‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 91 sur 128 · A MÉRY · texte numérisé non relu

A MÉRY

Méry, si le destin m'avait fait naître femmej

N'en déplaise à celui qui fît Catilina,

Vous auriez, par vos chants^ mis l'amour dans mon âme,

Poëte harmonieux qui jamais ne fouina !

Vous façonnez le vers mieux qu'Hamilton ne jongle,

Du Pinde, dès longtemps, vous êtes citoyen;

Vous avez de l'esprit jusques au bout de Vongle,

Vous mettez à vos pieds, juif, athée ou paien.

Tantôt doux comme miel, olive ou mirabelle,

Tantôt impétueux comme était Mirabeau,

Votre verve toujours à l'attrait d'une belle.

Du parnasse français vous êtes le flambeau !

De même que l'auteur charmant de VOrestie,

Je n'ose dire : plus que Trimm ou* Gabrio,

Maître, vous possédez le don de répartie,

De mille traits piquants vous faites a^io.

Vous pouvez, à bon droit, nous faire, à tous la figue:

Un roitelet peut-il égaler un faisan?,.

Oui, vous sortez vainqueur de cette vaste Ligue:

Un tel succès vaut bien, sans doute, un parmesan.

Fils d'Apollon I vos vers ont un goût de noisette,

Ils sont bien plus exquis que le plus fin pâté;

Votre muse est duchesse et la notre est grisette ;

Pour vous Pégase est prompt, pour nous il est bâté fît

Th. Roque de Fillol.

Veux-tu lutter contre la femme?

L'audace de Catilina., La trempe d'acier de ton âme^ Coderont : le plus fort fouina.

Ne vois-tu pas comme elle jongle Avec le plus fier citoyen ?

Il a toujo'urs le bec et V ongle , Le redoutable si^hinx païen.

Sois doux comme la mirabelle, Parle, aime comme Mirabeau; S'il le faut, pour la trouver belle, De l'amour éteins le flambeau.

Surtout, pas de sombre Orestie :

Môme au talent de Gabrio Elle trouverait répartie.

Laisse un dangereux agio.

Souviens-toi d'Eve et de sa figue :

Ses filles aiment le faisan.

Contre elles donc crée une ligne De Champagne et de parmesan ; Joins la meringue et la noisette.

Mets des truffes dans le pâté, Et le sphinx deviendra grisette.

On tu n'es qu'un âne bâté.

Puisqu*en vos bouts rimes le premier mot est femme,

Je vous crois plus galant qu'un fier Catilina ;

Ce mot pour un français est bien le cri de Yâme,

Et le français jamais sur ce point ne fouina.

Parfois avec l'amour il est bien vrai qu'il jongle;

Mais de Cythère alors il devient citoyen.

Il ne faut pas vraiment s'en ronger plus d'un ongle:

On sait qu'en ce pays tout amant est païen.

Le soleil en ces lieux mûrit la mirahelle,

Mais il n'y vit jamais grandir un Mirabeau,

Ne croyez pas qu'ici je vous la donne heUe :

Au beau ciel du midi appartient ce flambeau.

Si cet homme éloquent ignora VOrestie,

Il réchauffa les cœurs bien plus que Gabrio,

Et quant sa voix tonna certaine répartie,

Il ne s'y mêla pas de mauvais agio,

A quoi vais-je penser?... de Marseille la figuey

Ou bien de chez Chevet un rôti de faisan.

Valent la peine aussi qu'avec eux je me ligue

Contre l'affreux parfum de votre pai^mesan.

Je trouve le temps froid pour cueillir la noisette.

Je préfère casser la croûte du pâté

Que je partage avec ma fidèle grisette,

Souhaitant sa muselière à tout âne bâté,

A. L. Recxault Delestra.

Si vous saviez, enfant, combien j'aimais une femme

Qui naquit cependant avant Catalinaf

Au Dieu de la nature a-t-elle rendu son âme f

Car je ne puis trouver Fendroit où elle fouina.

J'avais vingt ans alors : c'est l'instant ou Ton jongle.

Elle m'apparut en rôve, me nomma citoyen ;

Puis sur le globe entier traçant avec son ongle^

Elle murmura : a Je t'aime catholique ou paien, »

Ses deux beaux yeux brillaient comme la mirahelU,

Et sa voix éloquente eut défié Mirabeau;

Du monde entier elle était la plus belle,

Et la lumière céleste planait sur son flambeau.

Elle ne connaissait pas les beaux vers d'Orestie,

Ses oreilles étaient vierges des chants de Gabrio;

De sa part de souffrances elle était répartie ;

Elle eut tout pardonné excepté Vagio!

« A toi, dit-elle, enfant, le pain sec et la figue,

Au puissant de la terre, les pâtés de faisan.

Je pars et reviendrai pour former une ligue

Et tu boiras peut-être du vin de parmesan, »

Depuis ce temps, mon Dieu, bien souvent la noisette

Remplaçait sous mes dents le succulent pâté.

Si ma Déesse n'était qu'une simple grisette,

pile doit rire des tourments du pauvre âne hâté,

Edmond SounRT,

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