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S XVII. — Culte de Saint Yves
Dès l’année qui suivit la canonisation, quelques Bretons qui étaient à Paris résolurent d’ériger une confrérie en l’honneur de saint Yves, de bâtir une chapelle en son nom et d’y fonder quelques bénéfices. Ils en demandèrent la permission à Foulques, évêque de Paris, qui l’accorda volontiers, comme on le voit par ses lettres du lundi après l’Assomption de l’an 1348. Cette chapelle ou collégiale a subsisté jusqu’en 1823. Elle était située dans la rue Saint-Jacques et faisait le coin de la rue des
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Noyers. Elle avait même un cimetière où quelques Bretons se sont fait un honneur de recevoir la sépulture. C’est dans cette chapelle que se trouvait la confrérie du saint, fondée pour rappeler aux étudiants les vertus de celui qu’ils avaient choisi pour patron. Ordinairement elle était composée de ces jeunes gens studieux, et des avocats tant de Paris que de la province.
Après Paris, ce furent les villes de Rennes et de Nantes qui donnèrent l’exemple de leur dévotion saint Yves. Dans la première de ces villes, on bâtit en l'honneur du saint, une très belle chapelle qui a échappé, comme par miracle, à l'incendie do 1720. C’est un des rares monuments qui nous restent du vieux Rennes et il porte tous les caractères du xiv e siècle. À côté existait un beau cimetière, puis un hôpital non seulement pour les malades, mais aussi pour les pauvres, en souvenir de la grande charité de saint Yves pour ces malheureux.
Nantes, ayant une Université, s’empressa de la mettre sous la protection de saint Yves, et l’on
érigea en son honneur une très jolie chapelle au haut de la rue des Halles. On y voyait les armes de Bretagne au chevet, et comme au siècle dernier elle
en ruines, on l’a relevée sur un plan très
élégant mais avec changement de stvle. De ces deux villes, la dévotion à saint Yves s’étendit dans toutes tes campagnes environnantes. Ainsi la même année où s’élevait la chapelle de saint Yves à Nantes, François lî ayant fondé à Guérande un couvent de F Ordre des Frères-Prêcheurs, voulut que l’église de ce couvent fût dédiée à saint Yves. C’est Guillaume
de Maleslroit, évêque de Nantes, qui en fit la dédicace le 16 septembre 144-1,
A Guingamp, l'ancienne cellule du pieux reclus Àuspice ou Hbstis, fut remplacée par une chapelle
dédiée à saint Yves, sur les bords du Tri eux. Les
Carmélites ayant obtenu d’occuper ce terrain y ont bâti un monastère, mais la chapelle a toujours conservé saint Yves pour patron ; et aujourd’hui que tout a disparu, monastère et chapelle, le quartier a retenu le nom de notre bienheureux. Dans les temps derniers, en 185*2, une association ouvrière s’étant établie dans cette ville, elle a voulu
rendre hommage à la charité bien connue du saint breton, et c’est le nom de saint Yves que porte celte pieuse confrérie.
Avant d’aller plus loin dans la diffusion du culte de saint Yves, nous devons dire un mot de la
belle verrière de Monconlour, don probablement de
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la dévotion des fidèles à ce grand saint, exécutée avec beaucoup de talent par un pieux artiste du XVI e siècle. Toute la vie du saint s’y déroule en six tableaux : Au premier, il est représenté servant la messe et écoulant un sermon ; au second, il juge le procès de la jeune fille de Louannec ; au troisième, il célèbre la sainte messe et est entouré d une nimbe dont le Saint-Esprit, sous la (orme d’une colombe, occupe le centre ; au fond, on le voit distribuant du blé à plein boisseau ; au quatrième, c’est la scène des pauvres ; il est au milieu de ces bons amis du bon Dieu , lave les mains à l’un, est insulté par les autres, sans rien perdre de son inaltérable douceur ; au cinquième, il soigne
les malades dans un hôpital et ensevelit les morts ; au sixième enfin, il meurt lui-mènie assisté par les anges qui attendent la sortie de son âme pour la porter au ciel. Un dernier tableau résume cette vie admirable : saint Yves est au milieu de la campagne bretonne parsemée de menhirs, assis entre le riche et le pauvre, et se penche naturellement vers ce dernier qui attend sa sentence avec une anxiété facile à comprendre pour un temps où le pauvre était si peu de chose î Partout où il y avait des Bretons, le culte de
SAINT YVES
sainl Yves semblait les suivre. Dix ans après la canonisation du saint, les papes exilés à Avignon étaient de i etoiir à Rome. l T n grand nombre de jeunes Bretons y avaient suivi la cour pontificale et les pèlerinages aux tombeaux des apôtres devenaient de jour en jour plus fréquents. Au xv c siècle, quelquesuns des seigneurs qui y résidaient eurent la pensée de construire en l’ honneur de leur sainl compatriote, une église au milieu même de la ville de Rome.
