ÉTAT DE LA QUESTION AVANT HIS
1° Giovanni Paladino aurait été le premier à signaler, en 1876, que « la musculature de l'oreillette finit non pas à l'anneau fibro-cartilagineux, mais va en grande partie plus loin dans la cloison ventriculaire et dans les muscles papillaires ». Relativement à cette assertion, Paladino est cité par Engelmann, Wenchebach, Langendorf, et considéré comme le premier qui ait indiqué l’union musculaire interauriculo-ventriculaire réclamée par les partisans de la théorie myogène. Or, fait curieux à signaler, Retzer, dans son travail dont nous parlerons plus loin, a eu la curiosité de se reporter à l’article original de Paladino et avoue ingénument que son étonnement fut grand de n’y pas trouver la déclaration précitée : « cette phrase, dit-1l, doit se trouver dans un autre article de Paladino, et cette référence est due à une erreur du traducteur »,
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2° Gaskell a publié en 1883,dans The Journal of Physiology, les résultats d'expériences pratiquées par lui sur le cœur de la tortue. Ses conclusions sont du plus haut intérêt, car elles contiennent, en ce qui concerne le cœur des animaux à sang froid, tout ce qui sera dit plus tard du cœur des mammifères par des expérimentateurs tels que Hering, ayant à leur disposition des appareils plus parfaits.
La deuxième partie du long article de Gaskell est intitulée: «de la Succession des contractions des différentes cavités du cœur » (Journal of Physiology, 1883, p. 61 à 81). On y trouve, basé sur des faits expérimentaux, l'exposé complet de la transmission myogène de la contraction cardiaque chez la tortue. Nous hsons page 63 et 64 : « Nous pouvons éliminer l’hypothèse que le s{imulus allant du sinus à l'oreillette et au ventricule passe par les nerfs cardiaques et les ganglions qui leur sont attachés. La section de ces troncs nerveux entre le sinus et le ventricule ne doit affecter que dans un très faible degré la succession du battement ventriculaire au battement auriculaire. Et inversement,si les oreillettes sont sectionnées ou séparées du ventricule, les nerfs coronaires restant le seul trait d'union entre le sinus et le sillon auriculo-ventriculaire, les ventricules se trouveront dans l’impossibilité de répondre aux contractions du sinus. » , L'auteur, plus loin, apporte encore plus de précision dans son expérience ; il laisse subsister entre le sinus et le ventricule un léger pont de tissu auriculaire, dontil achève progressivement la section, etnous lisons page 65 : «les contractions passent avec une difficulté de
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plus en plus grande, de telle sorte que l'onde de contraction n'arrive plus à passer qu'après 5,6, ou plus battements du sinus, et c’est alors seulement que se produit la contraction ventriculaire. Finalement quand le tissu se trouve si aminci qu'il semble à peu près impossible de le sectionner davantage sans rompre complètement l'union musculaire, l'onde de contraction se trouve dans l'impossibilité absolue de passer ; alors le Block est complet et les quelques contractions ventriculaires qui peuvent se produire sont absolument indépendantes de celles du sinus ».
C'est ici que pour la première fois nous trouvons l'expression « Block » appliquée à cet arrêt dans la transmission de l'onde, expression appelée à jouir de la plus grande faveur. L'auteur s'excuse dans une note d'employer ce terme étrange : « Dans ses expériences sur le passage de l’onde de contraction le long du tissu musculaire de l'appareil natatoire de la méduse, Romanes a partout fait usage du terme « Block » pour désigner un obstacle artificiel au passage de la contraction. C’est pourquoi je fais moi-même usage de ce terme en parlant des résultats expérimentaux sur le muscle cardiaque, résultats tout à fait assimilables à ceux obtenus sur le muscle de la méduse. »
3° Stanley Kent. — Ces expériences de Gaskel sur le cœur des animaux à sang froid passèrent quelque peu inaperçues. Ce fut seulement en 1893 qu'elles furent reprises par Sfanley Kent sur le cœur des mammifères (Recherche sur la structure et la foncüon du cœur des mammifères, Journal of Physiology,
= 1893, vol. XIV, p. 133). Sur des cœurs de rats nouveau-nés, St. Kent a trouvé un passage direct et continu de la musculature de l'oreillette à la musculature du ventricule, el d’après son exposé cette union intermusculaire n’est jamais complètement interceptée par le tissu conjonctif qui au cours du développement s’insinue entre l'oreillette et le ventricule. Des vestiges de cette union musculaire peuvent se rencontrer au cours du développement, ainsi que dans le cœur adulte, au niveau du seplum et dans la paroi extérieure du cœur: « Il se trouve dans le bulbe artériel des faisceaux en forme de fuseau qui sont situés transversalement dans le voisinage du ventricule et semblent se poursuivre jusqu'à lui ». Kent ajoute que, dans le cœur du lapin, on voit une union musculaire interauriculo-ventriculaire, sur le bord externe de l'anneau fibreux qui sépare l'oreillette droite du ventricule, et aussi au niveau du septum à droite de l’anneau fibreux gauche.
