Parmi les 26 genres de cet ordre, dont nous admettons
l'existence dans notre bassin, il y en à 11, qui établissent des
connexions entre les grandes faunes successives. Nous croyons utile de présenter leurs noms sur le petit tableau qui suit, parceque nous constaterons ci-après, que, abstraction faite des espèces coloniales, il m'en existe qu'un très petit nombre, établissant de semblables connexions verticales entre nos faunes seconde et troisième.
jai| Genres | Faunes représentés dans plusieurs faunes, en Bohème
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La plupart de ces genres, remarquables par leur extension verticale, sont en même temps représentés par de nombreuses espèces, dans beaucoup de contrées siluriennes. On pourrait les considérer comme cosmopolites.
Au contraire, d’après les observations qui précèdent, les genres secondaires ou locaux, qui sont exclusivement propres à la Bohême jusqu’à ce jour, sont seulement au nombre de 3, savoir:
Clorinda Barr, PI. 119 | Mimulus Barr, PI. 1—9 | Paterula Barr., PL. 95-152 Faune TIL. Faune IIT. Faune I.
172 Distribution verticale des Brachiopodes
Les 12 autres genres, qui ne sont pas compris dans ces deux catégories, sont presque tous représentés dans plusieurs contrées siluriennes.
Nouveaux genres observés en Bohème.
En introduisant dans la science les 3 genres nouveaux, que nous venons de nommer et dont les types sont figurés sur nos planches, nous devons accomplir entièrement notre devoir et donner pour chacun de ces types une diagnose succincte, mais suffisante.
Clorinda Barr. PI. 119 reproduit par sa forme extérieure les apparences bien connues de Pentam. linguifer Sow. Cette ressemblance est si trompeuse, que nous avons pendant longtemps réuni ces Brachiopodes sous les mêmes noms générique et spécifique. Mais, tandisque Pentam. linguifer figuré sur nos PI. 22—24 ...&... nous montre distinctement les cloisons et compartiments internes, caractéristiques de ce genre, Clorinda PI. 119 est représentée par une série de spécimens, dont le moule interne offre une structure entièrement différente. Cette structure ne se retrouvant à notre connaissance, dans aucun autre Brachiopode figuré jusqu’à ce jour, nous avons cru devoir la considérer comme justifiant l’établissement du nouveau genre Clorinda.
Nous ferons remarquer, que les moules internes figurés sont composés de silice, qui s’est substituée au corps du mollusque. Par suite probable de la différence d'âge, ces spécimens, conservant les mêmes dispositions typiques, offrent cependant entre eux de notables différences individuelles. Dans tous, on reconnaît une partition médiane, sous la forme d’un angle, compris entre des arêtes saillantes, dont le sommet est placé au crochet de la valve ventrale. La structure de la valve dorsale nous est inconnue.
Au type Clorinda armata, trouvé dans nos bandes f2—g1, nous adjoignons, avec quelque hésitation, une autre forme reproduisant aussi extérieurement celle de Pentam. linguifer et analogue au type Clorinda par les apparences moins prononcées de son moule interne. Nous la nommons Clorinda ancillans et elle est figurée sur la même PI. 119. Elle provient de notre bande e2.
Nous représentons sur la même case, comme terme de comparaison, un spécimen de Pentam. linguifer.
dans le bassin silurien de la Bohême. 173
Mimulus Barr. PI. 1—9 est un Brachiopode rare, que nous avons cependant communiqué, il y a longues années, à diverses collections. Nous n'avons pas eu l’occasion d'en définir les caractères, qui reposent entièrement sur sa forme extérieure, car la structure interne nous est inconnue.
Cette forme extérieure est complètement inverse de celle de Spirifer, en ce que le bourrelet, bien marqué, se trouve sur la valve ventrale, tandisque le’ sinus correspondant se montre sur la valve dorsale.
La charnière est droite, mais n’occupe pas toute la largeur du fossile. L'’aréa bien développée présente sous le crochet une ouverture triangulaire, fermée par un deltidium, jusqu’au crochet. Celui-ci paraît conserver un petit trou rond, que nous observons sur un spécimen non figuré.
Il est rare de pouvoir observer le deltidium, parceque la trace de sa soudure avec l’aréa est complétement effacée.
Les 2 espèces typiques, Mim. perversus et Mim. moera PT. 9, présentent exactement les caractères, que nous venons d'exposer.
Sur la même PI. 9, nous figurons, sous le nom de Mimulus contrarius, une autre espèce, qui, dans son ensemble, offre les apparences décrites. Mais, par une singulière bizarrerie, elle retourne au type Spirifer en ce que sa grande valve, ou valve ventrale, porte le sinus, tandisque la valve dorsale est caractérisée par le bourrelet.
Dans ce cas, malgré le retour à la forme de Spirifer, nous croyons devoir maintenir cette espèce associée aux Mimulus, à cause de l’ensemble de ses apparences, que nous venons de signaler. Mais, elle aurait certainement le droit d’être considérée comme une variété.
Ces 3 espèces de petite taille caractérisent notre bande e2.
