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ce prodige, entre autres Hamon Le Flem, reclus de la paroisse de Louanncc, et Guillaume, le propre tils du possédé, qui entre dans les détails les plus affreux sur les souffrances que son père endu-
ÉTUDE SUR SA VÏE ET SON TËMI'S
rait de la part du démon. Cette guérison ne fut pas sans doute la seule opérée par le saint prêtre, mais c'est celie dont les circonstances ont été rela-
tées avec le plus de développements par un témoin oculaire.
Yves pressentait cpie sa fin approchait, et dans l’ardeur de son zèle, il se livrait avec plus de force encore au ministère de la parole et au soin des aines. Il interrompit cependant un instant ses travaux pour faire son testament et disposer en œuvres pies, des biens dont il avait hérité de ses parents. Voici l’abrégé dece document, s Moi, Yves Iléloury, je lègue par ce testament à la chapelle (pie j’ai fondée en l’honneur de notre Seigneur Jésus-Christ, de sa très sainte Mère, du bienheureux saint Tugdual, son confesseur, avec la maison qui y est contiguë, bâtie par moi, de mon propre bien et de
la part d’héritage qui m’est échue de mon père
Iléloury et de ma mère, située dans les limites du Minihy, autant que me le permettent les usages et coutumes, avec l’autorisation d’Alain de Bruc,
évêque de Tréguier, savoir: trente livres à prélever
sur les dîmes du Quenquis et les biens échanges,
tels qu’ils existent maintenant, pour venir en aide à la dite chapelle ci aux prêtres qui la desservent
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SAINT YVES
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et devront y célébrer l’office divin à perpétuité, avec l’agrément dudit seigneur évêque. Mes autres biens, s’il s’en trouve après ma mort, ce que je
n’espère guère, à part quelques livres dont je me sers pour les fidèles, je les lègue encore aux prêtres qui desserviront ma chapelle et devront y résider continuellement. Oue Dieu me soit en aide et accorde la vie éternelle à mes successeurs. Ainsi soit-il. Fait le vendredi après la fête de saint Pierreaux-liens, l’an mil deux cent quatre-vingt-dix-sept, d N ous ne rapportons que le sens de ce document, la seule chose qui restait de la main de saint Yves et qui a été bridée pendant la révolution avec d’autres manuscrits précieux. Nous voyons par la phrase qui suit le texte du testament, que celte chapellenie avait été fondée trois ou quatre ans auparavant, en 1293. M. Ropartz fait remarquer cependant avec raison que c’est une faute de copiste, et que la chapelle de Kermartin ayant été dotée du temps d’Alain de Bruc, il faut lire 1283 pour date certaine. Celte rectification explique le passage où le bienheureux déclare posséder ce patrimoine, avec l’autorisation du seigneur évêque de Tréguier. Saint Yves n’a rien légué aux pauvres, parce qu’il espère bien leur donner toute sa fortune avant de
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ÉTUDE SUR S.\ VIE ET SON TEMPS
mourir, et ne garder que le strict nécessaire pour la desserte de sa chapellenie.
Nous croyons devoir placer ici un extrait d’un aveu de 1601 , dans lequel on énumère tous les biens attenants à celte fondation.
« Vénérable et discret Barthélémy Mathurin, chanoine et trésorier de Tréguier et chapelain de la chapellenie de saint Yves de Kermartin, tient
sous ladite seigneurie de Kermartin, à cause d’icelle
chapellenie: tous et chacun des héritages et terres, qui appartiennent à la dite chapellenie, lesquelles ont été données à la dite chapelle, par le dit saint Yves, et lesquelles il avait eu de partage, pour son droit avenant de la dite maison de Kermartin, de laquelle il était fils et juveigneur, lorsque, augmentant la fondation qui était auparavant en icelle chapelle, il y donna pour plus ample dotation et fondation, tout ce qui lui comptait de droit avenant de la succession de ses père et mère, réservant à ses successeurs, concurremment avec le dit seigneur, évêque de Tréguier, le droit de patronage et de présentation de chapelain au dit saint Yves, lorsque le cas y échoit.
« De quoi sont les successeurs seigneurs de Kermartin en bonne el valable possession immémoriale
SAINT YVES
jusqu’à présent- Desquelles terres la déclaration en suit : les maisons, portes, galerie, étables, jardins, vergers, colombier, bois de haute futaie et une pièce de terre de jouxte, en laquelle est situé le dit colombier, joignant et s’entretenant ensemble et d’un endroiL sur la dite chapelle, d’autre sur le chemin menant du dit lieu de Kermartin à la fontaine Saint-Yves, d’autre sur autre chemin menant de la dite fontaine à la dite chapelle. Item, une autre maison, porte, aire, jardin et eourtil de jouxte, où demeurait jadis Jean Hervé, avec une pièce de terre illee adjacente appelée.... joignant et s’entrelaçant ensemble, et d’un endroit sur terre GefTroy le Lagadec, et d’autre endroit, sur le chemin menant de la dite chapelle à la fontaine de Monsieur saint Yves, quitte de rente et de
chefs rentes. » Suit un autre extrait détaillant les
biens des seigneurs de Kermartin, où l'on voit qu’ils partageaient avec les seigneurs de Coatmen, de Pomme rit et du Verger, l'honneur de porter l’Evêque de Tréguier, pour son installation, depuis la cathédrale jusqu’à l’église de Notre-Dame de Coatcolvezou, et de là au palais épiscopal, avec le droit de partager avec eux tout ce qui restait du souper de l'évêque, y compris linge et vaisselle.
ÉTUDE SUR SA VIE ET SON TEMPS
C'est peut-être aussi le moment de répondre à une demande que l’on se l’ait souvent en visitant l’église paroissiale de Minihy-Tréguier : à savoir si c’est la chapelle bâtie par saint Yves, eL dont il est parlé dans son testament. Si ce n’est pas l’église actuelle, où était donc cette chapelle primitive, avec la maison contiguë ? Nous croyions avoir trouvé dans cette construction tous les caractères des monuments du xm c siècle : fenêtres assez élancées, magnifique chevet avec une belle verrière, le tout ressemblant à une chapelle absidale d’une église non achevée qu’un bon recteur a terminée, au commencement de ce siècle, par une tour en dein cintre avec une flèche ogivale, qui semble avoir été prise à une construction bien antérieure. Les archéologues ont cru devoir la classer parmi les monuments du xv c siècle. Nous nous rendrons volontiers à leur avis, en maintenant toutefois, qu’à celle époque l’église primitive a subi des modifications dans le slyle de ce siècle, mais qu’au fond la chapelle actuelle est bien celle qui fut bâtie par saint Yves. Il est facile de voir qu’il y a eu une réédification à partir de la base des fenêtres, par les parties de murailles conservées et qui s< t terminées en retrait, particulièrement à l’en-
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droit où est adossée la toile du testament de saint
Yves, duc au* soins de M lle de Parthenaye.
Ce testament était jusqu’au xvm c siècle tracé sur l’enduit du mur, et les anciens se souviennent encore d’en avoir vu les caractères à moitié effacés.