Elle lut nommée Sainl- Y ves-des-Bre tons et avait le titre de paroisse. Ge titre, supprimé par Grégoire XIII, puis rétabli, s’est converti en celui de chapellenie, avec un titulaire jusqu'en 1826. Ou lisait sur la porte d’entrée cette inscription : Divo Yvoni trecorensi, paitperum et viduarum advocato , natio Brihmiœ œdem haut jampr idem consecratam , restau ravit 4578. Gette église, depuis longtemps consacrée à saint Yves de Tréguier, avocat des pauvres et des orphelins, a été restaurée par la nation bretonne en 1578. Le pavé était formé de dalles recouvrant des lombes de familles de cette même nation, avec des inscriptions touchantes qui rappelaient (pie, quoique éloignés de leur pays, leurs corps if étaient point exilés puisqu’ils ôtaient sous la garde de saint Yves,
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les revenus de ccttc chapelle ont toujours fait partie «iu fonds de l’ambassade française qui est chargée de l’entretenir. L’agrandissement d'une place ayant forcé de reculer un peu les murs de l’édifice, il a fallu rebâtir presque complètement l’église de Saint- Yves, mais on l’a fait avec beaucoup de goût et une richesse d’ornementation qui fera plaisir aux Bretons. Au haut de l’abside, trois mosaïques à fond d’or représentent saint Yves entre Clovis et Jeanne d’Arc, le fondateur et la libératrice de la France chrétienne.
À Angers, le culte de saint Yves s’établit bien peu de temps après sa canonisation, puisque déjà, en 1364, on y célébrait une fête pour la réception de la côte de saint Yves, avec une grande solennité dont la Semaine religieuse de Saint-Brieuc donne les plus intéressants détails, dans le n° du 2 septembre de l’année 1886. Il y avait même, antérieurement à celle époque, un autel dédié à noire saint compatriote, dans la cathédrale même de celte ville. L’Université d’Angers ayant été fondée en 1396, prit aussi saint Yves pour patron, et les Créions y fondèrent à perpétuité la fête de ce saint, avec premières et secondes vêpres solennelles, moyennant deux cents francs d’or. Toute la ville était en
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fête ce jour-là, eL les professeurs, accompagnés ries étudiants, se rendaient en grande pompe à la porte de l'église pour recevoir l'évêque et le clergé.
Les églises de Chartres et d’Evreux honoraient aussi saint Yves ; et même dans le diocèse deNoyon plusieurs paroisses l’ont adopté pour patron. La Sainte-Chapelle de Dijon possédait de lui une très
belle statue de marbre, le représentant entre le riche et le pauvre ; ce dernier arrivait à peine aux genoux du saint, les artistes ayant l’habitude, à
celle époque, de donner aux personnages une taille correspondant à leur degré d’importance. Orléans, se rappelant que saint Yves y avait étudié le Droit, l'honorait comme le protecteur de son Université. A Pau, le parlement célébrait sa fête avec une magnificence incroyable : il faisait une procession en robes rouges, précédé de deux chœurs de musique, de voix et de toutes sortes d'instruments.
