Catilina,
Cette rime sanglante agita trop mon âme :
Je tombai dans Tarène et ma muse fouina.
Je me relève enfin, et, pardon si }q jongle
Avec les bouts rimes d'un savant citoyen.
Si j'avais, comme vous, de l'esprit jusqu'à Yongle^
Et pour les doctes sœurs un culte de pàien,
Je voudrais, dès ce jour, sur cette mirabelle,
Qui précède en mes vers un grand nom, Mirahenu,
GreflFer un trait piquant, une image fort belle.
Mais puis-je, ver-luisant, briller comme un flambenn!
Mon front n'a pas conçu les vers de YOrestie,
Et Dieu m'eût-il donné l'esprit de Gabrio,
Votre savoir profond et votre repartie.
Que je ne chanterais jamais pour Y agio.
Je chanterais le ciel qui voit mûrir la figue,
Le silence des bois, hantés par le faisan,
Ces talents enviés, planant sur une ligue^
Et la toison des prés, mère du parmesan ;
Mais je ne voudrais pas, en cassant la noisette,
Faire un couplet grivois à propos d'un pâté:
La muse est une vierge, et non une gtisette :
On ne la conduit pas comme un âne bâté,
Elisabeth Murguez.
^^ Mil— ■
Le bonheur, le malheur, tout nous vient de la femme.
Une d'elles a jadis vendu Catilina,
Qui lui montrait ouvert les secrets de son âme:
Au moment du danger, la belle fouina.
Alors, conspirateur comme un tigre en sa jongle,
Chassé, vaincu, maudit par chaque citoyen,
Va-t'en désespéré; tu peux te ronger Vongle,
Et tomber en jurant comme fait un païen.
Au doux pays qui nous fournit la mirabelle.
Et qui nous a donné le nerveux Mirabeau,
On raconte en pleurant les malheurs de sa belle:
Cruel hymen! pourquoi leur cacher ton flambeau!
Cette histoire touchante autant que YOrestie,
Ne plairait pas au doux esprit de Gabrio,
Fécond toujours, et riche en répartie,
Comme l'est en billets un roi de Vagio,
La douce Eve, habillée d'une feuille de figue,
A des enfants coiffés d'une aile de faisan.
Les arts et la beauté contre nous font leur ligue,
Comme au dîner le vin avec le parmesan!
Pour moi, sans mépriser un bon cd&se-noisetlc,
J'aimerais un dîner composé d'un pâté,
Un dessert assorti d'une jolie grisette:
Si cela n'est pas bçn je veux être bâté,
Marioli (café de Paris).
J'aimo à me déchaîner parfois contre la femmes
Comme Ot Cicéron contre Catilina
« Usquo qub, lui dis-je, rosteras-tu sans âme ?
Heureux qui, devant toi, sage et libre, fouina.
Pour nous fasciner tous, va, chante, saute, jongle ,
Égare l'honnête homme, éteins le citoyen^
Déchire en te jouant notre honneur d*un coup û^ongle,
Et fais d'un Polyeucte un infâme païen. »
Je vais; puis, pour un rien, moins qu'une mirabelle.
Je deviens pour la femme un second Mirabeau,
Elle m'a regardé 1... Que je la trouve belle.
De la nuit d'ici-bas n'es-tu pas le flambeau?
Le monde le devra l'auteur de VOrestie^
Notre Musset, Hugo, Shakespeare et Gabrio,
Ton sourire moqueur laisse sans repartie^
Comme un de ces Crésus martyrs de Vagio,
Comme l'enfant surpris qui convoite une figue^
Et la voit devenir le repas d'un faisan.
Honni soit donc, honni, qui contre toi se ligue t
Que son macaroni soit fait sans parmesan,
Son printemps sans rosiers, l'automne sans noisette;
Que la trufife jamais n'embaume son pâté.
Qu'il se morfonde en vain auprès d'une grisettej
Que cet âne, pour toi, à jamais soit bâté.
' Je' Malherbe.