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LA MUSIQUE DE CHANT

C'est dans le domaine de la musique vocale que l'on conteste le moins, d'ordinaire, la valeur de Brahms. Par ses lieds, il s'est acquis une renommée universelle et il force l'approbation de ses plus obstinés détracteurs.

Go n'est peut-être pas qu'il ait manifesté là son originalité, ses dons de créateur à un plus haut degré qu'ailleurs et rien ne vaut, selon nous, certaines pages de sa musique de chambre instrumentale. Mais, dans le lied, Brahms se montre plus égal à lui-même. Dans de courtes pièces vocales, il n'a pas le temps de faire étalage de sa science ; il n'est jamais, ou presque jamais pédant. D'raitre part il oublie son des-

I. Nous ne voulons pas terrainei- ces pages consacrées a la musique de chambre de Brahms, sans signaler le zèle éclairé avec lequel, depuis bien des années, M.Armand Parent et son quatuor se sont prescrit la tâche de la faire connaître en France. Sur les programmes des concerts qu'ils ont organisés à la mémoire de Brahms, toutes les œuvres que nous venons d'analyser ont figuré une ou plusieurs fois.

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«ein de rester un classique, dont il n'aurait que faire ici: il n'a plus constamment présent à l'esprit l'exemple d'un Haydn, d'un Mozart, d'un Beethoven ; il se laisse aller davantage à son instinct romantique. Enfin il choisit tout naturellement des textes poétiques qui conviennent ^ux inclinations fondamentales de sa sensibilité. Il ne se croira pas obligé, comme dans une symphonie ou dans un quatuor, de se montrer furieusement passionné ou sereinement héroïque, quand il n'est ni l'un ni l'autre, sous prétexte que ce sont là des états d'âme exigés, depuis Beethoven, par la dignité du genre. Dans ses lieds, Brahms s'abandonnera plus facilement qu'ailleurs à la spontanéité de son inspiration.

Cependant, là encore, il restera le savant musicien que nous connaissons déjà : on pourra s'émerveiller de l'ingéniosité de ses « accompagnements ». Du moins la voix conserve toujours le rôle prédominant : le piano sera discret, n'attirera jamaisl'attention audétriment du chanteur. Môme Brahms renoncera à ces abondants préudes ou postludes dont Schumann avait fait un si expressif usage dans Dichterliebe et dans Frauen-LiebeundLeben,

Brahms a écrit 196 lieds, sans compter ses

arrangements de chansons populaires. Tout jeune, il fut attiré par cette forme d'art, et déjà son opus 3 est un recueil de chants pour ténor et soprano. Ce recueil renferme une des plus belles pages que Brahms ait jamais écrites : Liebestreii (Amour fidèle) . C'est son « Roi des aulnes » . Pensée grave, sentiment profond traduits parles moyens les plus simples: une large mélodie en deux périodes d'une parfaite justesse de déclamation, sur un accompagnement en batteries sans rien de saillant que l'obstination du rythme de la basse. Conclusion sans cris, inutiles, dont la force et la grandeur résident dans sa douceur têtue.

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Dans ses recueils op. 6, 7 et i4, Brahms s'attache plus particulièrement à retrouver la simplicité, la naïveté, le ton tout uni des mélodies populaires. Ce sont là des études dont il tirera ensuite parti.

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Il y a plus de recherche dans les Cinq poèmes op. 19. La fameuse Harpe éolienne sur les vers de Môrike qui appartient à celte série a quelque peu usurpé sa réputation. Il n'est pas besoin, je pense, d'avoir une oreille française pour sentir à quel point harmonie et mélodie manquent ici de saveur.

Les deux cahiers de lieds op. 32 sont composés sur des textes de A. de Platen et de G. -F. Daumer. Ce Daumer fut un des poètes préférés de Brahms. Né le 5 mars i8oo à Nuremberg, il enseigna d'abord la théologie protestante. Mais le mauvais état de sa santé l'obligea de prendre prématurément sa retraite. La proclamation du dogme de l'infaillibilité papale le troubla profondément. Il mourut en 1875, sans avoir apaisé son âme inquiète. Son caractère noble, éner-< gique et passionné s'exprime dans des poésies saines, robustes, vivantes. Elles fournirent à Brahms les textes de cinquante-quatre de ses lieds, notamment de l'exquis op. 32, n° 9 : « Wie bist du, meine Konigin, durch sanfte Gùte wonnevoll ! ^ » Il n'est point de tendresse plus caressante :

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