Paterula Barr. PI. 95—152. Nous avons distribué depuis longtemps des spécimens de cette forme, sous le nom de Cyclus Bohemicus. Après avoir reconnu, que ce nom générique était mal appliqué, nous lui avons substitué celui de Discina, qui n’est pas justifié par les apparences de ces fossiles.
En rappelant ces deux malencontreuses dénominations, nous proposons aujourd’hui le nom de Paterula, pour notre petit Brachiopode, de la forme la plus simple.
174 Distribution verticale des Brachiopodes
Les 2 valves, circulaires ou faiblement ovalaires, ne présentent qu'un bombement très peu prononcé vers l'extérieur. L'espace interne devait donc être très exigu.
Ces 2 valves se rencontrent habituellement isolées. Cependant, nous figurons PI. 152, 2 spécimens de valves juxtaposées, qui paraissent avoir appartenu à un même individu. Nous pouvons ainsi constater, qu'il n'existe aucune fissure, sur la surface ni de l’une, ni de lautre valve. Ce fossile n’est done pas une Discina. Mais nous observons, au contraire, la trace d’une perforation sur le bord. Elle est indiquée par un petit cylindre de la roche, qui l’a injectée : et qui fait saillie sur le contour. Voir PI. 152, case I.
Ces coquilles n’appartenant point à une Discina, nous devons proposer pour elles un nom générique nouveau.
On doit remarquer, que ce petit Brachiopode se distingue par son extension verticale. En effet, nous en avons recueilli des spécimens dans nos 3 bandes d1—d3—d5, qui sont composées de schistes très fins. Au contraire, nous n’en avons trouvé aucune trace, ni dans la bande d2 composée de quarzites, ni dans la bande d 4 composée de la même roche, alternant avec des schistes grossiers. Il nous semble que ces 2 intermittences peuvent n'être qu'apparentes, parceque la nature des roches se serait opposée à la conservation de ces coquilles exigues et très minces.
Faute de moyens de distinction, nous considérons tous les spécimens connus comme appartenant à une seule et même espèce, que nous nommons Paterula Bohemica. La durée de son existence n'aurait été égalée que par Acidaspis Buchi, apparaissant et disparaissant entre les mêmes limites, d1—d5. Nous ajouterons encore Conularia exquisita, que nous avons recueillie dans les 4 bandes di—d3—d4—d45. [La lacune que son existence semble présenter durant le dépôt de la bande d2, peut être attribuée, comme pour Paterula Bohemica, à la fragilité de la coquille et à la nature de la roche ambiante.
Observation sur l'apparition du genre Spérifer, dans la faune seconde.
Le genre Spirifer (Spirifera Sow.) mérite d'arrêter un instant notre attention, par sa première apparition et sa distribution verticale dans notre bassin,
dans le bassin silurien de la Bohême. 175
Ce type est représenté dans notre faune seconde proprement dite, dans des circonstances très différentes.
D'abord, nous avons cru devoir associer au genre Spirifer une coquille, qui n’est pas très rare dans les schistes grossiers de notre bande d4 et qui appartient, par conséquent, à notre faune seconde. Par suite de la nature de la roche ambiante, les individus sont généralement mal conservés et plus ou moins défigurés par la compression. Pour ce motif, nous avons donné à cette espèce le nom de Spirifer deformis. Elle est figurée PI. 76 et représentée par de nombreux spécimens, disposés sur la moitié à droite de la case IT.
Par contraste, nous figurons sur la moitié gauche de la même case, quelques autres spécimens de la même espèce, très bien conservés avec leur forme intacte et leur test. Ils proviennent d’une localité très restreinte, près de Lodenitz. Ts sont renfermés dans des nodules, tantôt friables, tantôt très durs et d'apparence ferrugineuse. Ces individus nous permettent de mieux reconnaître l’aréa,. l'ouverture triangulaire et autres apparences extérieures, qui reproduisent celles de certains Spirifères, trouvés dans la faune seconde de la Russie et que nous allons plus spécialement mentionner.
Outre cette espèce, nous figurons PI. 72, case IV, sous le nom de Sperifer tenebrosus, une valve isolée, qui offre les apparences habituelles de la valve ventrale d’un Spérifer. Ces apparences sont même plus prononcées que celles de la valve correspondante dans Spir. deformis. Malheureusement, cette valve est unique. Elle à été trouvée, comme la première espèce, dans les schistes de d4, pres de Zahorzan.
D’après ces documents, nous admettons l'existence de 2 espèces de Spirifer, dans notre faune seconde proprement dite.
Nous rappelons maintenant que, dans nos premiers documents sur les Colonies, nous avons constaté, que Spirifer togatus à été trouvé dans la Colonie Zippe. (1852, Syst. Sil. de Bohême, Vol. I. p. 72 a.) Il y est associé avec 7 autres Brachiopodes de genres divers, qui ont reparu comme lui, après une longue intermittence, dans les premières phases de notre faune troisième.
Nous avons retrouvé Spérif. togatus dans la colonie de Béranka, enclavée dans notre bande 45.