Une avenue de hautes futaies faisait communi-
quer cette chapelle avec le manoir de Kermartin, et la maison contiguë a été remplacée au xvi c siècle par la belle construction qui n’en est sépa-
rée que par le chemin, cl qu’on appelle toujours
la maison du chapelain : ty ar chapalan. Elle est précédée d’une cour spacieuse où l’on entre par deux portes en ogives, l’une pour tes voitures et l’autre pour les piétons. Quatre tourelles la flanquaient aux angles, et h une d’elles donnait entrée sur le grand courlsl, où l’on voit toujours le pigeonnier, avec le chemin de la fontaine, une des plus
belles sources du pays.
Au côté nord de la chapelle et presque au chevet, on distingue les armes de Coetquis ; aux clefs de voûtes, quatre autres écussons, dont deux entièrement frustes. Les deux autres sont de Ean-
tillac et de Traouwas. Ce sont sans doute les sei-
gneurs qui ont fourni aux dépenses nécessaires pour la restauration de Ü80. Jean de Coetquis
était évoque de Tréguier, et de Lantillac chanoine de la calhédrale. Les armes de ce dernier se voient encore sur on enfeu de cette église, près de la chaire, et dans rintéricur du cloître. L'Evêque de Tréguier ayant été constitué par saint Yves comme patron de la chapellenie de Kermartin, c’est à lui que revenait le droit de nommer les chapelains et de les mettre en possession des biens légués par le saint prêtre. En 1601, Guillaume du Ilalcgoèt, alors évêque, en fit. le récolement que nous avons donné plus haut et qui nous a été fourni gracieusement par le propriétaire actuel, M. Guillerm. Le bénéfice était peu considérable, mais il suffisait à f entretien du modeste chapelain.
Depuis la fondation de sa chapellenie, Yves venait encore plus souvent à Kermartin. Il avait présidé à la construction de la chapelle et maintenant il voulait s’assurer par lui-même de tous les détails du service religieux. H l'avait dédiée à la sainte Vierge, en souvenir de sa consécration à celte bonne Mère, dans l'église de Notre-Dame de Coatcolvezou. Trois jours avant sa mort, il y dit sa dernière messe, car, par une laveur toute spéciale, Lieu lui avait révélé ce jour, quelques semaines auparavant. 11 conlia ce secret àTypliaine de Des-
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ti vien : « Je pressens, lui dit-il, par la faiblesse de mon corps, que le terme de ma vie approche, et c'est pour moi un grand sujet de joie. Et s'il plaisait à Dieu de hâter ce moment, je m’en réjouirais encore davantage ; mon plus grand désir est de voir ce corps se dissoudre et mon âme s’envoler vers le ciel ! » Ces paroles jetèrent celle pieuse dame dans des transports de tristesse
« Père bien-aimé, s'écriait-elle dans sa douleur, demandez donc au Seigneur do retarder encore ce moment terrible, à cause de nous et de tous ceux qui vous aiment ! Cruelle mort, c’est ainsi que tu viens nous séparer ! Que je suis malheureuse ! Pourquoi me quittez- vous, et à qui m'abandonnez-vous dans ma désolation ! Ce n'est pas seulement à cause de moi, mais pour ce peuple qui ne vit que de vos paroles et de vos bienfaits ! Je vous en supplie, restez encore quelque temps au milieu de nous ! Saint Martin, au moins, ne refusait pas de vivre plus longtemps si c’était nécessaire pour ]e bien de son peuple ! » Le saint prêtre lui répondit : « Si vous m'aviez vu, moi ou quelqu’autre, revenir victorieux d'un combat, vous vous réjouiriez avec moi, et maintenant que Dieu,
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sc contentant du peu que j’ai fait pour lui, veut bien me donner le prix de mon travail, vous versez des larmes et vous vous laissez aller à la douleur ! Jugez vous-même si c’est raisonnable ! » Ces jours d’angoisses se passaient dans des adieux touchants sans que le saint prêtre, qui sc voyait mourir, ralentît en rien ses exercices de piété ou ses devoirs de pasteur.
La semaine où il mourut, bien que son corps fût broyé par la douleur et la maladie, il ne cessa
pas de célébrer la messe ni d’entendre les confes-
sions. Il continua même ses prédications comme à l’ordinaire, et le mercredi, nous dit le P. Maurice Geifroy, il célébra avec ferveur et une plus
grande dévotion encore sa dernière messe, dans
sa chapelle de Kermartin. Pendant le saint sacri- *
lice, il versa des larmes abondantes et lit entendre des soupirs et des gémissements qui durèrent longtemps. Il était si faible qu’il fallut lui aider à revêtir les ornements de la messe, le sou tenir à l’autel, et empêcher ses bras de tomber pendant
l’élévation de l’hostie et du calice. Ce furent les
abbés de Beau port et de Bégard, avec le seigneur de Kerimel , archidiacre de Tréguier, qui lui rendirent ce dernier service. Cet affaissement
SAINT YVES
extrême ne l'empêcha pas d’aller, aussitôt après la messe, confesser les quelques personnes qui sollicitaient de lui celte grâce suprême.
Le jeudi, ne pouvant plus ni célébrer ni tenir debout ou assis, Yves se coucha sur son pauvre grabat et força longtemps ses lèvres defaillantes à prononcer les prières qui lui étaient habituelles. Bien plus, à mesure cpie ses membres s'affaiblissaient, il semblait que son esprit, se dégageant peu à peu de sa prison, avait des élans de ferveur plus forts et plus touchants. 11 montrait le ciel à ceux qui l’assistaient dans ses souffrances, les consolait par scs paroles édifiantes, et leur prêchait encore le royaume de fieu. L’Evêque de Tréguier, Mgr Gcllroy de Tournemine, s’empressa d’aller bénir le pieux mourant. Quelques membres de l’official i té et des chanoines de la cathédrale vinrent aussi le visiter, et firent tous leurs efforts pour le décider à laisser mettre un peu de paille, au moins, dans son lit et sur la pierre où reposait sa tête. « Non, leur répondit-il, je ne mérite pas cet adoucissement, et j’ai tout ce qu'il me faut. » Les mains jointes, et les yeux fixés sur un crucifix peint à la muraille, il continua ainsi de prier avec la plus grande ferveur.
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Le lendemain, ses paroissiens el ses amis, ayant appris que leur bon pasteur n'avait plus que quelques inslanls à vivre, accouraient en foule pour le voir une dernière fois, en faisant entendre partout leurs cris de désolation. Cette démarche le toucha vivement, mais il leur fit dire de ne pas se donner la peine de venir ; bien p ! us, de se consoler parce qu’il était dans l’état où il voulait êlre depuis longtemps, et qu’il avait demandé au bon Dieu de mourir ! Le samedi, à l’approche de la nuit, se sentant de plus en plus défaillir, le saint prêtre se confessa à GellVoy de Lanno, recteur de la ïïoehe- Derrien, et supplia de ne pas tarder davantage à lui donner la communion du corps de son Sauveur. Après avoir reçu le Saint-Viatique avec la piété la plus édifiante, il demanda aussi à recevoir l'Extrême-ünelion. Ce dernier sacrement, qui console el qui purifie, lui fut administré, avec une grande solennité, par Ilamon Gorree, vicaire de Tréguicr, en présence de l’officialité, des chanoines et des prêtres de la ville, aussi bien que d’un nombre considérable de fidèles accourus de tous les côtés.