Anvers ayant reçu trois fragments notables des ossements de notre saint, qui avaient passé des mains de l'évêque du Mans entre celles de François 1 er , puis de plusieurs princes de Portugal et d’Espagne, les religieux de l’abbaye de Saint- Sauveur les exposèrent à la vénération des fidèles, et l’inauguration s’en fit le 7 août
avec une
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solennité dont la Belgique n’a pas encore perdu la tradition. Neuf chars de triomphe, entourés d’étendards et de drapeaux où Ton avait peint les images des Saints, précédaient les ossements sacrés que des prêtres portaient sur leurs épaules. Le clergé, les magistrats, toute la ville accompagnaient la procession. Cette cérémonie rendit célèbres les reliques de notre saint.
L’abbé de Saint-Sauveur lut accablé de demandes et de prières, tout le monde voulant en posséder une parcelle ; et à la demande de l’évoque, on en donna une partie au sénateur de Broukhoven qui bâtit un magnifique oratoire pour les recevoir, il y exposa son riche trésor et en distribua de petites quantités à la plupart des cours de justice des Pays-Bas. Les membres de la cour d’Anvers, qui assistaient à une messe dans leur chapelle, les jours d’audience, avaient l’habitude de baiser les reliques de saint "Yves enchâssées dans Virénophore , comme pour se rappeler, qu’à l’exemple de leur patron, ils devaient savoir unir, dans leurs jugements, la justice et la miséricorde.
La ville de Gand vit se former, deux ans après, une confrérie de magistrats, de jurisconsultes et autres gens de justice, sous le patronage du saint
Saint yves
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breton. Le Souverain Bontife l’ayant approuvé, ils dédièrent à saint Yves un autel, dans l’église de Saint-Michel, et s’adressèrent au sénateur de Broukhoven, devenu ecclésiastique, pour avoir de ses reliques. Ils obtinrent de lui une esquille qui fut solennellement transférée d’Anvers à Gand, le 19 mai de l’année 1077. La confrérie se réunissait le jour de la fête de son patron, qu’elle célébrait par un office très solennel et par un discours latin ; de plus, le premier dimanche de chaque mois, pour entendre la messe et délibérer sur les procès des pauvres que la Société prenait sous son patronage, en mémoire du bienheureux saint Yves.
Mtalines ne voulut pas rester en arrière, et, pour témoigner sa dévotion à saint Yves, le conseil écrivit à l’abbé de Saint-Sauveur d’Anvers pour demander de ses reliques. Elles furent placées dans l’oratoire des Jésuites où la confrérie de Malines tenait déjà ses séances. La translation en fut célébrée, le 19 mai 1070, avec une pompe extraordinaire. Le reliquaire fut placé au milieu du sanctuaire, porté par deux statues de la Religion et de la Justice. Les fêles durèrent huit jours et furent terminées pur une magnifique procession qui parcourut les principales rues de la ville, escortée de
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tous les magistrats et gens de justice en grande tenue.
L'Université de Louvain s’était mise depuis longtemps déjà sous la proleclion de saint Yves. Elle avait l'ait peindre par Rubens, un tableau du saint qui fut placé solennellement dans la chapelle des Jésuites dès 1621. 11 y est représenté en robe rouge et en chaperon, remettant une sentence à une pauvre femme qui sc tient à ses pieds, accompagnée de deux petits enfants, l' un dans ses bras et l’autre accroché à ses vêtements, semblant implorer la charité du saint juge. Le collège des bacheliers en droit lui érigea dans la même ville, quelques années après, une superbe statue d’argent de cinq pieds de haut, et obtint aussi une parcelle de relique qui fut déposée, avec des cérémonies imposantes, dans la collégiale de Saint-Pierre, le P.) mai
La ville de Naples elle-même avait, à l’hospice de Sainte-Marie de la Porte-Neuve, une chapelle dédiée à notre saint Yves. Cet oratoire était encore.