Voilà donc l'existence du genre Spérifer, durant la faune seconde en Bohême, constatée par des observations concordantes, mais rela-
176 Distribution verticale des Brachiopodes
tives à des circonstances très différentes. Nous croyons devoir entrer dans ces explications, parceque la Bohême ne jouit pas généralement du privilége dantériorité, reconnu, au contraire, en faveur des faunes de la grande zône septentrionale.
Dans la faune seconde de France, les tableaux des fossiles publiés par MM. de Tromelin et Lebesconte en 1875, n’indiquent la présence d'aucun Spirifer. (Congrès de Nantes.)
Il en est de même en Espagne, d’après les tableaux publiés par M. de Verneuil dans le Mémoire sur la Géologie d’Almaden. (1855, Bull. Soc. Géol. de France, 2°" Série, XII.)
Sharpe, dans sa Geology of Oporto, 1853, décrit les fossiles qu’il a recueillis dans la faune seconde de cette contrée, sans faire aucune mention de Spirifer.
Dans la grande zône septentrionale d'Europe, la contrée typique d'Angleterre, malgré son privilége habituel d’antériorité, possède à peine quelques traces d'un Spirifer, trouvé dans le Llandovery inférieur et dans une seule localité M. Davidson nomme cette espèce Spirifera plicatella Linn. sp, Var. radiata Sow.- (Monogr., Part. VIL., Nr. 1, p. 88, 1866.)
La présence de Spirifer trapezoidalis = Cyrtia exporrecta Wahl]. sp. a été aussi signalée sur le même horizon par Salter.
Remarquons que lhorizon du Llandovery inférieur est très rapproché de la limite, qui sépare la faune seconde de la faune troisième, en Angleterre. Au contraire, notre bande d4, renfermant les premiers Spirifères de la Bohême, peut être considérée comme occupant une position à peu près centrale dans la hauteur de la même faune. D’après ces documents, nous pouvons affirmer sans hésitation, que le genre, qui nous occupe, a fait sa première apparition en Bohême, avant de se manifester en Angleterre.
Dans les autres contrées de la même grande zône d'Europe, nous ne pouvons pas trouver la trace du genre Spirifer dans la faune II, notamment en Norwége. Nous ne possédons malheureusement aucun document suffisant pour la Suède.
Par contraste, le grand ouvrage sur la Géologie de la Russte et de l’Oural, 1845, nous enseigne, que les calcaires de la faune seconde, aux environs de S‘ Pétersbourg et de Reval, ont fourni une série de Brachiopodes, que MM. de Verneuil et le C‘° Keyserling ont
dans le bassin silurien de la Bohême. 177
décrits sous le nom générique de Spirifer. (Vol. IT., p. 129, PI, 2 el suiv.)
Parmi ces espèces russes, nous observons des formes, qui offrent quelque analogie avec notre Spirifer deformis et qui ont contribué à notre détermination.
L'époque de l'apparition de ces premières formes de Spirifer, en Russie, correspond au dépôt du calcaire à Orthocères, mais elle n’est pas plus particulièrement déterminée. Ce calcaire, dans son ensemble, pouvant être comparé à notre bande d1, à cause de la présence des Ændoceras et de certains Trilobites, représenterait une époque plus ancienne que celle du dépôt de notre bande d4. Par conséquent, sous le rapport de la première apparition du genre
Spirifer, la grande zône septentrionale d'Europe manifesterait encore son privilége d’antériorité, en Russie.
M. le Doct. Fried. Schmidt, en faisant la revue des Brachiopodes trouvés dans les provinces de la Baltique, mentionne seulement des espèces de Spérifer, qui appartiennent à la division supérieure du système silurien, €. à d. à la faune troisième. (Sèlur. Form. von Ehstland ...&..., p. 211, 1858.)
Dans la Lethaea Rossica. V., p. 694, 1859, M. le Chev. d'Eichwald constate la présence de Spirifer, dans le calcaire à Orthocératites de la Russie et confirme ainsi les documents publiés dans la Géologie de la Russie et de l’Oural.
Dans la grande zône correspondante en Amérique, la trace de l'existence du genre Spirifer semble n'avoir pas été observée jusqu'à ce jour, dans la faune seconde. Les documents les plus étendus, que nous avons pu consulter à ce sujet, sont:
1. Le tableau de distribution verticale des fossiles, donné par M. le Prof. J. Hall en 1847, dans la Pal. of N.-York, Vol. I., p. 324.
2. Le tableau de distribution verticale des fossiles de la division silurienne inférieure au Canada, donné par E. Billings dans la Geol. of Canada, p. 937, 1863.
3. Le catalogue général des Fossiles Paléozoiques d'Amérique, publié en 1877 par M. S$S. A. Miller, à Cincinnati, Ohio.
Ces documents s’accordent pour montrer que, à lépoque de leur publication, aucune forme de Spirifer n'avait été découverte en
- Amérique, antérieurement à la faune troisième.
178 Distribution verticale des Brachiopodes
En considérant l’ensemble des faits exposés, l'apparition du genre Sptirifer, dans la faune seconde de Bohême, n’est pas un phénomène anomal.