Le pieux mourant répondit aux psaumes et à toutes les prières liturgiques avec une touchante dévotion, sans perdre de vue un instant le crucifix
SAINT YVES
placé en face de son lit. Après la dernière onction, il perdit la parole, mais ses lèvres baisaient toujours amoureusement la croix, et il en fit le signe plusieurs fois sur lui-même durant la nuit. Quand le jour commença à poindre, ses regards se tournèrent vers le ciel, et il rendit son âme à Dieu à l’âge de cinquante ans.
C’était le dimanche dans l'octave de l’Ascension,
le 19 mai, l’an 1303 , jour désormais célèbre et cher aux Bretons. La mort, en frappant le saint pasteur, n’avait pas laissé son empreinte sur scs traits vénérés. Sa figure était radieuse, quelque chose de divin se reflétait sur son front, et jamais il n’avait paru aussi beau. On aurait pu douter de sa mort, tant son visage semblait sourire î
Ce ne fut qu’un cri de douleur dans tout le pays, quand on apprit celte fatale nouvelle. On se répétait à travers les sanglots : Dom Yves est mort ! C’csl un saint ! Oui, un saint !
§ XIV. — Funérailles de saint Yves, Miracles sur
son tombeau,
Pendant les deux jours que le corps du bienheureux fut expose, le manoir de Kermartin ne se.
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désemplit pas un instant. De tout côLé on se pressait pour contempler une dernière l’ois ces traits vénérés, où brillait déjà comme l’auréole de la gloire du ciel. Chacun voulait lui baiser les mains et y faire toucher quelque objet de piété; ses paroissiens versaient des larmes de désolation, et les pauvres faisaient entendre des cris déchirants !
Pendant ce temps, ses funérailles se préparaient. Yves aurait voulu être enterré près de sa chapelle, dans le tombeau de scs parents ; mais l’évêque donna l’ordre de lui préparer une tombe dans sa cathédrale. Le lieu de sa sépulture dut être un de ccs en feus creusés dans les murs de nos vieilles églises. Oc mur ayant été détruit par leducJean Y, pour la construction de sa chapelle, le tombeau du saint aura été reculé jusqu’au milieu de la nef latérale, où Mo r Bouché, successeur de Gelfroy de Tournemine, lui a érigé un superbe monument.
Les chemins qui menaient à Kermarlin se couvrirent bientôt d’une foule immense : tous voulaient assister à l*enlerrement du saint prêtre. C’est à peine si le cortège pouvait avancer : il fallait s'arrêter à chaque instant pour laisser les toucher le cercueil et donner cours à leurs sanglots. L’évêquc, entouré de son clergé et d'une foule de
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SAINT YVES
seigneurs, vint recevoir le corps à la porte de sa cathédrale, et apres la cérémonie funèbre, souvent interrompue par les cris de douleur, l’humble prêtre tut déposé dans ce sépulcre, que tant de prodiges devaient bientôt rendre si glorieux ! On chanta pour lui une octave de services, selon les prescriptions de l’Eglise, bien que chacun fût convaincu que son âme si pure et si belle était déjà dans la gloire !
Le silence ne se fil pas longtemps autour de ce tombeau. Avant la lin de l’octave, le chevalier Alain
de Keranrais, passant par la cathédrale, aperçut un jeune homme couché sur la tombe du bon curé. La terre était fraîchement remuée et aucune pierre ne le couvrait encore. « Oue faites-vous là, dans cette posture, lui demanda le chevalier ? » —
« Seigneur, répondit-il, je remercie le saint prêtre qu’on a enterré ici il y a sept jours. J’étais aveugle et il m’a rendu la vue. » Le bruit du miracle
iit en peu d’instants le tour de la ville. Le jeune homme était du village de Coat-ar-groas, en la paroisse de Langoat. Il s’appelait Guyon, fils de Hamon ou Omnès. Tout le monde le savait aveugle, et après sa guérison il fut interrogé presque avec
autant de curiosité que T aveugle-né de l’Evang ilc.
ETUDE SUR SA VIE ET SON TEMPS
Bientôt une foule d’aveugles et d’autres malades vinrent prier sur le tombeau du bienheureux Yves de Kermartin.
Un aveugle de Rocamadour, qu’on voyait tous les jours dans la ville mendier de porte en porte, conduit par un petit chien, alla lui -même s’y prosterner plein de confiance dans la puissance du saint prêtre, et le soir même on le vit se promener complètement guéri ! (.le miracle, dit Typhaine de Pesti vieil, causa une joie inexprimable dans toute la ville !
Margille, fille de Pierre, seigneur de Lanmeur, avait sur l'œil droit une tache de la grosseur d’un pois. Sa mère ayant entendu parler des miracles qui s’opéraient sur le tombeau du bienheureux, la voua à celui qu’on vénérait déjà comme un saint, et promit, si sa fille était guérie, de venir nu-pieds jusqu’à Tréguier pour lui rendre grâces. Le lendemain, la laie était disparue, et la pieuse mère lil son pèlerinage comme elle l’avait dit, ne cessant d’exalter partout la puissance et la bonté du saint prêtre ! Deux autres guérisons de la vue, moins importantes sans doute, mais non moins miraculeuses, furent obtenues par la même protection, pour Théophane, fille de Derien, pauvre mendiant
de Prat, et Pétronille, épouse de Guillaume Arvarec, de la paroisse de Trégrom.
Even, fils de Eude Donval, de la paroisse de Plounévez, atteste sur la foi du serment, qu’à Page de dix ans environ, se trouvant près du moulin des Moines de Regard, sur la grande rivière, il fut accroché par la roue et entraîné sous le tournant. Une femme qui était là par hasard, le voua à saint Yves. Aussitôt le moulin s’arrêta par miracle. On retira le pauvre enfant qui avait une horrible blessure à la tête, cl l’œil arraché de son orbite. Le vœu fut, renouvelé et Even se trouva immédiatement guéri, sans qu’il restât d’autre trace qu’une petite lésion au front. D’autres guérisons se sont fait attendre
; plus longtemps. Alors les habitants, aussi familiers avec leur saint compatriote que les Napolitains à l'égard de saint Janvier, ne lui ont pas épargné les reproches : « Ah ! bienheureux saint Yves, s’écriait une pauvre fille qui clait , depuis plusieurs mois, la vue pour sa mère, on dit que vous faites beaucoup de miracles, mais cela ne paraît guère pour moi, qui vous demande depuis si. longtemps la guérison de ma pauvre mère ! » Elle s’éloignait tristement de Tréguier quand sa mère s’écria : Mais je vois très
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bien ! et, sans altendre sa fille qui pleurait de joie et de reconnaissance, elle courut toute seule jusqu’à l’église, et se prosterna sur la tombe du saint pour le remercier. C’est Aulïret, abbé de l’on-Repos, qui
atteste ce miracle passé sous ses yeux.
