VI. OBSERVATIONS CLINIQUES
OBsERVATION I Observation ayant fait le sujet de la leçon clinique de M. le professeur R. Lépine « Sur un cas de syndrome d'Adams-Stokes sans blocage ». Leçon publiée dans la Semaine médicale, 18 décembre 1997»
Bradycardie totale.
E, M... soixante cinq ans, conturière, née au Puy (Haute- Loire), entre, le 4 octobre 1907 à l'Hôtel-Dieu, dans la clinique de M. le professeur R. Lépine.
Elle entre pour des crises nerveuses.
Son père et sa mère sont morts âgés d'affections inconnues, ils ne présentaient pas de troubles nerveux.
Elle a perdu une sœur morte subitement il y a deux mois.
Elle n'eut pas dans l'enfance de maladies graves.
Elle fut réglée à treize ans régulièrement, elle n'était pas anémique.
Elle eut à dix-huit ans la fièvre typhoïde, puis trois attaques de rhumatisme articulaire aigu d'intensité moyenne, la dernière eut lieu à trente-cinq ans. Elle ne sait pas dire si elle a été traitée par le salicylate de soude.
Mariée à vingt-cinq ans, elle n'eut ni enfant, ni fausse couche.
L'interrogatoire, ainsi que la recherche des stigmates restent absolument négatifs en ce qui concerne la syphilis. Depuis l'âge de trente ans, la malade n’est plus réglée ; ses règles, qui avaient été régulières jusqu'alors, se sont arrêtées brusquement sans aucun trouble de l’état général.
La malade dit avoir toujours été nerveuse, facilement irritable, émotionnable; mais il y a seulement sept ou huit ans qu'elle est sujette à prendre des crises. C’est sa nièce qui nous a fait la description de ces crises auxquelles elle a eu souvent l'occasion d'assister : ces crises, que la malade elle-même rapporte au surmenage et aux chagrins, débutent par une perte brusque de connaissance, sans prodrome, sans aura, ce qui fait
ue la malade tombe où elle se trouve sans avoir le temps de choisir le lieu de sa chute, ni même de se retenir aux objets qui l'entourent. Plusieurs fois elle s’est blessée en tombant. Elle ne crie pas en tombant, jamais elle n’a présenté de miction involontaire, jamais elle ne s'est mordue la langue. Elle ne présente que de légers mouvements convulsifs des membres, sans prédomi-
nance ni début unilatéral: La tête est animée de mouvements de balancement brusques d'avant en arrière, et il y a quelques secousses convulsives des muscles de la face.
Au bout de quelques minutes ces mouvements cessent, 1l se produit une phase de coma incomplet qui persiste également quelques minutes, après quoi la malade se réveille sans garder aucun souvenir de ce qui s'est passé.
Ces crises ont présenté une fréquence variable : au début, il y à huit ans, en 1899, alors que la malade était âgée de cinquante-sept ans, ces crises étaient moins fréquentes et plus fortes, elles ne se produisaient que toutes les deux ou trois semaines.
Depuis elles se sont produites parfois régulièrement toutes les semaines, pour s'interrompre parfois pendant un mois, elles n’ont jamais présenté de caractère de périodicité, elles surviennent aussi bien la nuit que le jour.
Depuis l'apparition de ces crises la malade souffre de céphalées presque continuelles sans localisation précise. Ces céphalagies se produisent tantôt au niveau de la nuque, tantôt au niveau du front, irradiant dans les orbites ou les tempes, et sont sujettes à des exacerbations, véritable état de petit mal, surtout accusées depuis quelques mois, et qui préoccupent beaucoup la malade. Il lui semble que « sa tête se gonfle » que « sa tête devient extraordinairement légère », € ses oreilles sonnent », etc., et ïl lui arrive souvent de tomber ainsi dans un état de demiconscience,
Depuis quelques mois également, son caractère s’est modifié, elle est devenue plus Le plus triste qu'autrefois, elle a fréquemment « le noir » et sa nièce l'a entendue plusieurs fois parler de suicide. Klle se plaint également d’un affaiblissement de la mémoire. Il y a deux mois elle perdit une de ses sœurs dans des circonstances particulièrement fâcheuses, elle en fut très affectée, et c'est à cet accident qu'elle attribue l’aggravation de son état.
Enfin il y a une huitaine de jours, elle fut prise de dyspnée et d'ædème des jambes qui la décidèrent à venir à l'hôpital. Il est à noter que c’est la première fois que se manifestent de pareils syptômes, jamais antérieurement elle ne présenta ni dyspnée, ni œdème des jambes.