li il n’y a pas longtemps, desservi par les clercs réguliers de Saint-Paul qui, au xvn° siècle, adresseront au cardinal Caralfa une vie un peu diffuse
i . du saint breton. Et, pour compléter ce que nou
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SAINT YVES
avons à dire sur le culte de saint Yves, en Italie, nous ajouterons qu’on a découvert dernièrement, dans le prétoire de Sa n-Gi mini ano, près de Pérouse, une très belle fresque représentant notre saint distribuant des consultations gratuitement ou bien des
jugements, à des pauvres, des femmes et des enfants, pendant que dans le vestibule, des riches et des seigneurs, portant de l’or et des étoffes précieuses, frappent en vain à la porte de sa chambre. Celte fresque, peinte par Baccio de la Portai restaurée par Massiniano, a été gravée et répandue au pays de saint Yves. Elle montre assez, que la cour de
justice de San-Giminiano invoquait comme patron, des le xvi c siècle, ie grand et saint avocat breton.
Après avoir résumé ainsi ce que M. Ropartz a réuni de documents sur le culte de saint Yves en
pays étrangers, documents fournis en grande partie par l’abbé de L’Œuvre, le zélé chapelain de l’église qui lui était consacrée à Paris, nous allons revenir à notre pays de Bretagne où la dévotion pour notre bienheureux compatriote est plus vive et
plus universelle encore.
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| XVIII. — Culte de saint Yves en. Bretagne.
Les deux princes qui étaient en lutte armée pour la possession du duché de Bretagne étaient aussi les plus zélés pour le culte de saint Yves. Charles de Blois, nous t’avons dit, avait fait le voyage d’Avignon pour solliciter sa canonisation. Outre qu’il fit à deux reprises différentes le pèlerinage à pied au tombeau du bienheureux, il porta constamment sur lui une épitoge qui avait appartenu au saint prêtre, et quand il lut tué à la bataille d’Auray, il fut trouvé revêtu du cilice qui peut bien avoir été celui de saint Yves. De plus, pendant sa captivité en Angleterre, dit le Frère Derrien cordelier de Guingamp, il rédigea une vie de ce saint qu’il comparait à tous les ordres des bienheureux.
Le fils de son compétiteur, le duc Jean Y, doit être compté parmi les plus dévots à saint Yves. Ce prince, petit-fils de Jean de Monlfort, consacra sa vie à réparer les maux infinis que f interminable guerre de succession avait faits au pays, et sou règne ne fut guère troublé que par l’attentat de Penthièvre, petit-fils de Charles de Blois, qui n’était qu’une revanche de la trahison du château de l’Her"
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mine. Pendant sa captivité, il lit des vœux qu’il i accomplit religieusement. Parmi ces vœux, il faut J noter celui de donner à saint Yves son pesant d’ar-.gent destiné à lui édifier un tombeau. Pour exécuter! i ce vœu, Jean V entreprit, immédiatement après h
sa délivrance, la construction de cette magnifique]: chapelle, que l'on admire entre toutes à la cathé-l* drale de T rég nier, connue sous le nom de cha- -
pelle du duc, et qui devait abriter à la lois les reliques de saint Yves et les restes du prince lui-même. Le vœu du pieux duc représentait un poids d'argent
de trois cent quatre-vingts marcs, ce qui va le près de deux cent mille livres de notre monnaie.
Le vœu de Jean Y ne dut être exécuté que vers 1420, c’est-à-dire près d’un siècle après la mort de saint Yves, et soixante et quelques années après la canonisation du saint. L’exécution de la chapelle tilt confiée aux architectes qui, à cette époque, couvraient la Bretagne de leurs plus beaux chefsd’œuvre. Quant au tombeau, on dut appeler des ouvriers italiens qui avaient alors la spécialilé de ces charmants bas-reliefs en albâtre, que nous trouvons encore dans quelques églises du xv R siècle. L’entrepreneur s’appelait Jacques de Hongrie, et la somme vouée par le duc ne lui suffisant pas, il
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fallut encore, pour parfaire de couvrir la tombe en argent, lui verser deux cents marcs en outre de la somme convenue, et même un marc d’or fin, pour dorer l’argent dont la tombe était couverte.