Lavinie, veuve de Hervé le Clerc, de la paroisse de Coatréven, voyant sa fille Julie, âgée seulement
de douze ans, complètement aveugle depuis deux
mois, promit au saint thaumaturge une rente à payer tous les ans sur son tombeau, s’il voulait la
guérir par la vie ou la délivrer par la mort : per morlem cnit per vi tain. Le bon saint Yves, excusant
sans doute cette demande insensée d’une mère affolée par la douleur, rendit la vue à la pauvre enfant, qui vint sur sa tombe le remercier de cette faveur signalée.
11 serait trop long d’entrer dans les détails de toutes les guérisons obtenues par les aveugles, grâce à l’intercession du saint prêtre. Notre intention n’est (pie de rapporter quelques-uns des miracles de tous genres opérés sur son tombeau, et que nous avons relevés dans le procès de canonisation. Voici les plus connus de ccs miracles : Raimond, fils d'Alain le Roux, de la paroisse de Rourbriac, était tombé sous le moulin de Henri
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SAINT YVES
Duaut. Quand il en fut retiré il avait cessé de respirer et son corps n’était qu’une plaie. Gelfroy Morvan, le voua à saint Yves et promit, si l’enfant revenait à la vie, de déposer un cierge de la grosseur de son corps sur le tombeau du bienheureux. Aussitôt l’enfant commença à respirer et fut complètement guéri, sous les yeux d’un grand nombre de témoins qui ont attesté ce miracle devant les juges enquêteurs.
Azénor, veuve de Guyon, de la paroisse de Prat, promit de jeûner trois jours par semaine, si le saint voulait rendre la vie à son lils Alain, qui venait de mourir dans la nuit. L’enfant fut ressus-
cité et vécut encore douze ans, n’ayant qu’une légère infirmité à l’une des narines. La mère et les sœurs ont attesté ce miracle qui fit une impression profonde sur toute la contrée.
Aymar, fils de Uamon de Kerguézai, se baignant dans la rivière qui passe à La uni on, tomba au fond de Peau et y resta deux heures. On venait de l’en retirer et il était couché sans vie sur le rivage, quand ses parents arrivèrent en courant ; « Grand saint Yves, s’écria la mère, rendez-moi mon fils et il sera à vous toute sa vie ! » Aussitôt reniant ouvre un œil, puis l’autre, lève les mains comme
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ÉTUDE SUR SA VIE ET SON TEMPS
s’il fut sorti d'un long sommeil et appelle sa mère î C’est elle-même qui atteste ce miracle, ainsi qu’une de ses tantes, et Hervé son camarade qui se baignait avec lui.
Yves, fils de Savine, veuve Rivoalan, de la paroisse de Plouguiel, mourut le Jeudi-Saint à l’âge de cinq ans. On se préparait à l’enterrer le dimanche de Pâques, quand la mère s’écria : « O saint Yves, rendcz-rnoi mon lits et il vous sera voué toute sa vie. Je promets de plus de déposer sur votre tombe bénie un cierge de la longueur et de la grosseur de son corps ! * Aussitôt elle commença à prendre la mesure de l’enfant qui revint à lui et ne retourna au Ciel qu’à la fête de Noël. Lorsque les prêtres arrivèrent quelques instants après pour procéder à la cérémonie funèbre, ils furent merveilleusement surpris de voir le jeune ressuscité venir lui-même au devant d’eux, et les prier de remercier avec lui le grand saint Yves qui l’avait rappelé à la vie !
Alain, fils d ’ Yves Cadiou, de la paroisse de I‘leubian, était tombé, à l’âge dedix-huit mois, dans une fosse pleine d’eau. Il en fut retiré glacé par la mort et porté chez ses parents à un bon quart de lieue delà. Sa mère, le voyant mort, se hâta de le vouer à
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saint Yves et l'enfant revint à la vie. Ï1 est venu luimême témoigner de ce prodige, dont tout le monde du voisinage l'avait instruit, cl la maison où il
habitait a toujours une statue du bienheureux sur sa façade : elle porte le nom de Toul-ar-voen.
Pareil miracle fut opéré pour Jean, dis de Pierre le Corrc, de Lanmeur, qui était tombé sous la roue d'un moulin, à Morlaix ; pour Jean, fils de Jeanne le Vau, de la paroisse de Pleubian, qui s’était noyé dans une fontaine, et un autre enfant tué d’un coup de pied de cheval. Ils furent ressuscités par la protection de saint Yves, ainsi que six autres dont il est question dans l’enquête de canonisation, sans parler d’une dizaine de pauvres femmes qui n'ont dû qu'à l'intercession du saint prêtre, de conserver et de mettre au monde en vie, les enfants morts dans leurs seins. Nous allons continuer de rapporter, en abrégé, quelques autres miracles encore opérés sur le tombeau du bienheureux.
Une femme, de la paroisse de Pies lin, Catherine Autred, avait été frappée d’une paralysie complète. Un la porta sur le tombeau du saint où elle passa
sept semaines à prier avec beaucoup de ferveur. Comme elle n'obtenait pas cependant sa guérison, malgré scs supplications et ses larmes, on l’attacha
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de nouveau sur son cheval, et elle s’éloignait dans la plus grande tristesse. Avant de perdre de vue le clocher de Tréguier, elle voulut jeter encore une dernière fois les yeux sur cette église bénie où reposait le corps de celui qu’elle avait invoqué en vain. « Grand saint Yves, s'écria-t-elle, il sera donc dit que vous n’aurez pas pu guérir une pauvre femme comme moi ! Que dirai-je dans mon pays quand on parlera de votre puissance. Oh ! que je voudrais vous devoir ma guérison ! » Comme elle
disait ces mots, elle se vit environnée d’une grand lumière ; une chaleur bienfaisante se répandit dans scs membres engourdis : c’était la guérison. La pauvre femme descendit seule de cheval et retourna à pied de Pontlosquet à Tréguier, pour rendre grâces au bienheureux et prier sur son tombeau. Elle est venue elle-même, avec les personnes qui raccompagnaient, attester ce prodige devant les commissaires de l’enquête. Pareille grâce lut obtenue par un homme de Guérande, qui priait depuis cinq semaines dans l'église de Tréguier et étaitperclus des deux jambes.
1 n noble Espagnol de Fontarabie, nommé Don Miguel, ayant craché dans la main d’un pauvre qui lui demandait l’aumône au nom de Dieu et de saint
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Yves, fut saisi d’une fureur telle que personne ne pouvait le retenir. Il voyait, dit-il, un homme velu de blanc qui le frappait et allait le tuer, lieux matelots le lièrent et le transportèrent sur son navire, dans le quai à T résilier ; mais sa fureur n’en devint que plus violente. Le capitaine le voua à saint Yves, le lit descendre pour être porté sur le tombeau du saint, et fit dire des messes et donner d’abondantes
aumônes aux pauvres en son nom. lieux jours apres, il fut parfaitement guéri. Laurent le Saint qui a rapporté ce miracle, en relate un autre plus merveilleux encore. Il s’agit d’un homme de Niort qui a été pendu trois lois le même jour. Il avait invoqué saint Yves et la corde cassa au tant de fois . C’est lui-même qui est venu à pied remercier le grand saint de l’avoir sauvé de la mort. 11 était nu-pieds,
en chemise et la corde au cou, excitant par ses larmes de reconnaissance l’admiration de tout le monde.
