OBSERVATION I
August Hoffmann (Dusseldorf) (in Zeitschrift für klinische Medicin, 41, 1900, p. 357).
Zur Kenntniss der Adams-Stokes’schen Krankheil.
M... A..., âgée de vingt-trois ans, célibataire, a sa mère encore bien portante, son père est mort d’une tuberculose larvngée, la malade avait alors quatre ans. Quatre frères ou sœurs sont morts enfants, l’un de congestion cérébrale ; trois frères ou sœurs du second mariage de la mère sont encore vivants, l’un souffre de la poitrine. Il est à noter qu'une sœur de la mère est atteinte d'épilepsie et se trouve dans une maison de santé. Il n’y a pas d'autres cas de maladies nerveuses dans la famille.
Elle eut, étant enfant à huit ou neuf ans, la scarlatine, la diphtérie ainsi qu'une fièvre typhoïde. Depuis, elle fut bien portante
jusqu’à dix-huit ans. Cette année-là et l'année suivante elle fut atteinte d’anémie. A dix-neuf ans, elle entra dans une confrérie d’infirmières ; à cause de sa faiblesse corporelle elle ne fut pas employée à soigner les malades, mais à l'enseignement.
En 1897, elle remarqua qu'elle n’était pas bien, qu’elle présentait des vertiges qui la prenaient de temps en temps et pour lesquels elle consulta un médecin à Luttich où elle se trouvait alors.
En automne 1898, elle eut subitement un jour une sensation de noir devant les yeux et tomba sans connaissance. La perte de connaissance dura une demi-heure. Üne semaine plus tard, cette attaque se reproduisit, de nouveau trois semaines après, et depuis chaque semaine. Les attaques persistaient, en général, une heure à une heure et demie, elles ne furent pas observées médicalement. Lorsqu'elle eut cessé son travail et qu'elle fut allée dans son pays pour s'y reposer, les attaques cessèrent et elle garda un long repos pendant plusieurs mois.
En juillet 1899, après avoir accompli un travail pénible, elle avait transporté toute la journée de lourds objets, elle fut prise subitement d’une attaque, et celles-ci se renouvelèrent plusieurs fois dans la même semaine. Au repos, les attaques cessèrent de nouveau, mais depuis le 6 janvier 1900, elles se reproduisirent chaque semaine une ou deux fois, si bien que, jusqu'au 27 février, jour où Je la vis, elle avait pris onze attaques.
Les attaques se produisaient chaque fois tout à fait subitement, le plus souvent sans prodrome. Elle se sentait ensuite très fatiguée et abattue. Elle éprouvait des sensations dans la tête comme si sa tête « était ramollie ». L’appétit estmauvais, elle ne va qu'irrégulièrement à la selle. Elle a l'impression de battements de tête et de douleurs vives dans le dos, il lui semble que son cœur s'arrête. Habituellement elle n’éprouve rien d’anormal du côté du cœur. Il n'y a rien à remarquer du côté de la respiration, seulement avec les attaques elle a l'impression d’un étouffement léger.
L'attaque se produit habituellement subitement, debout, pendant la marche, assise ou couchée, elle tombe au dire des personnes qui ont observé le début des attaques, tout à fait subitement et sans un cri. Pendant l'attaque la respiration est irrégulière, le visage pâle. Elle revient à elle peu à peu après un temps assez long en poussant des gémissemenñts profonds, Il n'a jamais été observé de mouvements cloniques pendant les attaques. Les attaques ont toutes le même caractère, elles ne diffèrent entre elles que par la durée, Qand l'attaque est passée, elle
a l'impression d'abattement et de grande faiblesse, il se produit parfois de violents maux de tête, elle se sent comme brisée. Après l'attaque, elle n'éprouve pas le besoin de dormir, elle n’a jamais l'impression de vertige. Le sommeil est généralement bon, l'appétit léger. Les selles sont régulières, elle a de temps en temps l'impression de battements de tête. ;
Etat du 27 février 1900 : La malade est petite, débile, le système osseux est peu développé, de même que la musculature, de même que le tissu adipeux. Le visage et les muqueuses sont pâles. Pendant l'examen le visage présente subitement une violente rougeur, puis pâlit. Les pupilles sont égales et réagissent bien, il n'y a aucune cyanose. La poitrine est peu développée. La percussion ainsi que l’auscultation révèelent un état normal des poumons. La patiente ne tousse pas, ne crache pas,
La matité cardiaque s'étend de la quatrième à la sixième côte, depuis le bord gauche du sternum presque jusqu’à la ligne mamillaire. Malgré le faible développement des seins, la pointe du cœur n'est pas perceptible, ni dans la position debout, ni dans la position latérale, ni dans la position étendue. La main ne ressent aucun soulèvement dans la région du cœur, il n'y a aucune pulsation perceptible ni à l'épigastre, ni au niveau du cou. On entend au niveau de la pointe, les battements du cœur irréguliers. Après les deux battements, il se produit une longue pause, pendant laquelle il ne se produit aucune contraction fruste du cœur, : on n'entend aucun bruit. Les bruits sont faibles, mais purs. Au niveau de la pulmonaire, les bruits sont normaux. On entend ici la même irrégularité, mais pendant la longue pause on entend un bruit sourd. De même au niveau de l'aorte. Au niveau de la tricuspide, les bruits sont purs.