À LENIRÉE, 4 octobre 1907, Il s’agit d'une femme de petite taille, amaigrie, cachectique, pâle, avec au niveau des pommettes de fines .varicosités veineuses, On note au niveau de la région
sous-orbitaire droite une ecchymose due à une chute au cours d'une crise récente.
L'œil droit a été brûlé il y a huit ans par une substance acide avec laquelle on lui avait badigeonné les tempes pendant une crise. Depuis, l'acuité visuelle de cet œil a diminué progressivement, la‘ malade ‘subit même une intervention qui ne l'améliora pas, le chirurgien lui aurait dit qu'elle avait la cataracte à droite.
Quant à l'œil gauche, il aurait toujours été faible, mais plus particulièrement depuis ces deux dernières années. La malade présente donc une diminution très notable de l’acuité visuelle (l'examen du fond de l'œil n'a malheureusement pas pu être pratiqué) qui s'exagère encore pendant les périodes de crises, plus particulièrement au cours des périodes de petit mal décrites plus haut; la malade ne reconnaît alors qu'avec difficulté les personnes qui s’approchent de son lit.
Les réflexes rotuliens sont légèrement exagérés sans trépidation épileptoïde.
À l'examen de l’appareil circulatoire on est frappé tout d’abord par la lenteur du pouls :
On compte de 70 à 44 pulsalions par minule, le pouls est petit et de tension faible, la radiale n'est pas dure, les pulsations sont tout à fait régulières.
Les battements de la pointe se font sans impulsion dans le VI® espace intercostal au niveau de la ligne mamelonnaire,
A l’auscultation de la pointe : on a le plus souvent un rythme qui ressemble au rythme du rétrécissement mitral, un roulement précédant le premier bruit quiest lui-même légèrement soufflant, le second bruit est immédiatement suivi d'un troisième bruit qui peut être interprété soit comme dédoublement du deuxième bruit, soit comme contraction avortée (systole en écho); notons itofois que ce troisième bruit ne coïncide ni avec une pulsation jugulaire, ni avec une ondulation radiale, ce qui fait admettre le dédoublement.
Le timbre soufflant du premier bruit ne se propage pas dans l'aisselle. Le bruit surajouté au deuxième bruit normal s'entend sur toute la surface précordiale.
Les pulsations cardiaques concordent avec celles du pouls, elles sont de même nombre et synchrones avec elles.
On ne relève aucune sorte d’arythmie, on n'entend pas les bruits du cœur dans le dos.
Ces phénomènes persistent dans la position debout, et même
Pr de
après la marche le nombre et le mode des pulsations gardent les mêmes caractères, à
Les jugulaires qui sont visibles, ne présentent ni gonflement, ni pulsation d'aucune sorte : pas de battement propre, ni de battement carotidien transmis, œdème des jambes très léger, au dire de la malade il était plus marqué ‘ces jours derniérs.
L'examen de l'appareil respiratoire révèle un léger deyré d’emphysème, sans autres particularités à signaler.
La langue est un peu saburrale, la malade se plaint d'änorexie et de nausées.
Le foie déborde de deux travers de doigt les fausses côtes, 1l parait plutôt abaissé que gros.
On ne sent à la palpation ni les reins, n1 la rate.
La malade est habituellement constipée.
Depuis plusieurs années polyurie nocturne.
Lesurines sont claires et contiennent un disque net d'albumine,
5 octobre, — A l'examen du cœur : à la palpation, on ne note pas de frémissement de la pointe.
A l'auscultation : bruit présystolique, dédoublement très net et constant du deuxième bruit. On note en outre un souffle systolique très léger à la pointe, il semble se propager un peu vers l'aisselle,
On compte au pouls et au cœur 44 pulsations synchrones sans aucune arythmie.
L'œdème des jambes a à peu près totalement disparu.
6 octobre. — Cette nuit, la malade a eu une crise sur la nature de laquelle on ne peut avoir de renseignements, ce fut seulement le stertor consécutif qui attira l'attention de la veilleuse.
8 octobre. — Le matin on compte 44 pulsations à la radiale, de même au cœur. On ne retrouve pas le bruit surajouté au deuxième bruit du cœur entendu les jours précédents, le souffle systolique est plus net et sa propagation vers l’aisselle plus marquée.
9 octobre. — Le pouls est à 42. On pratique une injection sous-cutanée d'un milligramme de sulfate d'atropine, on ne constate pas de modification appréciable du pouls. |
N'ayant pu vérifier nous-même le résultat de cette expérience, nous ne savons pas si les jugulaires ont présenté après l'injection des pulsations fréquentes
10 octobre. — Pouls 44.
12 octobre. — L’albuminurie et l’œdème prétibial ont complètement disparu. Les céphalées sont moins fortes, on compte 48 pulsations à la radiale, sans aucune arythmie.