Nous passons, dit Dom bobineau, un nombre prodigieux d’autres miracles, d’hvdropiques guéris, de tempêtes apaisées, d’incendies éteints, de personnes délivrées qui étaient sur le point de périr dans des naufrages. Le peu que nous avons rapportés suffisent pour faire voir combien était grand, auprès
ÉTUDE SUP. SA VIE ET SON TEMPS
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de Dieu, le crédit du saintprêlre, puisqu’il daignait, pour le glorifier, suspendre ainsi les lois de la nature.
Tant de merveilles avaient porLé au loin le nom et la gloire d’Yves de Kermarlin. La France entière et les nations voisines étaient remplies du bruit des miracles de premier ordre opérés par son intercession. Aussi Jean III, duc de Bretagne, s’empressa-t-ilde se rendre à Avignon, auprès de Clément Y, pour de-
mander la béatification d’un homme dont Dieu avait si hautement manifesté la sainteté, les mérites et la gloire. Beaucoup d’autres princes se joignirent au duc pour obtenir du Saint-Siège celte grâce et celle faveur.
Sur ces entrefaites, Clément V
a mourir.
Les mêmes démarches fuient recommencées auprès de Jean XX 11, son successeur. Le roi de France
Philippe de Valois, et la reine Jeanne sa femme, s associèrent à la demande du duc de Bretagne, et Ives de lîoisboissel, évêque de Tréguier, lut chargé de présenter la requête au Souverain Pontife. Il fut accompagné par le frère du duc, Guy comte de Penthièvre et de Goëllo, et plusieurs autres gentilshommes bretons. Les évêques de la province et plusieurs autres prélats, ainsi que V Université de
Paris, joignirent leurs instances aux prières des Bretons. Jean XXI t reçut avec bienveillance les envoyés
du d uc à Avignon, et résolut de procéder à l’enquête canonique, sur les vertus et les miracles du saint prêtre breton, Yves Héloury de Kermartin.
§ XV. — Enquêta pour la Canonisation de
saint Yves.
Les commissaires nommés par le Souverain Pontife pour examiner la cause du bienheureux Yves de Kermatin furent : Roger, évêque de Limoges, prélat d’une grande sainteté et neveu du cardinal Pierre de la Chapelle, qui avait été le digne maître du jeune étudiant à Orléans ; Aquiiin, évêque d’Angoulême, neveu de Guillaume de Blaye un autre de ses maîtres, cl Aimcry abbé de Saint-Martin de Troan près de Caen. Us s’étaient adjoint le R. P. Maurice, abbé de Sainte-Croix de Guingamp ;
Maître Pierre du Closeau, d’Angoulème ; Barthé-
lémv, prieur de l’église des Granges au diocèse de Bourges ; Guillaume, chanoine du Mans et d’Àulun ; Jacques, chanoine d'Angoulôme; Raoul, archiprètre de Tiroza, de Limoges ; Jacques, recteur d’Asso en Languedoc et Jean d 'Allemand , de Limo-
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ÉTUDE SUR SA VIE ET SON TEMPS
gcs, notaires apostoliques, avec lloger Polin, du diocèse de Bayeux, notaire impérial. Comme interprètes de la langue bretonne, ils avaient choisi : Aulfray, abbé de Bonrepos, en Cornouailles; Hervé de Ploermel, chanoine de Saint-Brieuc et de Vannes ; Olivier de la Cour, clerc, et Jacques, recteur de Mesquer, au diocèse de Nantes, tous notaires apostoliques, à l 1 exception du vénérable abbé de Sainte-Croix. C elait le seul enquêteur du diocèse de Tréguier, comme simple représentant et porte-voix des trois cents témoins, qui avaient paru dès le commencement devant la commission. Le 23 e jour de juin, ils jurèrent, par l’organe de cet Abbé, les mains levées vers la cathédrale de Tréguier, que Yves lié tour y
avait été bon et fidèle catholique , homme d'une grande vertu , que pendant sa vie et après sa mort , Dieu avait par son intercession opéré les plus grands rn
Cette première enquête fut achevée le 4 août 1330. Elle s’était ouverte solennellement la veille
de la Saint-Jean, dans la maison de l’ancien trésorier de la cathédrale, Celfroy de Tournemine. Elle s’appelle aujourd’hui la maison du Duc Jean, dans la rue Colvestre. L’évêque de Tréguier leur présenta les lettres de commission du Pape et ses lettres de
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procuration. Après les premiers témoins produits par l’évêque, Mo r de Boisboissel, il s'en présenta plus de cinq cents autres de toutes les parties de la Bretagne et de différentes provinces de la France. Ils se rendirent tous à l'église cathédrale, et virent le tombeau du bienheureux entouré d’un grand nombre de pèlerins, d'aveugles, de paralytiques, de furieux, de malades de toutes sortes qui faisaient des vœux et des prières pour obtenir leur guérison. Ils comptèrent vingt-sept batelets d’argent suspendus ; de plus une grande quantité de figures en cire, représentant des yeux, des mains, des bras, des jambes avec des suaires, des potences en bois et autres souvenirs de reconnaissance des miracles opérés sur ce tombeau, ils furent même témoins d’un miracle tout récent, attesté avec serment par tous les habitants : le tombeau du saint, surmonté de sa statue couchée, s’était élevé, depuis le commencement de l’enquête, de plus de deux pouces au-dessus du niveau du pavé.
Un autre miracle plus éclatant se serait passé, d’après la tradition du pays, le jour même de l’arrivée des commissaires à Tréguier. Leur voiture aurait écrasé un enfant à l’entrée de la place, et les parents l’ayant porté sur le tombeau du saint, il
étude si r sa vie et son temps
fut ressuscité à l'instant. Pendant longtemps, une statue de saint Yves, placée dans une niche, à l’encoignure d’une maison, à l'entrée de la nie
neuve, indiquait l’endroit où cet enfant aurait été tué. Depuis plusieurs années, elle a été transportée dans la cathédrale, contre un pilier où on la voit encore toujours entourée de fleurs. Un tableau dans l’église de Guénézan, en Bégard, représente
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ce miracle.
