I. Evidemment le Scherzo en mi bémol mineur
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son Adagio. Je vous remercie de m'avoir fait connaître ce jeune audacieux si timide qui s'avise de faire de la musique nouvelle. Il souffrira beaucoup... »*. Brahms sentit peut-être qu'on voulait l'attirer dans une direction où, de luimême, il ne s'était point engagé. Il comprit qu'il fallait prendre nettement position. Il hésita -quelque temps encore, et Ton rencontre des traces de son indécision dans les œuvres qu'il écrivit alors (op. 4» 8, 9, lo et même i5.) Mais il finit par être effrayé du radicalisme de Liszt et de ses amis, et sans se ranger du côté ^des purs conservateurs, il finit par s'en tenir à un opportunisme éclectique, bienfait pour rassurer la confiance de ses premiers admirateurs, et d'ailleurs en parfait accord avec les inclinations de sa nature artistique.
Grâce à l'appui de Schumann, Brahms venait de faire éditer deux sonates pour piano, six lieds et le Scherzo en mi mineur. A vingt ans il n'était déjà plus un inconnu. En bien ou en mal, on parlait
I, Extrait d'une lettre encore inédite de Berlioz dont nous devons la communication à lobligeance de M. Julien Tiersot, le savant bibliothécaire du Conservatoire national de musique, qui en possède le manuscrit. L'ensemble de la lettre sera inséré à sa date dans la correspondance générale de Berlioz dont M. Tiersot a commencé la publication et dont un nouveau cahier est actuellement sous presse.
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beaucoup de lui. Vraiment il n'avait point à se plaindre du sort. La conquête du inonde qto'ii avait entreprise n'était pas achevée, tant s'en faut ; elle commençait à peine. Mais, en un an, depuis le départ de Hambourg, quel chemin parcouru î
Une jeune fille remarquablement douée pour les lettres et les arts, qui le vit alors à Leipzig-, Hedwige Salomon (qui devait épouser plus tard Franz von Holstein) le dépeint ainsi : « Hier (4 décembre i853) monsieur Von Sahr m'amena un jeune homme qui tenait à la main une lettre de Joachim... H s'assit en face de moi, ce jeune héros du jour, ce messie annoncé par Schumann : blond, d'apparence délicate ; et malgré ses vingt ans il a les traits déjà bien formés, quoique purs de toute passion. Pureté, innocence, naturel, force et profondeur, voilà tout son être... Et avec toute cette libre énergie, une petite voix qui n'a pas encore mué ! Et un visage d'enfant qu'une jeune fille pourrait embrasser sans
Ce fut un coup terrible pour Brahms lorsqu'il apprit que, dans un accès de folie, Schumann
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s'était jeté dans le Rhin (27 février i854). Aussitôt il partit pour Dusseldorf afin d'être plus près de ses amis si cruellement éprouvés. 11 rendait souvent visite à Clara Schumann et aussi au pauvre malade, tout joyeux lorsqu'il apercevait « son Johannes » et presque toujours apaisé par sa présence. Les deux tristes années qui s'écoulèrent alors jusqu'à la mort de Schumann (juillet i856) furent pour Brahms l'occasion de sérieuses méditations sur la vie et sur l'art. Sans fréquent contact avec le public pendant ce temps, il prit l'habitude de s'observer lui-même et de soumettre ses ouvrages à une sévère critique.
Il est à remarquer que de i854 à 1860, c'està-dire pendant six années, Brahms ne publia qu'une seule œuvre, les Ballades pour piano^ op. 10. Il se recueillait.
Il s'était imposé un sévère programme d'études. Il voulait que son ami Joachim le suivît comme lui. Ils avaient tous deux prévu un système d'amendes, en cas d'infraction au règlement : le produit en devait être affecté à l'achat de livres. Pendant quelque temps les deux amis travaillèrent ainsi en commun. Joachim se lassa vite. Brahms continua seul. Il
compléta les fortes études qu'il avait commencées avec Marxsen. Cet excellent maître lui avait surtout appris à développer un thème, à la façoa beethovénienne ; mais il accordait peu d'importance aux exercices de contrepoint. Brahms sentit ce qui lui manquait encore à cet égard : il voulut acquérir l'art de conduire avec souplesse et sûreté plusieurs parties en style sévère. 11 se procura des chorals à 4 voix de Ph.-E. Bach, VArt de la fugue de J.-S. Bach, un volume des œuvres de Roland de Lassus, la Messe du Pape Marcel de Palestrina, et il se mit à composer luimême des chants pour la messe à 4 et 6 voix. Peu \ de musiciens, à cette époque, furent aussi ins- ; truits que Brahms du développement historique de leur art et des formes anciennes de la polyphonie.
Cependant, parfois Brahms quittait son travail pour aller donner quelques concerts avec Joachim. Mais il revenait bientôt à ses études, et, pendant la maladie de Schumann, il vécut le plus souvent à Dusseldorf.
C'est alors que se forma en Ire Clara Schumann et Brahms cette intimité d'un caractère si particulier, qui devait désormais jouer un rôle
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prépondérant dans la vie sentimentale du compositeur.
« Dieu envoie à chacun, quelque malheureux qu'il soit, une consolation, et nous devons nous en réjouir, disait plus tard Clara à ses enfants. Je vous avais bien alors, mais vous étiez encore petits; vous ne connaissiez qu'à peine votre père bien-aimé ; vous étiez encore trop jeunes pour ressentir de profondes douleurs ; vous ne pouviez, dans les années terribles, m'apporter aucune consolation; des espéi*ances, oui, mais cela ne servait guère en de pareils moments. Johannes Brahms vint : votre père l'aimait et l'estimait comme aucun homme au monde, excepté Joachim. Il vint en ami fidèle partager mon malheur, il fortifia mon cœur qui menaçait d'éclater, il éleva mon esprit, rasséréna mon âme comme il put, bref il fut un ami dans le sens le plus complet du mot... Lui et Joachim furent les seules personnes que vit votre père durant sa maladie : il les reçut toujours avec une joie manifeste aussi longtemps que son esprit fut lucide... Joachim fut pour moi un ami fidèle, mais je ne vivais pas sans cesse avec lui. Ce fut donc Brahms seul qui me soutint. Je considère comme un devoir de vous dire cela. Ne l'oubliez jamais,
pas plus que la reconnaissance que vous lui devez au nom de votre mère \ »
En 1854 Brahms avait vingt et un ans. Clara Sclîumann en avait trente-cinq. Quelle fat exactement la nature des relations qui s'établirent entre eux? C'est un point qui reste, comme toujours en pareille matière, assez mystérieux. On a fait toutes les suppositions. Il y en a d'absolument invérifiables que nous renonçons à examiner. Du fait matériel d'une liaison non-platonique, — qu'elle ait été passagère ou durable — , on ne peut rien savoir en l'absence d'un aveu explicite. Dans cet ordre de choses tout est possible, même l'invraisemblable, même l'absurde. Combien, tout de même, il serait singulier que ce timide et cette rêveuse se fussent unis autrement qu'en pensée !
Mais de leurs sentiments même on peut discuter. Rien n'est moins clair que leur cas.
A ne considérer que le langage de Brahms dans sa correspondance avec Clara, il semblerait difficile de nier qu'il éprouvât pour elle l'amour le plus ardent, le plus passionné. « Prenez mes lettres, lui dit-il, comme les plus discrètes