Pour différencier le tissu musculaire du tissu conjonctif Kent s’est servi du picro-carmin, mais ses figures sont restées trop insuffisantes pour entraîner la persuasion, au dire des critiques.
Les affirmations de cet auteur sont d’ailleurs si modestes qu'il n'est pas étonnant qu’elles aient passé inaperçues : « Le fait, dit-il, de deux faisceaux musculaires joints ensemble par du tissu fibreux ne me semble pas être par lui-même un argument contre l’idée d'une musculature continue ; la nature fibreuse du tissu intermédiaire n’exclut pas pour nous forcément la présence d'un faisceau musculaire traversant ce tissu et assurant
pes ainsi la continuité musculaire. Il semble bien que
dans le cœur des mammifères il existe une semblable connexion, »
Il. — TRAVAUX DE HIS JUNIOR
Avant sa communication retentissante du congrès de Lausanne, His junior, avait publié dans les comptes rendus de la clinique de Leipzig de 1893, les résultats d’une série de recherches qui d’ores et déjà lui permettasent d'affirmer l'existence d’un faisceau interauriculo-ventriculaire. Ses conclusions sont basées sur des examens microscopiques relatifs aux cœurs de différents mammifères : « Le faisceau musculaire part de la portion postérieurede l'oreillette droite, tout près de la cloison interauriculaire, au-dessus du sillon auriculo-ventriculaire ; il s'adosse alors au bord supérieur de la cloison musculaire interventriculaire en échangeant avec elle des fibres, et le suit jusqu’au voisinage de l'infundibulum de l'aorte. La il se divise en un faisceau droit ef un faisceau gauche ; ce dernier se termine finalement au niveau de la base de la grande valve de la mitrale. »
L'année suivante, en 1894, dans le Wiener medicinischen Blätter,n° 44 « Herzmuskelund Herzganglien », His junior rapporte les résultats d'expériences entreprises avec le concours du D' Graupner : « Ces expériences enseignent que le petit faisceau que J'ai décrit établit une union non seulement anatomique, mais aussi physiologique entre l'oreillette et le ventricule. En introduisant un mince scalpel dans l'oreillette gauche d'un chien et en sectionnant de cette façon la
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cloison de séparation, on observe parfois que, après la section, ventricules et oreillettes se mettent à battre suivant un rythme spécial à chacun : ainsi exemple pour trente pulsations régulières de l'oreillette, 1l se produit vingt pulsations régulières des ventricules. »
Ainsi, aussi bien au point de vue anatomique qu'au point de vue physiologique, His junior était arrivé en 1894 aux conclusions qui firent le sujet de sa communication au Congrès de Lausanne de 1895. Mais dans l'exposé qu'il fit de ces conclusions {tel qu’on le trouve relaté par Boruttau dans le Centralblatt für Physiologie, de 1895, vol. IX, p. 469), His junior, dont les préférences allaient à la théorie myogène de la contracüon cardiaque, formula dans ce sens une interprétation hâtive et qui prête encore à discussion. Nous relevons ce qui suit dans le compte rendu de Boruttau : «1l n’y a pas de filets nerveux au niveau de ce faisceau, ce qui nous permet d'admettre que les contractions se propagent par simple transmission musculaire d'une partie du cœur à l’autre, suivant la théorie d’Engelmann ». C'est là une affirmation qui n'a pas élé confirmée par les auteurs qui se sont occupés ensuite de plus près de cette question. A part cette conclusion prématurée, toute la question se trouve résumée dans la communication du Congrès de Lausanne.
En résumé, ce que Gaskell avait dit en 1883 du cœur des animaux à sang froid, His a pu l’étendre au cœur des mammifères, grâce à des procédés expérimentaux plus parfaits, et réaliser une découverte, autour de laquelle s'édifièrent des théories discutables, mais qui, elle, semble bien définitive.
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