La déposition des témoins, écrite par les notaires, fut scellée par les commissaires et présentée en plein consistoire par l’évêque de Limoges, à la cour d’Avignon, Le pape nomma, séance tenante, I le 4 juin 1331, trois cardinaux pour en prendre connaissance et en faire un résumé exact, mais
j plus succinct. Ce furent Jean, cardinal-évêque de î Porto ; Jacques, cardinal-prêtre de Saint-Prisce, et J Luc, cardinal-diacre de Sainte-Marie in via lalà. I Le 11 du même mois, ils firent leur rapport au ■ consistoire, et la cause du saint prêtre marchait ;ï ■4 grands pas, quand le pape Jean XXII, qui l’avait e ' entreprise, vint à mourir. Le duc de Bretagne lui- 1 : même qui avait été si lion et si pacifique, ne put
j ■ conjurer la guerre qui, à sa mort, allait couvrir sa
1 province de sang et de ruines. Son frère Jean,
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SAINT YVES
comte de Montfort, semblait devoir lui succéder ; mais sa nièce, qu’il avait mariée à Charles de Blois,
revendiquait la couronne de son côté. De là cette terrible guerre de la succession, pendant laquelle on songeait à toute autre chose qu’à la canonisation de saint Yves. I
Yves de Boisboissel, le pieux évêque de Tréguier, si dévoué à cette cause, fut bien contrarié de cettelt
interruption qui affligeait vivement les Bretons. ü|i
convoqua tous les curés de son diocèse en uni/ grand synode, et ordonna un jeûne solennel pour le mercredi de la Trinité, avec une messe du Saint-
Esprit dans toutes les églises, pour demander à > Dieu de produire quelques nouveaux miracles pari l'intercession de Monseigneur Yves , fils d'Hélor. , Mais il quitta lui-même le siège de Tréguier et J
mourut avant d’avoir vu réaliser cette canonisation,
pour laquelle il avait tant travaillé. Son successeur,., Alain Héloury, n’attendit pas la décision du pape/ qui tardait tant, au gré des Bretons ; il permit de s.
rendre un culte public à saint Yves, d ^ paroisses de son diocèse. Au synode de 1354, ili ordonna d’en faire l’office solennel, tous les lundis.
de l’année, quand la rubrique ne s’y opposerait paspr; Ce culte que les Bretons purent ainsi rendre à leuru
ÉTUDE SUR SA VIE ET SON TEMPS
illllustre compatriote, les combla de bonheur, et ils e e résignèrent à attendre avec patience le moment mit l’Eglise prononcerait elle-même sur la sainteté oJle celui que tant de miracles signalaient à la vénération des fidèles.
Benoît XII, de douce et sainte mémoire, passa très oeu de temps sur le siège apostolique, et la guerre ille Bretagne, avec ses alternatives de succès et de revers, divisant de plus en plus les esprits, la cause !le saint Yves parut encore oubliée. Cependant, au ianilieu d’une trêve, les Bretons crurent que la protection de leur saint compatriote pourrait mettre afin à tant de calamités. Pour cela il fallait poursuivre oe procès de sa canonisation. 11 n’était que temps fl’y songer. Les Anglais avaient on effet ravagé lire guier, mais ils avaient respecté le tombeau de «saint Yves et tous les ex-voto qui y étaient déposés. JLannion fut sauvé par le courage de Gefiroy de iÇontblanc, mais la Roche- Derricn avait été tour à cour prise et reprise par Charles de Blois et Jeanne )Me Montfort.
Charles de Blois, le duc régnant dont parle le ^Souverain Pontife, profita dhin moment de paix jpour se rendre à Avignon, en 1344, et solliciter jfui-même la conclusion de celte cause, toujours
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vivement réclamée par les Bretons. A l’appui de sa demande, le duc rendit publiquement témoignage, au consistoire d Avignon, de deux nouveaux miracles opérés par l’intercession du bienheureux. Le premier avait rapport à sa personne : il s’était trouvé tellement malade pendant plusieurs jours, que les médecins l’avaient comme abandonné. C’est alors que Charles de Blois eut la pensée de s’adresser à saint Yves, car le peuple ne lui donnait plus d’autre nom, et il fut si complètement guéri per la protection du saint, que trois jours après il put se rendre à pied jusqu’à lai cathédrale de Tréguier pour prier sur son tombeau. Tous les barons qui l’accompagnaient jurèrent que cela était vrai, avant été eux-mêmes témoins du
miracle. Le second se rapportait au sauvetage d'un navire espagnol. Ce navire, chargé de fourrures, ayant coulé bas, resta trois jours sous l’eau. Les marchands qui y avaient leur fortune le vouèrent à saint Yves et il put être relevé miraculeusement, sans perte ni dommage pour les marchandises, qui ne furent même pas mouillées î Clément VI écouta avec beaucoup d'attention le récit de ces merveilles. Il venait de succéder à Benoît XII et avait comme lui, un ardent amour pour les intérêts de l’Eglise.
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A peine monté sur le siège apostolique, saint Yves ! lui était apparu et lui avait reproché la lenteur avec [ laquelle on procédait à sa canonisation.
Le Pontife fit reviser toutes les pièces de la pro- ) cédure qui dormaient depuis dix-sep t ans dans les ; archives. L’honneur de terminer cette affaire lui I tenait à cœur pour deux raisons : la première,
» c’est qu’il pouvait se considérer comme breton,
( étant du pays de Limoges qui était tombé par ; alliance dans la Maison de Bretagne ; la seconde » était tirée de son élection au pontificat, le '10 mai,
; à l’âge de cinquante ans, comme saint Yves avait » été couronné dans le ciel le même jour et au même ; Age que lui, fl convoqua donc un consistoire pour [ le 19 mai de l’année 1347.
§ XVI. — Canonisation de saint Yves,
Les deux cardinaux, Pierre évêque de Sabine,
> cardinal-prêtre du titre de sainte Anastasie, et Gai- «
! liard cardinal-diacre de sainte Lucie, furent chargés [ par Clément Y1 de revoir toutes les pièces du procès
> de canonisation du bienheureux Yves de Kermartin.
[ Ils y mirent la plus grande diligence et leur rapport t fut prêt pour le consistoire du 19 mai, convoqué [ par le Souverain Pontife» Après en avoir entendu
SAINT YVES
la lecture, le Tape prononça un discours resté célèbre, en forme de préliminaire, il demanda ensuite l’avis de tous les prélats qui étaient à la suite de la cour et au consistoire, et donna la parole à ceux de ces prélats qui voulurent bien la prendre.
La première conférence fut faite par Maurice IJ élu y, procureur de saint Yves, chargé de solliciter sa canonisation. 11 prit pour texte ces paroles de l’Apocalypse : Qui sanclusesl sancii ficetur ad/nic. Que celui qui est saint soit encore plus sanctifié.
Le second discours fut prononcé par d'Antioche, sur ce texte du Livre des Rois : Animadverto quodvir Del saur lus csl islc. Je reconnais que cet homme là est un saint.
L’archevêque de Narbonne, Pierre le Juge, devait parler ensuite sur ce texte de l'Ecclésiastique qu’il appliquait à saint \ xe§: Glori ficantes Jbmunun quantum potueriiis, super abit cnim adhuc, Glorifiez-le autant que vous le pourrez, il est encore au-dessus de tous vos éloges. Tombé malade, il ne put prononcer son discours et fut remplacé par Àmanieu, archevêque de Bordeaux, qui prit pour texte ces paroles ; Et horno iste justns. Cet homme-là était
juste.
L’évèque de Nantes, Olivier Saladin, parla apres
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sur ce texte : Laudnns invocabo Dominum. Je louerai le Seigneur cl je l’invoquerai.
L’évêque de Mi repoix vint ensuite et prit pour sujet de son discours ces paroles du Livre des Nombres : Qucmmmque eligerit, ipse erit sanctus. Celui que le Seigneur aura choisi, celui-là sera un saint.
L’évêque de Sagontc développa à son tour ces paroles de saint Luc, appliquées à noire bienheureux : Dif/nus est ut hoc Mi pr (estes. Il est digne que vous fassiez cela pour lui.