Ce splendide cénotaphe, commencé en 1422 ou à peu près, ne fut terminé qu’en 1120, et dura près de cinq ans à construire. Nous n’en connaissons aucun de semblable, si ce n’est celui de Jean | XXii à Avignon, qui fut, dit-on, fait sur le même plan. C’était, dit Albert le Grand, et après lui Dom
Lobineau, « un cercueil en pierre blanche, fine et polie comme du marbre. Sur les faces on avait sculpté avec infiniment d’art les victoires de Jean IV le Conquérant, comme pour marquer la recon- , naissance dont le père avait, chargé le fils de laisser des témoignages publics. Sur le cercueil, la statue du saint dormait couchée. Le tout était couronné d’un dôme de la même pierre blanche, d’une exquise architecture, porté par de sveltes et élégantes colonneltes. Une grille de fer doré, montant depuis , le pavé de la cathédrale jusqu’à la voûte, protégeait le chef-d’œuvre ; de longs voiles blancs pendaient à la grille ; les prêtres' ne pénétraient dans l’enceinte qu’avec des marques du plus profond respect cl revêtus du surplis et de l’étole. »
SAINT YVES
Il n’est pas facile d'après celte description de s faire une idée bien exacte de l’ancien tombeau d) saint Yves. Il en ressort seulement qu’il y avait un cercueil "Surmonté de la statue du saint couchées recouvert d’un dôme soutenu par quatre colonnes le tout de pierre blanche albâtre ou tuffeau blanorl qu’on apportait des côtes de Normandie et quj était d’un travail facile. Le tout était rehaussai d’ornements en argent doré d’une très grandM richesse ; c’est ce qui ténia sans doute la rapacini du bataillon du district d’Etampes envoyé en 17941 pour réprimer les tendances à' incivisme dont lel habitants de Tréguîer s’étalent rendus coupablcso! aux yeux de la Convention. Ils avaient repoussé fi des reprises différentes les gardes nationales db Dinan, de Guingamp et de Pontrieux, expédiées dans le meme but ; mais ils durent céder devannj ces huit cents hommes d’une brutalité inouïe qiu causèrent à T régi lier des dégâts irréparables.
Ce bataillon commença par détruire le calvairni] érigé vis-à-vis de l’église de Saint-Michel ; mais le nom est toujours resté à cette place et aux quelques mai ri sons qui l’entourent : on les appelle encore tyer am c’halvar, maisons du Calvaire. Caserne à l’évêchwlj et aux Ursulines, il dévasta ces deux magnifiquesai
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Ijiblissemenls. Sous ses auspices, les citoyens qui o avaient appelés en aide, pour faire triompher iurs idées subversives, prirent le dessus, terrorisent les paisibles habitants et transformèrent en lub la chapelle du séminaire ; puis la trouvant op petite, ils décrétèrent de la remplacer par la Ithédrale qui devint le Temple de la Raison.
JLa malheureuse jeune fille qui s’était prêtée à remplir le triste rôle de Déesse, bien revenue de Int d’erreurs, a voulu réparer la perte regrettable I . testament de saint Yves, brûlé dans ces jours >mestes, en faisant peindre une copie de ce dominent précieux, en un tableau pendu au mur de liglise de Minih y-Tréguier !
^Préalablement il fallut purger cette église des stavrw et autres monuments du fanatisme , pour parler r;I langage de l’époque. Des commissaires furent animés, mais ils ne marchaient pas assez vile au é de ces forcenés, et le bataillon faisant invasion
sms la vieille cathédrale, au lieu d’enlever les objets jécieux qu’eiie renfermait, brisa et mutila tout à
qnps de sabre et de pioche ! Les officiers munimaux voulurent en vain s’opposer à ces actes nin vandalisme brutal , les armes se tournèrent Jntre eux, et leurs vies furent sérieusement mena-
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cées. En peu d’heures tout lut ruiné : les autels magnifiques, le mausolée tle suint Yves, l'avocal des pauvres, l’ami du peuple, le bienfaiteur de tous, le protecteur de la ville, l’orgue, pièce de toute beauté, les statues, les tableaux; touL fut brûlé ou brisé !