Le pouls est assez petit et on l’écrase facilement. Il est irrégulier, en ce sens, que deux battements se suivent à un intervalle normal et qu’il se produit ensuite une longue pause. Le nombre des pulsations perçues s'élève à 48. Cette irrégularité caractéristique persiste pendant tout le temps de l'examen. Les artères sont souples et peu tendues. Il n’y a aucun œdème, le foie n’est pas hypertrophié. I] n’y a aucun phénomène anormal à signaler. L'urine ne contient ni albumine, ni sucre. L'hémoglobine du sang atteint 55 pour 100. Poids : 47 kg. 300.
En raison des troubles épileptiques présentés par la tante de la malade, on fut autorisé à penser à des phénomènes épileptiques et on prescrivit du bromure de potassium à la dose de 6 grammes par jour, en même temps qu’une alimentation abondante, du peptonate de fer et de la somatose, De la digitale,
infusions de 1 gr, 5o pour 180, toutes les deux heures une cuillerée pendant quatre jours. Elle prit pourtant, du 27 février au 16 avril, treize attaques de fréquence croissante si bien que les trois dernières attaques se produisirent le même jour et que le dernier jour elle en prit deux.
Le 15 avril, le bromure et la digitale furent supprimés, la médication martiale fut maintenue, il fut ordonné du lait et une diète rigoureuse. En outre, il fut prescrit 30 litres d'oxygène à faire respirer chaque jour à la malade. Depuis le début de ces inhalations d'oxygène, il ne se produisit ancune attaque, et en même temps, pendant ces inhalations, l’allorythmie décrite cidessus fut remplacée par un pouls régulier.
Le 17 mai, je cessai les inhalations d'oxygène, mais sans que la malade s’en doutât : je faisais remplir le ballon avec de l’air atmosphérique.
Le 29 mai, à 7 heures du soir, il se produisit une attaque. Comme ces attaques étaient généralement semblables, je me contenterai de décrire l'une d'elles que je pus moi-même observer :
La malade se trouvait dans sa chambre ; subitement, comme elle voulait gagner la porte, elle tomba; une de ses sœurs la porta sur son lit et, lorsque j'arrivai, je la vis reposant tranquillement, les yeux fermés. En ouvrant les paupières, ce qui se faisait sans résistance, on trouvait les pupilles élargies et ne réagissant pas à la lumière, Le visage était pâle, la respiration irrégulière, tantôt superficielle, tantôt profonde; pourtant, il n'y eut jamais de rythme ressemblant au Cheyne-Stokes. Le pouls était extraordinairement ralenti, on ne put compter que 18 pulsations à la minute, qui se suivaient à des intervalles irréguliers ; bientôt, le pouls atteignit de nouveau 30 battements et plus. Pendant les pauses du pouls, qui persistaient pendant plusieurs secondes, on entendait, à l’aide du phonendoscope, sur le cœur, de faibles bruits sourds. Il n’y avait pas de pulsations au niveau du cou. Immédiatement avant que la malade se réveillät, le pouls devint plus rapide, mais resta irrégulier. La malade ourna légèrement la tête et se réveilla en s'écriant : « Comme je suis mal! »
Depuis le 30 mai au 30 juin, la malade respira journellement 30 litres d’oxygène. Pendant tout ce temps, il ne se produisit ucune attaque et le cœur s'améliora d’une façon remarquable. l'andis qu'au commencement de l'observation le pouls était rouvé en état de pseudo-bigéminus, il se produisit peu à peu quelques modifications : déjà, après quatorze jours d'inhala-
tions, le pouls ne cessait plus après chaque deuxième battement et, finalement, sans doute avec des interruptions, il devint régulier.
Jusqu'au 15 juillet suivant, l'amélioration persista. Il ÿ avait .de,temps en temps encore des douleurs de tête, des irrégularités du pouls, mais, en général, l'état était bien meilleur ; il ne s'était pas produit de dette de connaissance, La teneur en hémoglobine du sang était de 70 pour 100, le poids de 53 kg. 500.