Jourdain le Court, de l’ordre de Saint-François, évêque de Trivento dans l’Abruzze, commente ces paroles de la première Epitre de saint Pierre : Ut in omnibus honorifwetur Deus. QueDieu soit honoré en tout. Le prédicateur, comme c’était assez l’usage à cette époque, applique le mol Deus, en hébreu Eloï, au nom de saint Yves, ilélory, se croyant sans doute autorisé par saint Pierre à demander que saint \ves fût honoré par tout le monde.
Enfin, pour clore celle série de discours, un Ermite de saint Augustin, Gefïroy, évêque de Ferns en Irlande, prit la parole pour appliquer à saint Yves celle parole de Noire-Seigneur dans saint Jean : Pater, venit hora, clarifica jilium tuiuti. Père, le temps est venu de gloi’iiier voire fils.
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On voit que le but 0e ces differents orateurs était d’engager le Pape à passer outre et à prononcer la canonisation de saint Yves. Le Souverain Pontife, répondant à ces pressantes invitations, se lève et commente solennellement ces paroles du prophète Isaïe : Exulta et lauda, hahitatio St on, quia mag-
nas in média tui sanctus Israël. Réjouis-toi et chante des louanges, demeure de Sion, parce que le Saint d’Israël qui est au milieu de toi est grand ! Api rès ce discours on chanta le Veni Creator , poui implorer les lumières du Saint-Esprit, puis le Pontife infaillible prononça son jugement en ces termes :
« Au nom et par l’autorité de Dieu, des saints Apôtres Pierre et Paul et la Nôtre ; de l’avis unanime de Nos livres, Nous Clément, Evêque, Serviteur des serviteurs de Dieu, Décrétons cl Ordonnons, que Dom Yves, lils d’Ilélory de bonne mémoire, jadis prêtre du diocèse de Tréguier et avocat des pauvres, soit inscrit au catalogue des Saints et honoré comme tel par tout le monde ; que sa fête soit célébrée tous les ans par l'Eglise universelle, le 19° jour de mai qui est le jour de sa mort, et qu’on fasse son office avec solennité comme d’un confesseur non pontife.... »
Viennent ensuite les indulgences que le Souve-
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rai n Pontife accorde tà ions ceux qui assisteront à réléval ion de son corps et au premier office qu'on fera de lui dans la cathédrale de Tréguier. Celle bulle, dont nous ne donnons qu’un petit abrégé, fut envoyée à Tréguier et reçue avec une explosion de joie facile à comprendre. Un grand nombre de ceux qui avaient assisté à l'enquête étaient déjà morts. Alain Héloury, évêque de Tréguier, avait suivi au tombeau Yves de Boisboissel, transféré à Saint-Malo, et Richard du Poirrier avait pris sa succession depuis neuf ans. C’est lui qui a construit ou du moins commencé la cathédrale de Tréguier telle f[ue nous la voyons maintenant. C’est à lui aussi que Dieu avait réservé l’honneur de voir canoniser saint Yves, le modèle du clergé et la gloire de son diocèse.
En même temps que le Souverain Pontife envoyait à l’évêque do Tréguier la Bulle de canonisation de Saint Yves, qui y est encore conservée, il notifiait aussi ce qui venait de sc passer, par une autre bulle adressée à Philippe de Valois, roi de France :
« Afin de contribuer à votre joie spirituelle, y est-il dit, et d’augmenter vos consolations, Nous voulons faire connaître à votre Excellence royale, par ces présentes, la canonisation du saint confesseur Yves,
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jadis prêtre au diocèse
de Tréguier, pour laquelle
vous Nous avez vous-même adressé d'instantes prières. Procédant au nom du Seigneur, après un long examen, de grandes précautions et une mure délibération, tels que l'exige la difficulté d’une affaire de cette importance, il Nous a paru, par des preuves
certaines, que cet homme a mené une vie toute sainte et pleine de bonnes œuvres, en châtiant sa chair et en la soumettant pendant toute la durée de sa vie, ce qu’il n’a pu atteindre que par de grandes et innombrables austérités. Il Nous a paru encore qu'il a opéré des miracles éclatants pendant sa vie et après sa mort.
« Donc en présence d une grande multitude de personnes tant du clergé que du peuple, et après avoir observé toutes les solennités accoutumées en
pareilles occurrences, ayant en vue la gloire de Dieu et la consolation des fidèles, principalement de votre royaume dont Yves était originaire, votre gloire et celle de votre Etat, de l’avis de Nos frères, Nous
l’avons canonisé et ordonné de l’inscrire au cata-
logue des Saints ; qu’il y sera inscrit et honore a l'avenir comme saint ; que sa fête sera célébrée
chaque année le 10 e jour du mois de mai, jour auquel son âme déchargée du fardeau de son corps
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est allée, par l’échelle de la gloire, se joindre dans le ciel aux habitants du Paradis.
« Et comme les habitants de ce pays ont une grande dévotion à ce saint, et que déjà un grand nombre de personnes ont recours à son intercession lui font des vœux et reçoivent sans cesse de lui la guérison de leurs maux parleurs ardentes prières, votre joie spirituelle, mon cher fils, doit augmenter et cela vous porte à vous élever de plus en plus
vers Dieu pour le remercier de vous avoir donné, dans sa cour céleste, un tel patron et un tel intercesseur. (Trad. de M. Ropartz). »
Enf in une troisième bulle, également datée d'Avignon, prescrivait à I evùque de Tréguier de relever le corps de saint Yves et de l’exposer dans un endroit convenable pour être vénéré par les fidèles :
<? C’est, dit le Souverain Pontife, un usage très louable, déjà ancien dans l’Eglise et qu’on ne saurait trop imiter, de solenniser le jour où les corps des Saints sont relevés de leurs sépulcres, afin que leurs os, ayant fleuri dans leurs tombes, produisent comme le bon grain une abondante moisson. Ces bienheureux étaient en effet comme des semences
de bonnes œuvres, déposés dans la terre ; mais entourés de, grâces abondantes, ils ont trouvé dans la
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patrie du ciel, la récompense des angoisses de la vie. Non seulement leurs âmes sont en possession de la lumière de la gloire éternelle, mais leurs corps, quoique encore dans la terre, sont élevés de l’humilité de la tombe au faite de ia vénération publique. Leur translation est figurée parla recommandation du patriarche Joseph à ses enfants, de ne pas laisser ses os en Egypte, mais de les transporter dans la terre promise.
« Nous aussi voulant célébrer solennellement la translation du corps du bienheureux Yves, prêtre du diocèse dcTréguicr, le nouveau Saint que Nous venons de canoniser et qui a une place d’honneur parmi les Saints du Ciel, grâce à ses mérites manifestés par les grands miracles de sa vie, Nous accordons, de Notre propre autorité, de relever de sa tombe, le jour convenable, en présence du clei ’gé et du peuple, le corps de saint Yves et de le placer dans un lieu honorable.