La main de Dieu s’appesantit sur ces féroces étrangers qui périrent presque tous par une terrible épidémie, mais ils furent remplacés par trois cents grenadiers de Rhône-et-Loire, el Tréguier dut passer par toutes les horreurs de ces jours à jamais néfastes. Sa magnifique sonnerie, les superbes cloches Saint- Twjdual et Saint-Yves furent brisées et fondues pour faire des canons. Une seule, le Balthasar, du nom du saint évêque Grangier, fut conservée non pour appeler le peuple à la prière et aux fêtes religieuses, mais pour convoquer à leurs parodies sacrilèges et sonner l'alarme et le tocsin, qui glaçaient d’effroi le cœur des fidèles !
Une église restait à profaner, Notre-Dame de Coatcolvézou. On la choisit pour célébrer la fêle de f Etre-Suprême, pour que rien ne restât pur dans la ville de saint Yves. Les reliques du saint furent au moins dérobées à ces mains impies et confiées de nouveau à la terre qui les garda précieusement, jusqu’au réveil de la nation française en proie à
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un délire de fureur et de haine contre Dieu et sa ! religion sainte. 11 fallut bien du temps pour réparer j de telles ruines, beaucoup de larmes et de sang j pour apaiser le ciel ! Enfin, après cet orage épouvantable, Dieu fit luire encore sur notre pays dévasté » quelques jours sereins. On en profita pour faire bdisparaître les traces de nos malheureuses discordes. ILa cathédrale de Tréguier,, purifiée de tant d’horreurs, vit recommencer ses belles fêtes de saint rTugdualet de saint Vves, mais avec beaucoup moins b d’éclat. Le trône de ses évêques était brisé «pt jeté vents.
f En déblayant l’église, on enleva même ce qui rrestait du tombeau de notre grand saint, et ses s reliques, heureusement retrouvées, durent être reléguées dans une armoire de la sacristie ! Monseigneur de Quélen, pour réparer ces outrages faits à saint Yves, lit confectionner à Paris un très beau reliquaire en bronze doré pour renfermer ses restes /vénérés. M. 1 abbé Tresvaux qui, comme Monseiiggneur de Quélen, avait été vicaire à Tréguier, devenu lahanoine de la métropole de Paris, a fait élever à -ses frais un sarcophage en terre cuite, bien modeste, - sans doute, mais précieux hommage aussi de sa içpiété pour saint Yves.
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Pendant un grand nombre d’années, ce monument placé sur le lieu de la sépulture du grand thaumaturge breton, a seul représenté la dévotion de nos pères à son tombeau : et c’était la pieuse oflrande d’un prêtre étranger à la Basse-Bretagne ! Tout à côté, une pierre blanche, empruntée à la tombe d’un chanoine, cachait l’endroit où était assis le mausolée de Jean Y, et une inscription récente la désignait à la vénération des fidèles. Le temps était arrivé où la Bretagne, réveillée elle aussi ù la voix de Monseigneur Bouché, son illustre enfant et son évêque vénéré, devait réparer cet oubli d'un siècle, et venir, à la suite de son duc Jean Y,
payer un tribut de tardif hommage au plus grand de ses saints. Un mausolée plus beau que celui du duc se prépare, et, dans quelques mois, il sera inauguré en présence du pays tout entier !
L’Evêque de Saint- Yves étant n tort avant l'inauguration de cette œuvre de piété filiale et nationale tout à la fois, ! honneur en est revenu à Monseigneur Fallières, son vaillant successeur. Le digne prélat
y a convoqué tous les évêques de la Bretagne avec Monseigneur Freppel, l’infatigable défenseur de l’Eglise, et l’Evêque de Jéricho, breton lui aussi et d’un ordre toujours cher à saint Yves.