« La fête de la translation sera célébrée désormais avec une grande solennité, et, pour qu’il y ait un plus grand concours à celte fête, Nous accordons, par les mérites de ce Saint, par la miséricorde de Dieu et l’autorité des saints Apôtres, à tous ceux qui, le cœur vraiment pénitent, visite-
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ront ses reliques ce jour-là, une indulgence de sept ans et sept quarantaines ; à ceux qui s’y rendront chaque année, le jour anniversaire de celle fête, une indulgence d’un an et une quarantaine ; enfin, une indulgence de cent jours à tous ceux qui feront cette visite un des jours de l’octave. »
Le Pape Glement VI, en terminant son beau discours sur saint Yves, avait dit : « Avant donc à canoniser ce Saint, Nous le prierons ainsi : Saint Yves, que la solennité que Nous préparons à vos vertus, Nous puisse, par vos mérites, apporter ce fruit ! Que nous ayons les miettes des grâces que le Saint-Esprit vous a départies ! Votre vie est une règle de bonnes mœurs, et votre mort est la porte de la vie. Faites-nous participants de ces dons, et obtenez de Dieu qu’il éloigne de nos cœurs les ténèbres des erreurs et des vices, afin qu’en quittant celle vie, nous soyons admis dans la compagnie des bienheureux avec lesquels nous vous honorons et bénissons. »
Dès que l’évêque de Tréguier, Richard du Poir-
rier, eut reçu la bulle du Souverain Pontife pour
la translation des reliques de saint Yves, voulant
joindre sa prière à celle du Pontife suprême, ilcon-
Si
SAINT YVES
voqua le clergé et le peuple, pour donner à celte cérémonie tout l’éclat demandé par le Saint-Siège. Le jour en fut fixé au vingt-neuf octobre de celte môme année 1347. Le peuple s’y rendit en foule, tant on était pressé de voir le corps vénéré de celui qu’on invoquait déjà depuis longtemps avec tant de confiance et de succès. La pierre sépulcrale avant été enlevée et la terre écartée, on
découvrit les ossements du bienheureux : tous les
yeux se remplirent de larmes de joie, et de tous côtés éclatèrent des chants et des hvmnes en son
honneur. Le fut le premier pardon de saint Yves, comme on le dit au pays de Tréguier, et une fête magnifique pour la Bretagne. Saint Yves allait être désormais pour elle ce qu’était le roi Arthur pour nos ancêtres, le protecteur et l’espoir du peuple et la gloire éternelle de la nation.
Le corps du saint avait payé son tribut à la nature : il était retourné en poussière à l’exception des ossements qui étaient parfaitement conservés. On les exposa pendant plusieurs jours à la vénération des fidèles et l’on fut témoin, dit le
Propre de Tréguier, de plusieurs prodiges merveilleux : une vertu miraculeuse sortait du corps
du saint et plusieurs malades furent guéris ! Le
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ÉTUDE SUR SA VtË ET SON TEMPS
concours du peuple fut immense pendant les huit jours que dura l’exposition des reliques. Malgré la
guerre qui avait repris avec plus de fureur que
jamais, et qui avait amené pour Charles de Blois le désastre de la Roche-Dcrrien, les parties belligérantes déposèrent les armes d’un commun accord, pour assister à cette fête vraiment nationale. Charles de Blois, fait prisonnier quelques mois auparavant, obtint lui-même la permission de s’y rendre un jour. Il quitta nu-pieds la Roche-Derrien , par un froid rigoureux, selon le vœu qu’il en avait
'ait. Les habitants qui le voyaient passer, les pieds ensanglantés, pleuraient de pitié et jetaient sur la voie de la paille et même leurs habits, mais Leduc les écartait pour marcher sur les pierres les plus dures, et parvint ainsi, après avoir fait une grande lieue, jusqu’à la porte de la cathédrale. Il descendit, à genoux, les six marches du porche de la nef, et se traîna, dans cette posture d’humiliation, jusqu’ au tombeau de saint Yves pour lui rendre ses devoirs.
Cette fête si populaire, appelée par le peuple la Saint- Yves d’hiver , fut célébrée avec beaucoup de dévotion pendant plusieurs siècles. Cependant elle disparut île notre calendrier, depuis la suppression
SAINT YVES
du diocèse de Tréguier où le culte de saint Yves lut réduit à sa plus simple expression. Son office était seulement du rite double avec trois leçons, le 19 mai, Mgr David, de douce mémoire, a relevé le pardon de saint Yves et fait approuver à Rome un nouvel office, double de première classe avec octave, et la fête de la Translation a reparu dans ia liturgie diocésaine. Elle se célèbre à Tréguier presque avec autant d’éclat qu’au 29 octobre 1347. C’est le commencement de la réparation due à la mémoire du plus grand saint de la Bretagne, reléguée, par une négligence que rien n’explique, au rang des saints les plus étrangers à notre pays.
Ap rès les fêles de la translation des reliques tle saint Yves, on sépara le chef du bienheureux que l’on mit dans le trésor de la cathédrale. Il y fut enchâssé en un reliquaire d’argent doré, soutenu par quatre lionceaux de même métal et entouré d’une magnifique étole d’or où étincelaient les pierres précieuses. Les autres parties du corps du saint furent renfermées dans d’autres reliquaires, après qu’on en eût distribué aux Princes et aux Evêques qui en avaient demandé pour leurs diocèses. Charles de Blois, si dévot à Saint Yves, après avoir été définitivement délivré de sa prison, relit
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le pèlerinage de son tombeau, encore nu-pieds comme la première ibis. C’était un an avant la bataille d' Aura y où il perdit la vie. Mgr Even de Bégaignon, qui était alors évêque de Tréguier, lui donna généreusement de grandes parcelles des reliques de saint Yves, dont le prince envoya une partie à son cousin Hugues de Lusignan roi de Chypre, qui en avait demandé en reconnaissance d'un miracle opéré en sa faveur, par la protection du saint breton.
Charles distribua le reste de son présent entre plusieurs églises de Bretagne, et lui-même voulut porter nu-pieds ces reliques avec une grande solennité et un pieux respect, jusqu’au sommet du rocher où est bâtie Notre-Dame de Lamballe, et
aux Àugustins de la même ville. A Rennes, il plaça avec la même dévotion, à Lrois jours consécutifs, suivant encore la procession nu-pieds, des esquilles des reliques de saint. Yves à i’église cathédrale, dans laquelle il avait déjà bâti à ce saint une chapelle, dotée de trente livres de rentes ; puis à l'abbaye de Saint-Georges et à celle de Saint-Melaine. Chaque procession, continue M. Ropartz, partant de la cité, parcourait la plus grande partie de la ville, et le peuple, suivant les traces ensanglantées
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du duc, était ravi eu admiration par la piété et la dévotion de l'humble prince, et s’écriait que, coinme Yves, Charles était aussi un grand saint. Ce sont deux Saints du Paradis, disait-on !de tous côtés. Dogues-
clin, le grand connétable, les confondant dans la même dévotion, avait ordonné par son testament « qu’un pèlerin fût pour lui envéé en véage à saint Charles et à saint Yves en Bretaigne, et donné à chacun d’iceux cinq cents livres de cire. » D’autres églises, en France et à l’étranger, reçurent des parties des reliques du saint confesseur et bientôt son culte se répandit dans tous les pays.